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Quotidien des Usines

SNPE : 1428 emplois menacés par la fusion avec Safran ?

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C'est l'hypothèse des différents syndicats du groupe SNPE, en passe de voir sa branche SME privatisée et rachetée par Safran.

SNPE : 1428 emplois menacés par la fusion avec Safran ?

Une délégation intersyndicale du groupe SNPE était reçue hier mercredi 14 janvier par la commission Défense de l'Assemblée nationale. Les représentants du personnel de la Société nationale des poudres et explosifs ont profité de cet entretien pour faire entendre leurs inquiétudes sur le projet de privatisation du groupe, alors que plusieurs sites de production débrayaient l'espace d'une heure, dans la journée du 14 janvier.

Les députés de la commission Défense participeront, au même titre que le reste des députés, au vote parlementaire de la loi de programmation militaire. Or l'article 11 du projet de loi, adopté le 29 octobre dernier, inscrit la SNPE, dont l'Etat est actionnaire à 99,97%, dans une liste d'entreprises pouvant être privatisées. Objectif, selon le ministre de la Défense Hervé Morin : permettre "la réorganisation et la restructuration de cette entreprise absolument stratégique".

Commission Défense

La commission de la défense nationale et des forces armées est l'une des six commissions permanentes de l'Assemblée nationale française. Sur fond de livre blanc de la défense, qui raye une bonne partie des casernes de l'Hexagone et replace les moyens sur les technologies de pointe, la commission a du pain sur la planche : les auditions se succèdent à tout va.
Le gouvernement a en effet mis un coup d'accélérateur à son projet de vente des activités de propulsion de la SNPE au groupe Safran. La lettre adressée le 12 novembre 2008 par Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, au délégué général syndical de la SNPE était explicite : « La filière de propulsion solide, si stratégique pour la défense et les activités spatiales de notre pays, imbrique très étroitement les activités du groupe Safran et celles de la SNPE. La séparation de ces activités entre deux sociétés alourdit et complexifie considérablement le processus industriel. Le Président de la république a donc estimé que la fusion des activités de propulsion de la SNPE et de celles du groupe Safran permettrait une grande amélioration des performances de ces activités.» Un avis partagé du point de vue technique par les ingénieurs des deux groupes, même si ces derniers craignent qu'une trop grande restriction des coûts casse les délicats procédés mis au point dans les bureaux d'études.

Reste que les syndicats sont inquiets pour l'emploi. Selon des derniers, l'avenir de plus d'un tiers des effectifs (en orange dans le tableau ci-dessous) du groupe SNPE est incertain à court terme, si la privatisation se concrétise :




Cliquez sur le tableau pour l'agrandir



« C'est la filiale de Saint-Médard qui intéresse Safran, le reste sera vendu au plus offrant, avec son lot de fermetures, de suppressions d'emploi. Et même sur Saint Médard, le secteur automobile est menacé », souligne un représentant syndical.

Ce n'est pas sans raison qu'il donne peu cher de la peau du service auto. Autoliv, le sous-traitant automobile auquel SME livre des blocs de propergol pour ses airbags, traverse une mauvaise passe comme l'ensemble du secteur. 3000 emplois sont sur la sellette dans ses usines situées en Roumanie, en Suède, ou en Bretagne. « A Saint Médard le secteur auto tourne au minimum. Les stocks ne partent pas. Aujourd'hui chacun garde sa paye du fait que le groupe est  public : s'il s'agissait d'un groupe privé, nous entendrions déjà parler de chômage partiel, de suppression d'emplois. »

Le service automobile avait pourtant servi de bouée de sauvetage au moment où le missile M51 n'en était qu'à ses débuts. L'activité stratégique étant faible dans les années 2000, car le missile n'existait qu'à l'état de projet d'étude, cette diversification dans le secteur civil avait permis d'employer du personnel désoeuvré au profit de l'équipement automobile. Aujourd'hui, avec la crise de l'automobile, c'est l'inverse : les effectifs disponibles viennent renflouer les rangs des activités liées au M51. "Cela permet une réelle souplesse. Si l'on coupe désormais au plus serré dans les budgets et les effectifs, le risque est de ne se laisser aucune marge de manoeuvre" commente un observateur.

Le spectre de Molex. Un membre de l'intersyndicale pointe la propension du groupe Safran à appliquer la recette « on sous-traite tout, on fait le ménage, malgré la participation de l'Etat dans le groupe à hauteur de 30%», et s'en inquiète. « Regardez ce qui s'est passé dans le secteur de l'automobile pour Molex dans le Tarn et Garonne », souligne-t-il. « L'entreprise était bénéficiaire. Or Safran le vend à un américain qui délocalise en Slovaquie. L'Etat a fait pression pour garder le site en France, mais la direction de Safran a refusé. Les salariés ont dû tenir des piquets de grève pour qu'on ne déménage pas les machines pendant les vacances. » Bilan, résume-t-il : 200 emplois sur la selette.

D'autres observateurs, connaisseurs de l'entreprise, sont moins pessimistes sur l'emploi : « Les parties dont Safran ne veut pas seront rachetées par d'autres, à l'image d'Eurenco par Nexter. Les emplois ne sont pas menacés dans leur intégralité.» Quant aux craintes exprimées vis-a-vis de Safran, « on a vu pire comme groupe privé », tempèrent-ils.


