Six secteurs sous pression

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3066

Les événements de l'été rebattent les cartes pour la plupart des activités. Pour « L'Usine Nouvelle », le cabinet Xerfi a revu ses prévisions sectorielles.

Redémarrage menacé dans l'automobile

L'automobile va-t-elle encaisser une ultime secousse, susceptible de reporter la reprise tant espé- rée ? Après un sursaut des ventes chez PSA comme chez Renault en juillet, avec des immatriculations en hausse respectivement de 22,2 % et de 21,6 % sur un mois, le coup de froid sur l'économie jette à nouveau le doute sur un secteur déjà fragile.

Attendue depuis de longs mois par l'ensemble des acteurs de la filière, l'offensive commerciale programmée pour cette rentrée par les deux constructeurs français - avec les Twingo et Laguna chez Renault, les 308 et C4 Picasso chez PSA - risque de faire les frais d'un renchérissement du crédit à la consommation. Même si la répercussion par les banques de la hausse des taux d'intérêt n'est pas immédiate, l'impact n'en sera pas moins réel.

En manque de nouveaux modèles depuis plus d'un an, les deux groupes pariaient sur une offre plus dynamique pour retrouver des marges de manoeuvre. Renault, notamment, joue gros avec la Laguna 3, attendue le 12 octobre prochain. Symbole du plan de reconquête de Carlos Ghosn - le Contrat 2009 -, elle participe à l'objectif d'augmentation des ventes du groupe (hors Nissan), fixé à 800 000 véhicules par an d'ici à deux ans.

 

 

La réduction des coûts mène la danse

Pour les deux constructeurs, des ratés au démarrage pourraient se payer cash. Et être synonymes de restructurations. « Aucun constructeur n'y échappera même avec de bons résultats financiers, estime Eric-Alain Michelis, analyste automobile à la Société Générale. C'est désormais la réduction des coûts et non la relance des volumes qui mène la danse. »

Abandonnant le rêve de produire 4 millions de véhicules par an, Christian Streiff, le PDG de PSA, a déjà cherché à abaisser ses frais fixes grâce à un plan de 4 800 départs volontaires. Il doit présenter l'étage principal de sa fusée, le 4 septembre prochain, en dévoilant les détails de son plan Cap 2010.

Renault a pour l'instant refusé de tailler dans ses effectifs mais Patrick Pelata, le numéro 2, a reconnu dans une interview au journal « Le Monde » que « le futur de l'usine de Sandouville se jouait avec la Laguna ». Le message est clair : les modèles qui ne se vendront pas mettront en péril la survie des usines qui les produisent. Et au-delà, de leurs sous-traitants.

L'aéronautique croise les doigts

Jusqu'ici tout va bien. Les carnets de commandes, des constructeurs aux motoristes en passant par les équipementiers, sont pleins à craquer. Sur les huit premiers mois de l'année, Airbus et Boeing totalisent un nouveau record de commandes, avec chacun plus ou moins 700 avions vendus. A ce rythme, on peut parier qu'ils atteindront des niveaux comparables à ceux de 2005 et 2006. Cette bonne conjoncture concerne aussi les autres segments : avions régionaux, hélicoptères, bizjets... Tous sont portés par la croissance mondiale qui dope le trafic aérien et certains, comme les spécialistes de l'aviation d'affaires, par un classique effet de richesse dû aux profits réalisés, notamment, en Bourse.

Mais la crise financière risque de peser. « Toutes les anticipations et les business plans des compagnies aériennes et des constructeurs sont basés sur la poursuite de la croissance du trafic et de l'économie mondiale. S'il y avait un effet de contagion de la crise actuelle, il est probable qu'on assisterait à un retournement de cycle », estime Nicolas Lioret, conseiller sectoriel chez l'assureur crédit Euler Hermes Sfac. En moyenne, une compagnie aérienne finance 50 % de ses achats d'avions en s'endettant (le reste se partage à parité entre l'autofinancement et le leasing). Mais ce taux atteint allègrement 80 %, voire 100 % chez les nouveaux entrants, compagnies asiatiques à bas coûts, loueurs d'avions, ceux qui sont largement responsables de la bulle aéronautique actuelle.

Le resserrement des conditions de crédit et le ralentissement conjoncturel risquent de faire des victimes. « Pour l'instant, nous ne prévoyons pas de recul du nombre d'opérations de financement de flottes, indique Christian McCormick, le directeur général de Natixis Transport Finance. Cette crise aura peut-être pour effet d'assainir le marché. » La bulle aéronautique a en effet généré des montages hasardeux où il n'était pas rare de voir des avions financés sans clause de sauvegarde pour des compagnies aériennes sortant tout juste d'un dépôt de bilan.

