Siemens va fonder sa propre banque
Le 28 juin 2010 par Yann Le Houelleur
Raison invoquée par le colosse industriel, qui a demandé une licence aux autorités allemandes : lors de crises, les difficultés éprouvées par les banques compliquent la vie des entreprises. Et Siemens ne veut pas confier ses liquidités, un pactole de neuf milliards d’euros, à n’importe qui.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Une maxime dont s’inspire une entreprise leader dans les domaines de l’électrique et de l’électrotechnique, tout comme dans les technologies de l’environnement. Le lundi 28 juin 2010, Siemens a fait savoir qu’il avait sollicité une licence auprès des autorités allemandes pour créer une banque dont il serait l’actionnaire. La crise financière mondiale qui a ébranlé l’ensemble de la sphère industrielle semble avoir incité les dirigeants de ce conglomérat allemand à se lancer dans l'industrie du crédit. L’un des directeurs de Siemens, Joe Käser, n’a pas fait mystère d’un certain désenchantement vis-à-vis du système bancaire conventionnel: «Dans la situation actuelle, on peut souffrir des conséquences des difficultés éprouvées par les banques dans une situation de crise.»
Pour autant, Siemens n’est pas vraiment à plaindre. Le chiffre d’affaires qu’il a enregistré lors de son dernier exercice (allant de septembre 2009 à septembre 2010) s’est élevé à 76,7 milliards d’euros, en léger recul par rapport à l’exercice antérieur. Les liquidités dont ce colosse de l’industrie dispose représentent quant à elles neuf milliards d’euros. Conclusions faites par Joe Käser : «Nous avons besoin de possibilités de placements sûrs».
Qu’un industriel se dote ainsi d’un bras financier pour offrir des facilités tant à ses fournisseurs qu’à ses clients est un événement. Mais il existe une certaine tradition en la matière, tout au moins en Allemagne. Ainsi, une quarantaine d’adhérents à l’Association des Banques privées allemandes, sur les 230 que compte celle-ci, sont issus d’un conglomérat industriel. Selon un chef d’entreprise en France rompu au marché germanique, c'est entre autres la loi sur les faillites qui encourage les entreprises allemandes à créer leur propre structure bancaire.
En france, PSA PEUGEOT FINANCE
Une grande entreprise contrôlant une banque portant son nom? Le sujet semble déconcerter dans l’Hexagone. A tel point qu’à la Fédération bancaire française, on s’étonne. A la question : «Combien de vos adhérents sont-ils issus du monde industriel?», aucune réponse précise n’est fournie.
Toutefois, PSA Finance firgure parmi les rares établissements dans ce cas. La banque détenue à 100 % par PSA Peugeot Citroën affiche ses couleurs dans 24 pays. En 2009, son produit bancaire se montait à 944 millions d’euros et l’encourt total de crédit représentait 22 milliards d’euros. La moitié des consommateurs achetant un modèle Peugeot ou Citroën à crédit s’adresse à PSA Peugeot Finance, selon des responsables de la direction de la communication du constructeur automobile.
L’avenir devrait réserver quelques surprises dans ce domaine. Début janvier 2010, LaTribune dévoilait le projet de plusieurs banquiers, la plupart ayant fait leurs armes chez Natixis : aider un groupement de plusieurs entreprises (certaines françaises, d’autres britanniques et irlandaises) à fonder leur propre banque sous forme de coopérative. Raison invoquée par les promoteurs de cette initiative: contourner les réticences qu’ont les grands établissements financiers à prêter de l’argent quand sévit la crise.

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