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Souriau, les connecteurs de l'extrême

Par Guillaume Lecompte-Boinet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3177
Souriau Maroc
© DR

Souriau ne pourrait pas fournir des connecteurs ultrasophistiqués à la fois à Airbus, aux sous-marins nucléaires et à la fusée Ariane, si l'entreprise n'était pas une ETI.

Sans faire de bruit, une machine simule vingt ans de la vie d'un connecteur, pendant qu'à côté, une autre modélise des chocs de pression pour équiper un sous-marin nucléaire. Nous sommes dans le laboratoire d'essai de Souriau, situé dans l'usine de Marolles-en-Brie (Val-de-Marne), où une vingtaine de personnes s'affairent autour d'un nombre impressionnant de moyens de tests. L'endroit dispose même d'une salle blanche. Tout ou presque peut y être fait : simulation des radiations, des vibrations, des effets de la corrosion...

C'est le coeur du dispositif d'innovation de ce fabricant français de connecteurs. Ici sont étudiés une vingtaine de projets, qui serviront de base aux connecteurs haute performance, qui vont s'insérer aussi bien dans le missile balistique M51, que dans la fusée Ariane 5, l'Airbus A 350 ou les sous-marins nucléaires Barracuda. « Voilà un exemple très concret de ce que l'effet de taille apporte à une entreprise comme la nôtre », explique François Calvarin, le PDG de Souriau, diplômé de l'Ecole des mines de Paris. « Sans nos 216 millions d'euros de chiffre d'affaires, et la synergie entre des activités complémentaires, il serait impossible de disposer de tels moyens d'essais. » Le laboratoire, certifié par la direction générale de l'armement et le Pentagone, permet à Souriau de développer à jet continu des gammes de produits plus rapidement que s'il devait sous-traiter les tests. Et à moindre coût.

> Date de création: 1917
> Actionnariat: Sagard (famille Desmarais) 80 % et management (une centaine d'actionnaires) 20%
> Activité: Fabrication de connecteurs
> Chiffre d'affaires 2008-2009 (clos le 30 juin): 216 millions d'euros , croissance de 60 % depuis 2003
> Rentabilité: 15 % d'Ebitda
> Effectif: 2 100 personnes (dont la moitié à l'étranger)

Souriau a ainsi été capable de lancer une gamme de connecteurs en composite pour le Boeing 787. Le connecticien a réussi à pénétrer chez des prospects nord-américains réputés impossibles, comme Gulfstream (avions d'affaires) ou Sikorsky (hélicoptères). Cette capacité à innover explique, pour une bonne part, la croissance de 60 % des ventes entre 2003, année où Souriau végétait dans le groupe FCI (Framatome) et 2009. D'ailleurs, plus de 200 personnes, soit 10 % de l'effectif total, travaillent sur le développement des produits. La société investit entre 7 et 7,5 % de son chiffre d'affaires dans la R et D et la modernisation de ses process industriels. Une évidente nécessité pour rester dans la course. Outre ses activités dans la défense, Souriau est référencé par de très nombreux avionneurs dans le monde. Témoin de ce succès, Souriau a été couronné meilleur fournisseur par Airbus pour la troisième année consécutive. Mais l'industriel fait face à des concurrents, américains pour la plupart, comme le leader mondial Amphenol, qui sont cinq à dix fois plus gros... et qui bénéficient du dollar faible.

DÉVELOPPER DES GAMMES SPÉCIFIQUES

Mais ne demandez pas aux cadres dirigeants de Souriau, qui détiennent 20 % du capital de la société, de rejoindre un mastodonte. Souriau fait du connecteur spécifique de l'épicerie fine et s'en porte très bien. « Quand nous appartenions à FCI, notre politique commerciale était dominée par les gros clients des télécoms ou de l'industrie. Donc les connecteurs nécessitant des développements spécifiques passaient en second », se souvient Yann Herrouin, le directeur du site de Marolles-en-Brie. En outre, la taille raisonnable permet à l'entreprise de réagir vite. Exemple : le connecticien a participé à un appel d'offres aux Etats-Unis dans le nucléaire civil. Pour gagner ce contrat de plus de 20 millions de dollars, il a alloué très rapidement un budget de 1 million d'euros pour développer une solution brevetée.

Au plan industriel, la stratégie menée par François Calvarin a consisté à s'appuyer à la fois sur des gammes de connecteurs haute performance et sur des gammes plus basiques, où les séries sont plus longues. Une politique qui a modelé l'outil industriel, très internationalisé.

Outre ses usines françaises, Souriau possède également des sites dans les zones à bas coûts ou dollar, comme le Maroc, l'Inde, la République dominicaine et les Etats-Unis. Souriau affecte en priorité à ses usines à bas coûts les productions ou les opérations les plus basiques (l'assemblage par exemple). Ce mix permet à l'entreprise de compenser les effets néfastes des parités monétaires. Et seule une taille suffisante lui a permis de se doter d'un tel appareil industriel. Au fil des ans, ces sites ont grandi. L'usine marocaine emploie maintenant 350 personnes et le site indien occupe 150 salariés. « Mais nous investissons constamment dans nos usines françaises », tient à souligner le PDG. Par exemple, l'usine sarthoise de Champagné a fait l'objet, en 2008, d'une extension de capacité pour un montant de 5 millions d'euros. « Nous avons créé des emplois dans l'Hexagone. Mais c'est grâce au Maroc que nous avons maintenu la compétitivité de Champagné », analyse François Calvarin.

UNE GESTION AUTONOME

Le management de Souriau a toujours bénéficié d'une certaine autonomie de gestion, tant auprès de son actionnaire majoritaire actuel, le fonds Sagard, que de l'ancien propriétaire, Axa Private Equity. Ces derniers ont su éviter l'écueil d'une gestion uniquement pilotée par les impératifs financiers de court terme, imitant en cela le modèle allemand du « Mittelstand », ces entreprises de taille moyenne qui font le succès industriel du pays. Car l'entreprise gagne de l'argent. Le niveau moyen d'Ebtida atteint 15 % par rapport au chiffre d'affaires depuis cinq ans. Souriau ne s'est pas contenté de distribuer des dividendes à ses actionnaires. La société a versé un intéressement et une participation à ses salariés, soit 1,2 million d'euros en 2008-2009.

"Les fournisseurs français ont largement participé au succès du 787 et Souriau en est un excellent exemple, avec la conception et la mise en oeuvre de connecteurs composites sélectionnés pour le Dreamliner."

L'exercice 2009-2010 sera naturellement moins faste. Souriau devrait connaître un repli de ses ventes de 6,5 %. « La rentabilité sera en baisse », prévient François Calvarin. La crise sévit dans de nombreux débouchés et frappe par contrecoup la profession. Ainsi, le français Radiall est en perte avec un plongeon de ses ventes de 20 % en 2009 et l'américain Deutsch (groupe Wendel), qui pourrait aussi être dans le rouge, a subi un recul de 30 % de son chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois de 2009. Même Amphenol, le benchmark préféré du management de Souriau, accuse une baisse sensible de ses résultats.

Mais la sinistrose n'est pas au menu de Souriau. « On perçoit des signaux positifs. Nous avons donc réembauché plus de 70 intérimaires », se réjouit le PDG. En attendant la véritable reprise.

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