Au-delà des divisions nationales sur les solutions à apporter à une crise européenne qui s’aggrave chaque jour, les leaders politiques réunis ce jour à Bruxelles ont face à eux les demandes parfois contradictoires de trois acteurs déjà transnationaux ; les marchés, les entreprises et les travailleurs.
Un vrai chantier ! Voilà à quoi ressemble le carrefour Schuman à Bruxelles autour duquel sont rassemblés les bâtiments de la Commission, du conseil européen, et le centre international de la presse. La rue de la Loi est saignée par la création d’un tunnel souterrain, le long, des grues s’activent pour la construction d’un nouveau bâtiment pour le Conseil.
Fonctionnaires, délégations nationales et journalistes se fraient un chemin entre les palissades sur un sol défoncé. Comme une métaphore de la situation politique : 50 ans après sa création l’Europe est en construction, les fondations sont à revoir, le nouvel immeuble à dresser. Alors que s’ouvre à midi un nouveau sommet européen, les leaders politiques européens arrivent chacun avec les mandats de leurs pays que l’on se plaît à opposer. Mais collectivement, ils portent les attentes et les espoirs de trois acteurs déjà transnationaux : les marchés, le patronat, les travailleurs. Qu’attendent chacun d’entre eux ?
Défiance envers le système bancaire européen
Pour le marché, la crise des dettes souveraines s’alimente désormais d’une défiance envers le système bancaire européen, depuis que l’on a découvert la réalité de la situation des banques espagnoles. Les pays du Sud engagés dans des efforts de redressement fiscal qui ont aggravé la récession empruntent à des taux toujours plus élevé et accumulent les dettes publiques de leur pays dans leurs banques nationales aggravant leur situation puisque les Etats en sont leur garant.
Pour Karen Lannoo directeur du CEPS (Centre for european Policy Studies) une défiance s’est installée entre les banques des différents pays et le marché interbancaire est paralysé. Pour lui l’urgence du sommet est "de mettre en place les bases d’une union bancaire dotée d’une supervision efficace, certaines autorités de régulations nationales et l’autorité bancaire européenne ayant montré qu’elles avaient échouées sur ce plan".
Le chercheur voit un salut essentiellement dans la Banque centrale européenne, à qui on donnerait à la fois une autorité en matière de supervision et des possibilités d’intervention élargie. La question d’une forme de mutualisation des dettes seraient aussi de nature à rassurer les marchés, puisqu’il faut rappeler que le taux d’endettement public moyen de la zone euro autour de 80 % du PIB n’a rien d’insoutenable et reste largement inférieur à celui que l’on trouve au Japon comme aux Etats-Unis. Pour l’instant, la question des eurobonds est repoussée par Angela Merkel mais le projet qu’ont soumis le président du conseil Herman Van rompuy et Manuel Barrosso propose "d’explorer" une forme d’émission de dettes communes, avec plusieurs options transitoires qui sont sur la table comme des dettes de plus court termes.
Perspectives d'activités sombres
De leur côté, les entreprises, représentées par le patronat s’inquiète des perspectives d’activités de plus en plus sombres. Au-delà des initiatives de croissance, assis sur des dépenses d’investissement, dont il craint qu’elles soient financées en augmentant les charges des entreprises, ils plaident pour la poursuite de réformes structurelles, l’extension du marché unique, une accélération des réformes structurelles et une meilleure intégration budgétaire. Laurence Parisot a plaidé le 26 juin pour la création d’un ministre de l’économie et des finances, responsable devant le parlement européen au sein d’une réunion organisé par Business Europe. Ils promettent d’une meilleure compétitivité, un développement du commerce extérieur qui pourrait faire passer à terme le taux de croissance de "1,5 % à 2,5 % par an à long terme".
Quant aux organisations de travailleurs, elles ont aussi passé leur commandes aux leaders économiques. Très inquiet de l’évolution de la situation, ils ont fait entendre leur voix à la veille du sommet pour demander des actions d’urgence sur la stabilité financière de la zone, ce qui rejoint en partie les attentes des marchés mais surtout pour mettre en avant ce qu’ils appellent un pacte sociale pour l’Europe. "On nous a promis avec les derniers plan, la stabilité et la croissance, nous n’avons ni l’un, ni l’autre" a constaté amer le président de la confédération des syndicats européens Ignacio Fernandez Toxo.
Ils ne demandent pas aux politiques d’abandonner leurs objectifs d’assainissement financière mais de les mener sans jeter par-dessus bord, un modèle social européen qui protège les plus faibles et au travers d’une méthode qui privilégie le dialogue social. Pour Fabien Zuleeg, chef économiste au centre de politique européenne ( EPC) , "les populations sont capables d’encaisser des temps difficile mais il faut donner de l’espoir en mettant en œuvre des politiques qui permettent d’envisager une sortie du tunnel à une échelle humaine." Selon lui, si on ne le fait pas, on va perdre jusqu’à l’idée qui a présidé à la création de l’Europe qui était là pour assurer la protection et la prospérité de ces membres. La table du sommet est bien chargée.









