Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Quotidien des Usines

Social : Allemagne, le modele se grippe

Publié le

Pour retrouver une légitimité, patronat et syndicats durcissent le ton dans les traditionnelles négociations salariales.

Un chancelier fragilisé à six mois des élections législatives, des organisations syndicales et patronales qui se cherchent une légitimité et une situation économique flageolante : autant d'éléments qui ont cette année transformé les traditionnelles négociations allemandes sur les salaires en bras de fer entre les partenaires sociaux. D'un côté, IG Metall, qui représente 3,6 millions de salariés du secteur métallurgique, a exigé des augmentations de salaire de 6,5 %. Et a, beaucoup plus vite que d'habitude, déclenché des grèves d'avertissement dans les grandes régions industrielles. De l'autre, Gesamtmetall, l'organisation patronale, s'est longtemps accrochée à sa proposition de 2 % d'augmentation en 2002 et de 2 % en 2003. " Les deux camps ont des discours beaucoup plus durs qu'auparavant ", confirme Udo Rehfeldt, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires). Du côté syndical, le durcissement est très net. Lors des précédentes négociations, il y a deux ans, IG Metall avait en effet adhéré au principe de la modération salariale et accepté des augmentations de 3 % en 2000 et 2,1 % en 2001. La contrepartie devait être des créations d'emplois. Las ! Cette stratégie a fait long feu. En effet, loin de reculer, le nombre de chômeurs a atteint en mars 4,1 millions. Plus gênant encore pour IG Metall : les augmentations de salaires négociées en 2000 n'ont pas suffi à compenser l'inflation.

Le pouvoir d'achat a reculé de 0,3 % en 2001

Ainsi, selon une étude rendue publique la semaine dernière par l'Insee, le pouvoir d'achat a reculé en Allemagne de 0,3 % en 2001, pour une progression du salaire mensuel de base de 2,2 %. " Ces deux dernières années, le pouvoir d'achat des ménages a été grignoté. Outre l'accroissement de la facture pétrolière, les effets induits des crises alimentaires et le renchérissement des importations, l'inflation a été portée par l'augmentation en Allemagne de certains prix administrés et de l'écotaxe ", souligne Isabelle Bourgeois, responsable de la revue " Regards sur l'économie allemande ", éditée par le Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine (Cirac). Or ces négociations ratées en 2000 ont incité le syndicat à montrer ses muscles cette année. " C'est vrai qu'il y a eu des remous en interne. Certains nous ont dit qu'on s'était trompé, qu'on avait négocié à un niveau trop bas. Cette année, on se tuerait si on prônait la modération, car les ouvriers ne comprendraient pas qu'il n'y ait pas d'augmentation ", reconnaît Bert Thierron, en charge des relations internationales au sein d'IG Metall.

Une réduction du nombre d'adhérents

Une fermeté d'autant plus nécessaire que le syndicat traverse, depuis plusieurs années, une crise de légitimité. Crise qui s'est d'abord traduite par une réduction du nombre de ses adhérents, notamment dans les Länder de l'Est : " Après la réunification, les organisations syndicales ont récupéré beaucoup d'adhérents. Mais très vite, à cause d'une compétitivité insuffisante, les entreprises ont fermé, les gens ont perdu leur emploi et ont quitté le syndicat ", souligne Udo Rehfeldt, de l'Ires. Au total, depuis 1994, IG Metall a perdu près d'un demi-million de membres dans son secteur et n'a pu enrayer cette hémorragie que grâce à l'intégration des syndicats du textile et de l'industrie du bois, qui représentent 300 000 personnes. Par ailleurs, le syndicat a bien du mal à attirer les salariés des métiers des hautes technologies ou des télécommunications et s'est retrouvé en concurrence avec Ver.di, le syndicat des services, créé en 2000. " Les syndicats, comme IG Metall, traversent une vraie crise, car ils essaient de concilier des intérêts contradictoires. L'enjeu aujourd'hui est de prouver la légitimité de ces mammouths ", souligne Isabelle Bourgeois, du Cirac.

