Sorin implante des capteurs dans ses dispositifs cardiaques
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
Spécialisé dans le traitement des pathologies cardia-vasculaires, Sorin vient de lancer un système pour individualiser le traitement délivré par les appareils implantés chez les insuffisants cardiaques. Une technologie mise au point en Italie et en France.
Dix ans de travail, c’est le temps qu’il aura fallu à Sorin, spécialiste du traitement des pathologies cardiovasculaires, pour lancer SonR, le "premier système" destiné à l’optimisation de la désynchronisation cardiaque chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque. Tout est parti d’une sonde, mise au point par les ingénieurs italiens de cette entreprise cotée à Milan.
Mais ce sont les chercheurs français du groupe (dont 31% des effectifs R&D se trouvent dans l’Hexagone) qui en ont trouvé l’application : en intégrant un capteur doté d’un accéléromètre à l’extrémité de la sonde, ils peuvent la connecter à un appareil de resynchronisation cardiaque déjà commercialisé par Sorin.
Implanté chez le patient, ce système permet de mesurer la capacité de contraction du cœur en temps réel, et les données recueillies servent à l’optimisation régulière du traitement administré par l’appareil. La resynchronisation cardiaque consiste, grâce à un resynchronisateur implanté, à envoyer des impulsions électriques aux ventricules (les cavités inférieures du cœur), afin d’obtenir une meilleure coordination et synchronisation des battements cardiaques.
200 à 300 000 patients visés en France
L'objectif de cette nouvelle sonde est donc augmenter le taux de patients resynchronisés. Car, utilisée depuis dix ans, cette technique se révèle quasi inefficace pour près de 30% des patients désynchronisés, faute d’optimisation individuelle du système, selon le cardiologue Philippe Ritter, son inventeur. Grâce à SonR, "toutes les semaines, le dispositif intègre les mesures de l’état du patient au repos et à l’exercice et adapte la thérapie en fonction de la progression de la maladie, explique Stefano Di Lullo, président de la division du traitement des troubles du rythme cardiaque de Sorin. Il permet aux patients qui ne répondaient pas à la thérapie de devenir répondeurs."
Philippe Ritter, qui a conduit une étude sur le dispositif auprès de 200 patients, est plus mesuré. "Si on réduit déjà de moitié le taux de non réponse, on sera contents. 200 à 300 000 personnes, c’est le maximum qu’on pourrait toucher en France". Mais le marché de l’insuffisance cardiaque, estimé à 3 milliards d’euros en Europe avec 30 millions de patients en 2020, fait rêver Sorin. Car cette pathologie représente 2% des coûts de santé en Europe. En tablant sur la limitation du recours à des procédures d’échographie cardiaque coûteuses et sur la réduction du nombre d’hospitalisations, Sorin a obtenu la prise en charge de son dispositif, vendu 17 000 euros, à 100% par l’Assurance Maladie.
Lancé aujourd’hui en Europe, il pourrait être commercialisé aux Etats-Unis d’ici deux ans, après homologation de la FDA et de nouvelles études. La sonde sera réalisée en Italie, ainsi que l’assemblage du boîtier, tandis que toute l’électronique sera mise au point en France. Et dès l’an prochain, SonR sera activé pour envoyer des informations via le dispositif de télémédecine qui sera commercialisé par Sorin et Orange, mais est actuellement en étude clinique.
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