Impact différé pour la construction

Si l'on s'en tient à l'origine de la crise financière aux Etats-Unis - l'explosion de la bulle immobilière -, la construction serait en première ligne. Mais, en France, malgré une progression plus faible qu'en 2006, le secteur a profité d'un bon niveau d'activité au premier semestre 2007 et ne devrait pas connaître de revers de conjoncture cette année. Après un mauvais mois d'avril, la construction de logements s'est nettement ressaisie en mai et juin. Les bons résultats semestriels des majors le reflètent : le chiffre d'affaires de Bouygues gagne 10 %, celui de la branche travaux de Vinci 17,1 %.

A peine reconnaît-on dans les fédérations qu'un renchérissement du coût de l'emprunt pourrait pénaliser le financement des grands projets à partir de 2008. Et que la hausse persistante des taux d'intérêts immobiliers (déjà 50 % en deux ans) pourrait décourager les ménages, malgré le cadeau fiscal du gouvernement.

L'optimisme persiste aussi dans l'industrie des matériaux, qui ne s'attend pas une décélération rapide de son activité. A la Fédération de l'industrie du béton, on estime que la demande de logements neufs en France est telle que l'impact de la crise sera faible, sauf rebondissement majeur. Pour Euler Hermes Sfac, malgré un ralentissement dans le BTP depuis le début 2007, les ventes de matériaux vont poursuivre leur croissance, soutenue par les marchés de la rénovation. Les incitations fiscales ou réglementaires, notamment pour l'isolation et les performances thermiques, permettent d'envisager l'avenir avec sérénité au moins jusqu'en 2010. Les industriels des matériaux d'isolation (Isover, Knauf, Ursa...) ont d'ailleurs lancé récemment des projets de nouvelles capacités de production.

L'équipement de la maison s'inquiète d'un ralentissement immobilier

Pour les industriels de l'ameublement, la principale crainte vient aujourd'hui de l'immobilier. Le ralentissement de la construction de logements, lié au renchérissement du coût des crédits bancaires, pourrait à terme se répercuter sur les achats de mobilier, comme c'est la règle. Seul espoir : que le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt accordé par le gouvernement soit un amortisseur efficace sur le marché immobilier.

 

 

L'électroménager moins dépendant des taux

Malgré cette menace, les industriels veulent rester optimistes. Les marchés de l'ameublement comme de l'électroménager ont enregistré des résultats très positifs en France ces derniers mois (+ 6,8 % pour le meuble au premier semestre, + 5,4 % pour l'électroménager sur douze mois). Les entreprises espèrent ne pas être trop pénalisées par un éventuel resserrement du crédit à la consommation. « Les prix de l'électroménager ont baissé. Le secteur est moins dépendant qu'autrefois des taux », estime Bernard Planque, le délégué général du Groupement interprofessionnel des fabricants d'équipement ménager. Et dans l'ameublement, le problème pour les industriels français vient plus de la concurrence des importations que des conditions de crédit pour les ménages

Nuages sur les SSII

La crise boursière va-t-elle désta-biliser les SSII ? En France, les services financiers représentent plus de 25 % du marché de la sous-traitance informatique. Et des SSII françaises majeures, telle Steria, en tirent jusqu'à 30 % de leur chiffre d'affaires. Une baisse drastique des dépenses des banques semble toutefois exclue. « Elles sont engagées dans des investissements incontournables, comme le projet Sepa sur les normes de paiement électronique. Au pire, la crise pourrait réduire de 1 % la croissance prévue entre 6 à 8 % cette année », explique Jean-François Perret, le président de Pierre Audoin Consultants. Les SSII pourraient en revanche subir le contrecoup d'un durcissement des conditions d'accès au crédit. Leurs clients réduiraient alors leurs dépenses en prestations de conseil

L'agroalimentaire fragilisé par la flambée des matières premières

L'agroalimentaire est dans une situation particulière : peu concerné par les conséquences de la crise financière sur le crédit, le secteur est affecté par l'envolée du prix des matières premières agricoles (+ 55 % en un an pour le blé). Pour l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), ces hausses représentent « une part considérable des coûts de fabrication des produits, que les gains de productivité et les faibles marges dégagées ne peuvent, à long terme, suffire à compenser ». Ce contexte pourrait freiner les investissements et accélérer la concentration dans les secteurs les plus atomisés.

Réunies à la mi-juillet, l'Ania, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (Fnsea) et la Fédération du commerce (Fcd) ont convenu que les augmentations étaient inévitables. Mais elles seront surveillées de près. Par les distributeurs qui rechignent à rogner leurs marges et risquent de réclamer des compensations financières à leurs fournisseurs lors des prochaines négociations commerciales. Le poids des industriels sera déterminant, les grands groupes étant généralement mieux placés que les PME pour répercuter les hausses. Mais aussi par les pouvoirs publics qui craignent un impact sur le pouvoir d'achat des ménages et donc sur la consommation. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a prévenu qu'elle serait vigilante.

Reste à savoir comment le consommateur réagira devant les linéaires. Les hausses sont plus ou moins bien acceptées selon les produits : une même augmentation est, par exemple, plus facile à faire passer sur le lait de consommation que sur le fromage.

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