SIX PARADES POUR MODÉRER LA HAUSSE DES PRIX

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3271
 Les aciéries sont lourdement frappées par l'augmentation du coût de l'électricité.
Les aciéries sont lourdement frappées par l'augmentation du coût de l'électricité.
© D.R.

Les industriels gros consommateurs d'électricité n'ont plus le choix. Ils doivent explorer toutes les pistes pour limiter l'inflation de leur facture et améliorer leur visibilité.

La menace est sérieuse. Si les négociations avec EDF ne débouchent pas sur des tarifs d'électricité satisfaisants pour Rio Tinto Alcan, le site savoyard de Saint-Jean-de-Maurienne de l'aluminier pourrait bien mettre la clé sous la porte. L'électricité compte pour un tiers de son coût de production. L'aluminium n'est pas un cas isolé. Des métallurgistes aux chimistes en passant par les papetiers, des pans entiers de l'industrie française voient leur compétitivité menacée par la hausse des prix de l'électricité et d'une manière générale de l'énergie (gaz, pétrole...). Grands groupes comme PME, les industriels électro-intensifs explorent toutes les pistes qui leur permettraient de contenir l'inflation de leur facture d'électricité.

1. SÉCURISER SES APPROVISIONNEMENTS

Les plus gros électro-intensifs sont prêts à payer cher pour s'assurer de la visibilité. Vingt-six d'entre eux, regroupés dans le consortium Exeltium, ont mis près de 2 milliards d'euros sur la table pour avoir le droit d'acheter 150 térawattheures d'électricité à EDF pendant vingt-quatre ans. « Exeltium achète l'usufruit temporaire d'une partie du parc nucléaire d'EDF, résume Laurent Chabannes, son président, puis revend l'électricité à ses actionnaires. » Lancé en mai 2006, ce dispositif complexe a dû affronter l'opposition de Bruxelles (inquiet d'un verrouillage du marché par EDF), puis la crise financière de 2008 (l'opération repose à 90 % sur l'emprunt) pour aboutir, en mars 2010, à seulement la moitié des volumes envisagés au départ. Une seconde phase est en cours de négociation.

2. DEVENIR PRODUCTEUR D'HYDROÉLECTRICITÉ

Le renouvellement attendu des concessions de quelque 20 % du parc hydraulique donne des idées aux électro-intensifs. Rio Tinto Alcan s'intéresse aux barrages de la vallée de la Maurienne. D'autres ont franchi le pas. ArcelorMittal, Rhodia et la SNCF se sont alliés à l'électricien suédois Vattenfall dans le consortium Force Hydro. « Nous sommes ultra-minoritaires dans Force Hydro, souligne Dominique Thillaud, le directeur général chez SNCF Participations. Mais posséder une part de production d'un barrage nous garantirait un accès à de l'électricité bon marché lors des pointes de consommation. » À la clé, une économie et de la sécurité pour la SNCF, qui transporte majoritairement ses passagers le matin et le soir, quand l'électricité est la plus chère. Le statut de fournisseur d'électricité permettrait à la SNCF d'acheter de l'électricité via l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (Arenh).

3. RENDRE SON PROCESS MOINS ÉNERGIVORE

« Améliorer l'efficacité énergétique de l'outil industriel, c'est une bataille de tous les jours. » Responsable énergie au sein du papetier UPM-Kymmene, Hassan Tazine mène ce combat avec d'autant plus de ténacité que le secteur a été très touché par la crise. Le groupe a lancé l'initiative Energy Saving Campaign. Via des audits et une sensibilisation des salariés, chaque site cherche à diminuer la consommation énergétique de ses process. Dans la papeterie, afin d'évacuer l'eau du papier, nombre d'industriels remplacent leurs cylindres par des presses à sabot plus efficaces. Autre exemple avec Imerys Terre cuite. Des systèmes de récupération de chaleur ont été installés au niveau des fours de cuisson. Associés à des réglages plus fins de l'outil de production, cela a permis de diminuer de 15 %, en trois ans, la consommation énergétique du groupe.

4. SE REGROUPER POUR MIEUX NÉGOCIER

L'union fait la force ! Surtout à l'heure où les prix de l'électricité ne cessent d'augmenter et que les niveaux actuels de production sont encore inférieurs à ceux d'avant la crise. Dans le secteur de la papeterie, la part de l'énergie dans le coût de revient s'élève de 10 à 25 % suivant les sites. « Nous cherchions un moyen d'acheter au meilleur prix, explique Christophe Mathieu, le responsable énergie chez Arjowiggins. Négocier des prix à plusieurs offre une véritable crédibilité et la possibilité de se faire entendre. » Le Groupement d'achat d'électricité (Gael) est opérationnel depuis 2011. Les appels d'offres sont effectués par un prestataire qui regroupe de manière confidentielle les données de chacun des 20 sites engagés dans la démarche. Chaque site fait valoir ses besoins individuels. L'initiative permet aussi de négocier à la baisse les risques financiers en cas de non-respect des engagements.

5. CRÉER UNE FILIALE ÉNERGIE

Première réalisation concrète issue de la fusion des chimistes Rhodia et Solvay, Solvay Energy Services a vu le jour à la fin janvier afin de faire baisser la facture énergétique du groupe. Hausse des prix de l'électricité, volatilité du cours des énergies, contraintes sur les émissions de CO2... « Nous souhaitons anticiper ces mouvements et notre priorité va être d'accroître encore, pour l'ensemble de nos activités, nos actions en matière d'efficacité énergétique et de CO2 », résume Philippe Rosier, le président de la nouvelle entité. Un pilotage centralisé qui devrait permettre de réduire de 20 % sa consommation d'énergie en 2020 par rapport à 2006. Au programme : optimisation des achats d'énergie (1,2 milliard d'euros par an), gestion des participations dans Exeltium et Force Hydro, développement des capacités d'autoproduction (actuellement de 1 000 MW) et du business lié aux quotas de CO2 (pour lequel Rhodia s'est déjà beaucoup illustré). À l'avenir, l'entité se destine à commercialiser ses solutions auprès d'autres industriels. Une autre façon de créer de la valeur à partir de l'énergie.

6. JOUER SUR LA SOUPLESSE DE L'OUTIL

Le marché de l'électricité est haussier, mais il est aussi de plus en plus volatil : les prix peuvent être négatifs ou atteindre plusieurs milliers d'euros le MWh en pointe. « On croit beaucoup à la gestion de la consommation, surtout avec les outils de pilotage à distance des équipements, qui permettent de suivre la rapidité du marché de l'électricité », souligne Michael Vanhaesbroucke, le directeur clients BtoB France de GdF Suez. Fermeture en janvier et en février, effacement lors des jours de pointe : le métallurgiste Ferropem a toujours exploité au mieux la tarification EDF. Depuis un an, il va plus loin en monnayant sa capacité à effacer 200 MW de consommation en quinze minutes. Il récupère ainsi quelques pourcents de sa facture d'électricité. « On a une puissance importante et on est capable de souplesse, c'est la carte que l'on va jouer face à la hausse des prix », explique Laurent Neulat, le directeur énergie de Ferropem.

DES INDUSTRIELS GOURMANDS EN ÉLECTRONS

Les industriels du consortium Force Hydro, la SNCF, Rhodia et ArcelorMittal, ont consommé 16 TWh en 2010, soit quatre fois plus que l'ensemble des Parisiens. Le site de Saint-Jean-de-Maurienne de Rio Tinto Alcan,avec près de 2 TWh par an, consomme autant d'électricité que la ville de Lyon. L'usine d'enrichissement d'uranium Eurodif d'Areva engloutit entre 15 et 20 TWh par an, soit l'équivalent de la production de deux à trois tranches nucléaires. Un gros site papetier absorbe 1 TWh par an, soit deux fois la consommation des aéroports d'Orly et de Roissy.

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