Davantage de négociations dans les entreprises

Une légitimité d'autant plus difficile à démontrer que, de plus en plus, la négociation d'entreprise - via des conseils d'entreprise - prend le pas sur les négociations de branche. Outre le cas de groupes tels que Volkswagen, qui, traditionnellement, ne sont pas affiliés à des fédérations de branche, de plus en plus de conventions collectives prévoient des " clauses d'ouverture " qui permettent de négocier au niveau de l'entreprise.

Les représentaux patronaux également sur le gril

A la fin de 1999, le ministère du Travail allemand recensait 5 369 entreprises ayant négocié leurs propres salaires et conditions de travail, alors qu'en 1990 le chiffre n'était que de 2 550, nouveaux Länder compris. Une évolution qui fragilise les représentants syndicaux. " La grande crainte d'IG Metall, c'est qu'à force de décentralisation la référence de branche ne s'amenuise au point de se rompre. Or, à ses yeux, la négociation de branche [...] est le seul instrument permettant encore au syndicalisme de transcender la logique d'entreprise, donc de rester un "mouvement de réforme sociale" ", indique Alain Lattard, professeur à l'université de Paris-III, dans l'ouvrage collectif " Allemagne 2001 : regards sur une économie en mutation " (éditions Cirac). Les négociations, ces dernières semaines, ont été d'autant plus dures que les représentants patronaux - et, au premier rang, Gesamtmetall, la fédération de la métallurgie - sont eux aussi sur le gril. " Beaucoup d'entreprises privatisées [des Länder de l'Est] préfèrent ne pas adhérer à une fédération d'employeurs pour ne pas être obligées d'appliquer les salaires conventionnels [...], dont les niveaux se sont rapidement rapprochés de ceux de l'Allemagne de l'Ouest ", souligne Udo Rehfeldt, dans un article intitulé " Fractionnement et érosion des organisations patronales " (" Chronique internationale de l'Ires " n° 72). Et, à l'Ouest, ce sont les dissensions entre les grands groupes et les PMI qui fragilisent Gesamtmetall. A tel point qu'il ne représente plus que 34 % des entreprises ouest-allemandes, contre 56 % en 1984. Ces dernières semaines, Gesamtmetall a subi les critiques des PMI pour avoir proposé, dès l'ouverture des discussions, des augmentations de 2 % en 2002 et de 2 % en 2003 : ses plus petits adhérents estimaient, en effet, ne pas pouvoir supporter plus de 1,5 % de hausse de leurs coûts salariaux.

La demande intérieure reste mal orientée

Dans le bras de fer qui l'oppose aux syndicats, le patronat a cependant un " atout " : la situation économique de l'Allemagne qui pousse à la modération salariale. " Même si on attend une reprise pour la deuxième partie de l'année, elle sera liée à la conjoncture internationale et pas à des raisons structurelles allemandes. Les entreprises n'ont aujourd'hui ni une productivité assez élevée ni un niveau de charges assez bas pour se permettre des augmentations importantes ", souligne Amélie Derambure, économiste en charge de l'Allemagne au Crédit agricole. " La demande intérieure reste mal orientée, et les chiffres du commerce de détail publiés la semaine dernière sont mauvais ", renchérit David Naudé, de la Deutsche Bank. Dans ce contexte, où chacun a intérêt à montrer ses muscles, le compromis passe par une entente sur l'alignement des conditions salariales des ouvriers sur celles des employés. Le coût de ces mesures pour les entreprises serait alors déduit des augmentations proprement dites. Revendiqué depuis plusieurs années par IG Metall, l'accord sur ce point, conclu le 15 avril, permettra à la fédération syndicale de sauver la face. Et au patronat d'étaler les coûts sur plusieurs années.



