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Soyez vous même ou quand un entretien d'embauche se transforme en pacte faustien

Christophe Bys

Publié le

Jusqu'au 16 avril, le théatre de Belleville propose Soyez-vous même. Ou comment un entretien d'embauche dérape peu à peu en une relation entre un  Pygmalion cruel et une élève naïve. Le texte est à la fois profond et très drôle et est magnifiquement par deux actrices brillantissimes. Que vous soyez ou non DRH, que vous rêviez ou non de vendre de l'eau de Javel, courez-y !

Soyez vous même ou quand un entretien d'embauche se transforme en pacte faustien
Au mur le plus vieux slogan du monde : "Connais toi toi même"
© Pauline Le Goff

Dans un prologue à moitié effrayant, la directrice de la communication arrive sur le devant de la scène du petit théâtre de Belleville (à la programmation à toujours surveiller de près) dans un monologue évoquant une sorte de mystique de l'eau de Javel. Pour cette professionnelle, la Javel est plus qu'un produit pour nettoyer, c'est quasiment une religion qui a pour mission de rendre le monde sinon meilleur, du moins plus sain.

L'eau de Javel, une passion délirante

Quand elle doit recruter, avec une telle conception de son produit, elle ne fait rien au hasard. La future recrue doit partager sa passion et être prête à consacrer sa vie à la Javel. Ce jour-là, le destin fait entrer dans son bureau une oie blanche, qui a sûrement fait les meilleures études possibles et est motivée à tel point qu'elle a payé un coach pour l'aider à réussir cet entretien qui peut décider de sa future vie. Mademoiselle Parfaite, toujours positive et enjouée, n'a aucune idée du piège qui va lui être tendu. 

Car l'entretien ne va pas se passer comme on le lui appris. Pas à pas, la méphistophélique dircom, toute de noir vêtue et au regard aveuglé, attend de l'impétrante qu'elle révèle toute sa personnalité, demandant à la jeune fille toujours plus, l'entraînant dans des jeux toujours plus limites avec le projet de l'amener à se connaître elle-même, y compris et surtout la part sombre. A l'inverse de la Javel qui nettoie et purifie, l'entretien devient un rite initiatique, qui révèle le moins aimable de la personne, ce qui fait qu'elle est finalement si humaine. Sauf qu'à l'ére des réseaux sociaux et de la popularité érigée en valeur suprême, il faut à tout prix cacher cette part de sa personnalité.  

Bas les masques !

La pièce quitte alors le réalisme et vouloir y voir une critique de l'économie telle qu'elle va serait abusif. Bien sûr, on peut y voir une métaphore du monde du travail où les compétences ne suffisent plus et où les soft skills deviennent critiques pour décrocher un emploi. Où s'arrête le droit de sonder une personnalité ?

Evidemment, les temps ont changé : quand le diable proposait un pacte à Faust, c'était "ton âme contre l'éternité", quand dans la pièce c'est "ta personnalité contre un job d'assistant de communication". Autant dire que la valeur de l'âme est en baisse. 

Dans le court texte présent dans le “programme", Côme de Bellescize indique qu'il a donné des cours de prise de parole pour former des étudiants aux entretiens d'embauche, le propos. Sufffisament pour installer une situation de départ crédible. Mais il est aussi l'auteur d'une pièce boulversante par laquelle on avait découvert son travail, Amédé, inspiré de l'histoire de Vinvent Humbert. C'est dire que derrière l'entretien d'embauche et cette quête de vérité de soi, ce qui l'intérese est au-delà de l'anecdote. 

Du rire et deux actrices exceptionnelles

Si autrefois les acteurs portaient des masques, là il est question de les ôter, d'aller à l'essence de la personne, de se mettre à nu (une actrice réussissant le prodige de le faire sur scène sans rien montrer). Jusqu'où peut-on se connaître s'interroge-t-il. Ou pour reprendre le très beau titre de l'essai philosophique de Claude Arnaud paru il y a quelques années : "Qui dit je en nous ?"

On saura aussi gré à l'auteur d'avoir, à l'heure où tant de créateurs aiment à s'étaler des heures durant,  écrit un texte bref (1h 15) sans fioritures, se suffisant à lui-même. 

 
Mais on s'en veut d'employer tant de grands mots, tant Soyez vous même, est aussi et peut être avant tout un spectacle très drôle, d'un humour sombre. Il faut aussi signaler le jeu impeccable des deux actrices, aussi dissemblables que talentueuses. Autant Fannie Outeiro tout en naïveté de jeune femme parfaite (le genre à avoir des centaines de followers sur Instagram)  qui voit son petit vernis de brave fille craquer peu à peu  vibre de vie et de sensualité, autant Eléonore Joncquez inquiète avec son interprétation machiavélique et cérébrale.

Rarement deux actrices au jeu apparamment si dissemblable réussissent à créer sur un plateau un précipité aussi passionnant. On se surprend à rire,  à être inquiété et ému en même temps devant le spectacle de ces deux femmes en quête d'elle-même, où la frontière entre se connaître et se perdre est si ténue qu'on finit par la franchir sans s'en rendre compte. 

Soyez vous-même, une pièce écrite et mise en scène par Côme de Bellescize. Jusqu'au 16 avril au théatre de Bellevile, 94 rue du faubourg du temple, Paris XIe. 

Du mercredi au samedi à 19h15

Le dimanche à 15 heures

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