SNPE matériaux énergétiques à Saint-Médard : les rois du propergol

Que ce soit pour le missile M51, pour la fusée Ariane ou pour les airbags de voiture, le propergol est le combustible d'excellence, très différent dans sa formule chimique selon ses usages.
Une gomme-encre 
« Ça ressemble à une gomme encre », commente un employé, faisant référence à la partie bleue un peu rugueuse des gommes qui permettaient aux écoliers d'effacer l'encre de leurs cahiers.
De façon globale, il s'agit d'un mélange entre un super-oxydant : le perchlorante d'ammonium sous forme granuleuse ; et un super-réducteur : le caoutchouc qui joue un rôle de cimenteur, comme le tapioca épaissit la soupe dans nos recettes de cuisine. Troisième ingrédient :  l'aluminium, que l'on peut identifier en particulier grâce aux fumées blanches d'alumine observables lors des tirs de la fusée Ariane.

FUSEES, MISSILES, BAGNOLES
Ariane.
« Sur la fusée Ariane, les deux moteurs sur les côtés sont du propergol. La fusée dispose d'un moteur à hydrogène classique : vous pouvez l'allumer et l'arrêter quand vous voulez. Le propergol, une fois que vous l'allumez, vous ne pouvez plus l'arrêter : il se consume intégralement. Il va brûler très vite avec beaucoup d'énergie, pour faire décoller la fusée», explique un salarié de Saint-Médard-en-Jalles, terreau du précieux carburant estampillé SNPE.
M51. « Pour le M51, SPS fabrique les structures, et nous coulons le propergol comme une pâte à gateau : le carburant est collé au moule. »  détaille le salarié.
Airbags. Quant à l'automobile, le site de St Médard livre des blocs de propergol pour airbags au suédois Autoliv, qui fabrique l'assemblage métallique contenant le générateur de gaz. « Vous imaginez un chichi d'un mètre vingt. Vous le coupez en tranches de saucisson et le mettez dans un contenant métallique.» résume un employé du site. « Nous sommes les seuls au monde à pouvoir livrer du propergol sous forme de bloc » tient -il à souligner. « Une fois allumée à cause d'un choc détecté par le véhicule, une mèche met le feu à ce propergol, qui est très énergétique, et brûle très vite. Le gaz produit par la combustion gonfle le ballon, avant même que votre tête ne risque de se cogner contre l'habitacle. »
Le site livre également du propergol sous forme de « pastilles, comme des comprimés de pharmacie ». Sur ce segment, Saint-Médard-en-Jalles n'est néanmoins pas l'unique détenteur de savoir-faire : aux Etats-Unis, un autre site de production maîtrise la fabrication de pastilles de propergol.

 
Trois mois d'attente pour Eurenco. Quant à Eurenco, fabricant de poudres et explosifs pour munitions terrestres, ses salariés savent d'ores et déjà que des baisses d'effectifs sont au programme. Antoine Gendry, le PDG de SNPE, la maison mère , s'est donné trois mois pour présenter un plan. « Dans trois mois on annonce les mauvaises nouvelles, nous a-t-on dit en CCE le 7 janvier », précise une source syndicale. « On est informés au compte-gouttesTout va très mal, dixit le PDG » affirme la source syndicale. «L'entreprise compte encore quelques commandes de munitions pour 2011 dans son carnet, mais après ? 40 millions d'euros d'investissements sont nécessaires. Si l'Etat ne veut pas investir, c'est la fin. »

Sécurité. Autre préoccupation, cette fois-ci partagée à tous les niveaux par les salariés de la société : la sécurité. « En privatisant, on ne veut pas se retrouver dans une situation de vivre un deuxième AZF. Le public investit dans la sécurité, dans le privé le dividende passe en premier » commente un syndicaliste. « Certes, il existe des organismes en France qui veillent au grain. Mais cela n'a pas empêché Total de faire des conneries», commente un autre employé, faisant référence à la catastrophe AZF. « Le jour où la sécurité n'est plus la préoccupation numéro un du PDG, on prend des risques » conclut-il. Antoine Gendry, le nouveau PDG de la SNPE, y a d'ailleurs été fortement sensibilisé.
Les délégué syndicaux s'inquiètent enfin de la mainmise sur l'industrie de défense stratégique nationale « par des actionnaires irresponsables ».

Reste qu'une manne financière vient à point nommé renflouer les caisses du groupe. Selon une source proche du dossier, Total aurait proposé à la direction de la SNPE 150 millions d'euros dans le cadre d'un accord amiable, au sujet du litige SNPE-Total occasionné par l'explosion d'AZF le 21 septembre 2001, qui a causé trente morts. En échange, la SNPE s'engagerait à arrêter ses procédures juridiques liées au procès civil, et à se retirer de la partie civile du procès pénal, qui commencera le 23 février. La SNPE aurait accepté le deal le lundi 12 janvier 2009, lors d'un conseil d'administration exceptionnel consacré à l'affaire. Une rentrée d'argent frais à même de « relancer l'investissement et le développement sur nos sites et dans toutes les filiales » a glissé l'intersyndicale à sa direction.

Ana Lutzky

Lire aussi :
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