POURQUOI IG METALL A DEMANDÉ DES AUGMENTATIONS DE 6,5 %

La modération salariale en vigueur depuis deux ans n'a pas permis de réduire le chômage.

Le pouvoir d'achat a peu progressé, voire reculé ces dernières années.

Le syndicat a besoin de retrouver une légitimité par un acte fort alors qu'il traverse une crise interne.

POURQUOI GESAMTMETALL A PRONÉ LA MODÉRATION

La reprise dans l'industrie n'est pas attendue avant le second semestre.

Les gains de productivité ont peu progressé au cours de la décennie 1990.

La fédération patronale subit les pressions des PMI qui ne peuvent pas absorber des augmentations trop importantes.



TROIS POINTS DE VUE SUR...

La compétitivité allemande

BERTHOLD HUBER, secrétaire général d'IG Metall pour le Bade-Wurtemberg

Relancer la demande intérieure

" Les industries électronique et métallurgique allemandes sont extrêmement compétitives, particulièrement dans le Bade-Wurtemberg. Plus de 50 % du chiffre d'affaires est réalisé à l'export. Mais l'un des problèmes de la métallurgie allemande est le manque de demande sur le marché domestique. Nous voulons stimuler cette dernière par une augmentation du pouvoir d'achat. Les emplois se créent par les commandes et non par des accords salariaux de bas niveau. Par le passé, il régnait un consensus entre les partenaires sociaux : la marge de manoeuvre des négociations tarifaires reposait sur l'évolution de la productivité et sur la hausse des prix. Avec leur offre de 2 %, les patrons ne se fondent plus que sur la seule hausse de la productivité - estimée à 2-2,25 % par les experts. Cela signifie que le risque de hausse des prix - estimé à 2 % - se répercute sur les seuls salariés. Des pertes de salaires réels sont préprogrammées. "

EDUARD KULENKAMP, P-DG de Gebr. Pfeiffer AG (fabricant de machines pour la production de matériaux du bâtiment)

Des augmentations trop fortes pour l'export

" Pour des PMI comme la mienne, qui réalise 90 % de son chiffre d'affaires à l'exportation et la majorité hors de l'Union européenne, il est totalement impossible de répercuter l'augmentation des coûts salariaux sur le prix de nos produits. Bien au contraire, la concurrence est telle que nos clients exercent une pression considérable sur les tarifs. Nous débouchons sur une situation paradoxale : nos carnets de commandes sont pleins comme jamais depuis ces dernières années, et, dans le même temps, il faudrait que nous travaillions à perte en raison des augmentations salariales. Enfin, l'un de nos problèmes essentiels - et c'est celui de bien des PMI - est la part élevée des coûts salariaux dans les coûts de production. Les entreprises très automatisées, qui sont le plus souvent des grands groupes, n'ont pas à faire face à ce type de problème. "

PROFESSEUR WOLFGANG FRANZ, président du centre européen de recherche économique de Mannheim

Privilégier la participation aux bénéfices

" La revendication d'IG Metall de 6,5 % d'augmentation salariale a déjà nui à l'image de l'Allemagne en tant que lieu d'implantation économique et a amené les investisseurs potentiels, qu'ils soient allemands ou étrangers, à revoir leurs projets d'investissements. Au regard d'une évolution conjoncturelle incertaine et des situations très disparates des entreprises, les revendications salariales d'IG Metall ne sont pas seulement irréalistes, elles sont préjudiciables. Il est regrettable qu'IG Metall ait repoussé tout conseil de miser davantage sur un modèle de participation aux bénéfices. Ma proposition serait s'augmenter les salaires de 2 % au maximum et de conclure en même temps une participation aux bénéfices. Cela aurait plusieurs avantages. D'une part, les salariés seraient automa- tiquement intéressés à une nette amélioration de la conjoncture. Et, d'autre part, les différents niveaux de productivité des entreprises pourraient être pris en compte. " Propos recueillis par

Marie Luginsland

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus