Spécial salaires
LES ÉCARTS SE RESSERRENT ENTRE PARIS ET LA PROVINCE
Les cadres provinciaux se rapprochent de leurs homologues parisiens. Mais tous ne progressent pas au même rythme.
Les cadres provinciaux sont désormais dans le rétroviseur des cadres parisiens. Leur salaire médian (278 500 francs) n'accusait plus que 8 % de retard en 2000, contre 10 % en 1999, selon la dernière étude de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec). Principale explication de ce rattrapage ? Avec les tensions sur le marché de l'emploi, beaucoup de régions s'alignent sur la capitale. " Tout est question de concurrence, indique Pierre Dellis, délégué général du Syntec Informatique. L'écart reste important pour une SSII provinciale située dans un bassin peu dynamique comme Orléans ou Nancy. Mais à Sophia-Antipolis ou Toulouse, quand toutes les sociétés se disputent les mêmes ingénieurs, les prix flambent. " Pas étonnant, donc, que les cols blancs de Nice affichent des salaires quasi similaires à ceux de leurs homologues franciliens. Ce qui est aussi vrai pour les Lillois. " Avec le TGV, le Nord est devenu la grande couronne parisienne ", n'hésite pas à affirmer Thierry Carlier-Lacour, P-DG du cabinet de recrutement Robert Half France. La poussée salariale est également forte dans les zones frontalières, en Alsace notamment, où les offres des entreprises allemandes alimentent les pénuries... et les surenchères. Pour les industriels implantés sur plusieurs sites, un autre facteur de nivellement intervient : la nécessité de ne pas semer la zizanie parmi les troupes en pratiquant des distorsions flagrantes. Un impératif qui pousse les directions des ressources humaines à homogénéiser les grilles de salaires. D'autant qu'elles veulent des collaborateurs de plus en plus mobiles, prêts à passer de Bordeaux à Caen sans états d'âme. Pas question, dans ces conditions, de jouer la flexibilité salariale. Même s'il faut tenir compte d'un coût de la vie plus élevé à Paris qu'ailleurs. Pour y pallier, les entreprises se contentent de plus en plus d'octroyer des aides spécifiques pour le logement. C'est le cas chez Unilever France (8 500 salariés) : " Lorsque ces frais dépassent 15 % du salaire brut d'un cadre muté, nous participons à hauteur de 7 % du loyer en province et de 12 % en région parisienne. " Mais si l'écart historique entre Paris et la province s'amenuise, des disparités perdurent. Selon l'Apec, plusieurs régions restent à la traîne : l'Ouest, par exemple, où le salaire médian des cadres plafonne à 270 000 francs, contre 300 000 francs en Ile-de-France, ou encore le Centre, avec un médian à 280 000 francs (même si ces moyennes régionales ne se vérifient pas dans certains bassins porteurs). Les évolutions de carrière accentuent également les différences.
Le poids de la fonction reste prépondérant
Selon une enquête du Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF) publiée début septembre, l'écart entre le salaire médian des ingénieurs franciliens et provinciaux en début de carrière s'élève à 20 000 francs. Il grimpe, à 30 ans, à 37 000 francs et, à 40 ans, atteint 72 000 francs ! " La surcote de Paris s'explique en grande partie par le fait que les directions générales y sont concentrées, détaille Daniel Ameline, délégué général du CNISF. Un cadre supérieur en Ile-de-France peut être directeur d'un siège, alors que, en région, il n'est souvent que directeur d'une usine. " Enfin, la fonction reste décisive, comme le confirme Thierry Magin, directeur associé de MCR, cabinet spécialiste des rémunérations. " Dans les groupes, les directions privilégient l'harmonisation pour les commerciaux ou les managers amenés à se rencontrer et à parler de leurs rémunérations. En revanche, sur des pos- tes plus sédentaires, quand les salariés ont moins l'occasion de comparer leurs fiches de paie, les inégalités subsistent. "
LYON TALONNE LA CAPITALE
Désormais, les cadres parisiens n'ont plus qu'une avance dérisoire sur leurs homologues rhônalpins, même s'ils restent favorisés en ce qui concerne les avantages en nature.
En Ile-de-France, ils gagnent 300 000 francs et en Rhône-Alpes 290 000 francs. Selon la dernière étude de l'Apec, le salaire médian annuel des cadres de la région parisienne n'a plus qu'une avance dérisoire sur celui de leurs homologues de la deuxième région française en nombre de managers. Une véritable révolution dans un pays où, jusqu'à présent, on considérait que la capitale et la province, même la plus dynamique, ne concouraient pas dans la même catégorie, et que toute réussite professionnelle de haut niveau passait par Paris. Une enquête plus qualitative du cabinet de recrutement Michael Page pour le compte de l'Agence de développement de la région lyonnaise (Aderly) le confirme.
Des idées reçues bousculées
Et pourtant, les employeurs et les cadres lyonnais n'alignent pas leurs comportements sur ceux des cadres parisiens. Ils utilisent intelligemment les marges d'initiative qu'autorisent les différences dans le tissu économique. Ce qui bouscule quelques idées reçues. Par exemple, on affirme fréquemment que les PME lyonnaises répugnent à accorder des salaires aussi élevés que les PME parisiennes en raison d'un coût de la vie, et notamment du logement, inférieur. C'est vrai pour le salaire de base. En revanche, les rémunérations intègrent de plus en plus une part variable. Les PME ambitieuses proposent des bonus élevés aux cadres qui se surpassent. Et c'est bien par le biais de la récompense de la performance que les rémunérations lyonnaises rejoignent les parisiennes. Cela prouve que le souci de la qualité de vie, souvent à l'origine d'une installation en Rhône-Alpes, ne se fait pas au détriment de l'efficacité professionnelle. Des multinationales anglo-saxonnes font la modulation inverse. A l'exception, semble-t-il, de quelques grands cabinets d'audit, elles offrent le même salaire de base à Paris et à Lyon, mais, dans le cas où le cadre lyonnais n'a pas le même niveau de responsabilité (par exemple, en terme de budget), le plafond de son bonus est moins élevé.
Des particularismes locaux
Le marché joue à l'intérieur même de Rhone-Alpes, et ce n'est pas toujours à Lyon que les tensions sont les plus fortes. A Grenoble, l'immobilier est en effet rare et très cher. En Haute-Savoie, la pression genevoise est forte et l'industrie du décolletage souffre d'une pénurie de techniciens et de cadres. Ce qui est aussi le cas, dans une moindre mesure, de la plasturgie d'Oyonnax pour les commerciaux. Dans la hiérarchie des avantages en nature, les cadres rhônalpins atteignent rarement les niveaux des cadres parisiens les plus favorisés. C'est également vrai pour les avantages liés au statut, qui ne sont pas toujours intégrés à la rémunération. Si Air France et American Airlines viennent de fermer la liaison Lyon-New York, c'est notamment parce que le nombre des voyageurs en classe affaires s'est révélé sensiblement inférieur aux prévisions. En revanche, les écarts s'atténuent dans l'informatique. Pendant la période d'euphorie, un certain nombre de Lyonnais ont imité les Parisiens, champions de la mobilité et de la surenchère salariale. Et, aujourd'hui, le tassement des rémunérations touche presque tout le monde. Pour les salaires féminins, les disparités régressent aussi fortement. Pendant longtemps, le travail des femmes a été un obstacle à la mobilité Paris-Lyon. " Aujourd'hui, on voit des couples souhaitant s'installer dans la région décider que le premier qui y trouvera un emploi entraînera l'autre, observe Pierre Fallion, directeur chez Michael Page International, installé à Lyon. Et il est de moins en moins rare que ce soit la femme qui joue ce rôle... " Tout cela contribue, dans un contexte moins inflationniste qu'hier, à rapprocher encore un peu plus Rhône-Alpes de la région parisienne.









