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Soignez votre candidat à l'expatriation

Par SOLÈNE DAVESNE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3265

Recourir au volontariat international en entreprise (VIE) est un moyen pour les PME de se frotter à un marché à l'export. Mais sans préparation, la démarche est vouée à l'échec.

Un jeune pour démarrer à l'export. Pour inciter les PME à s'engager sur les marchés mondiaux, l'État pousse depuis plusieurs années la formule du volontariat international en entreprise (VIE). En juillet, 5 500 entreprises en bénéficiaient, dont 32 % d'entre elles étaient des PME réalisant un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions d'euros. Avantage pour les entreprises : elles peuvent recruter à l'étranger pour six à vingt-quatre mois un jeune de moins de 28 ans. Cela leur revient moins cher que de le faire localement. D'autant plus que de nombreuses aides aux PME ont été mises en place, notamment par les régions.

Mais la solution n'est pas miraculeuse. Luc Oriat en sait quelque chose. Il y a quelques années, le gérant d'Orme Toulouse, une PME spécialisée dans le traitement de l'image, a embauché un jeune diplômé pour prospecter le marché allemand. « Nous pensions qu'il allait décrocher des rendez-vous pour organiser des démonstrations. En fait, le marché allemand était beaucoup plus difficile que prévu », se souvient Luc Oriat, qui reconnaît avoir été un peu trop ambitieux. Découragé, le jeune en VIE a terminé sa mission en traduisant des brochures... pour s'occuper. Pas totalement inutile mais loin de l'objectif affiché.

Dans ses bureaux marseillais, Michel Lodolo, le directeur d'Ubifrance sur les VIE confirme : « Le départ d'un VIE ça se prépare. Sinon, c'est l'échec assuré. » Surtout lorsque la PME se lance dans l'exportation. Avant de commencer la procédure de recrutement du jeune, l'entreprise doit avoir défini clairement sa stratégie et savoir précisément ce qu'elle veut obtenir. Il est inutile d'espérer dégager du chiffre d'affaires au bout d'un mois. Prospecter de nouveaux clients, rechercher des partenariats ou un distributeur... Mieux vaut circonscrire la mission. Pas découragé, Orme Toulouse, en partenariat avec d'autres PME, s'apprête à envoyer un jeune VIE en Inde. Cette fois, l'entreprise ne part pas bille en tête. « Nous avons défriché le marché indien depuis deux ans et nous y avons déjà des prospects. Nous savons où nous allons », assure Luc Oriat. « On ne peut pas demander trop de responsabilité à un jeune sans expérience », précise Frédéric Amoros-Routie, le PDG de Nexios, spécialiste de la compatibilité électromagnétique qui a choisi de partager son VIE à Montréal avec quatre autres PME du pôle Aerospace Valley. Une formule qui permet de réduire encore plus les coûts sur place, mais aussi d'affiner rapidement son ordre de mission. « Les cinq entreprises cherchaient à mieux connaître le marché. Cela nous a aiguillés vers un profil d'ingénieur mais avec une forte connaissance du commercial », souligne Frédéric Amoros-Routie, qui cherche à recruter un jeune pour la Chine et projette d'en faire son distributeur local. Autre possibilité pour les primo-exportateurs : partir dans les valises d'un groupe présent à l'international. La coopérative agroalimentaire Isigny-Sainte-Mer a ainsi partagé son VIE en Chine et ses réseaux avec une autre PME laitière.

Une formation nécessaire

Autre impératif : ne pas sous-estimer la difficulté à trouver le bon profil. Ubifrance dispose d'une réserve de CV de jeunes diplômés et aide à remplir les formalités de visas qui peuvent prendre des mois. Des règles non écrites régissent parfois l'obtention du visa de travail. En Chine, les autorités n'accordent le sésame qu'aux bac + 4 avec deux années d'expérience professionnelle. En Inde, seuls les diplômés ayant moins d'un an d'expérience sont acceptés pour le VIE. Au Brésil, les titres de séjour sont accordés pour douze mois et ne sont pas renouvelables, ce qui oblige à calibrer la mission sur des objectifs plus restreints ou à la faire assumer par plusieurs jeunes. « Mieux vaut en tenir compte, sous peine de se voir refuser le feu vert des autorités pendant des mois », remarque Anne de la Salle, la responsable VIE de la Fédération des industriels de la mécanique (FIM), qui a déjà supervisé l'envoi de 70 jeunes pour ses membres. Le recrutement peut ainsi prendre du temps, y compris pour des pays comme l'Allemagne, où 280 postes de VIE ne sont pas pourvus faute de jeunes germanophones motivés. « Nous avons mis un an avant de trouver un candidat pour Munich », sourit Jean-Pierre Lamamy, le PDG d'Aérofonctions, spécialiste du montage, de l'assemblage et de la fabrication composite. Une fois le jeune recruté, le patron l'a formé pendant une semaine sur son site dans le Lot, pour lui faire connaître les produits et la culture d'entreprise.

La recherche de l'hébergement sur place - dans un bureau d'Ubifrance ou dans les locaux d'un grand groupe - peut aussi être prise en charge par Ubifrance. Mais c'est à l'entreprise d'assurer le soutien du VIE. Chez Aérofonctions, un système de reporting hebdomadaire a été mis en place ainsi qu'un programme détaillé en plusieurs phases pour les deux ans de la mission. « Il a besoin de backup pour les demandes de cotation ou de prix », souligne le PDG, qui vient de recruter un responsable des programmes chargé de coacher le VIE. « Nous sommes constamment en contact avec eux par mail et on va les voir une fois par trimestre », confirme François Chaussat, le PDG de Cahouet, un fabricant de matériel permettant la mise en oeuvre de gaz et liquides, qui a utilisé la formule au Mexique, au Brésil et en Égypte. Et pour le rendre crédible, il faut prévoir des voyages réguliers du dirigeant pour l'épauler. « Les patrons des cinq sociétés que je représente sont tous venus me voir », confirme Arnaud Seigne, le VIE à Montréal qui représente notamment Nexios.

COMMENT RÉDUIRE LE COÛT DE SON EXPAT' EN HERBE

Partager Le VIE à temps partagé est proposé par plusieurs fédérations professionnelles ou des pôles de compétitivité. Cela permet de diviser par trois ou quatre le salaire et les frais d'hébergement du VIE qui peuvent être conséquents, surtout à Hong Kong ou à Rio. Financer Certaines régions ont mis en place des soutiens financiers, plus ou moins élevés, pour les PME. Les Pays de la Loire remboursent 100 % des missions commerciales. L'Alsace ou la Bourgogne prennent en charge la moitié du coût global du VIE - salaire et billet d'avion - à concurrence de 30 000 euros. Partout en France, le recours à un VIE ouvre aussi droit au crédit d'impôt export, plafonné à 40 000 euros. S'assurer L'assurance prospection distribuée par la Coface prend en charge les frais de VIE et couvre un échec commercial de la mission.

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