« SIEMENS VA CRÉER UNE NOUVELLE USINE EN FRANCE »
Par PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3246
Christophe de Maistre préside depuis février la branche française. S'exprimant pour la première fois, il dévoile ses chantiers prioritaires et annonce les développements d'un groupe en pleine relance.
Vous avez pris la présidence de Siemens France le 7 février, comment se porte votre groupe ?
Au plus fort de la crise, voilà deux ans, nous avons, comme toutes les entreprises comparables, subi une chute sans précédent des marchés industriels. Cette période est derrière nous. Sur la plupart de ses métiers, Siemens France se développe fortement, parfois avec une croissance à deux chiffres, notamment dans notre branche automatisme et industrie, qui était la plus touchée. C'est lié à la reprise de l'activité de nos clients et à l'arrêt du déstockage chez les OEM, qui avaient aussi beaucoup souffert. Sur certaines références de composants, nos délais de livraison se sont allongés. En fait, notre division industrie est relancée de façon phénoménale. Bien sûr, je ne pense pas que l'on conservera indéfiniment cette croissance « à la chinoise ». Par ailleurs, nos activités dans le médical ont continué de se développer. Nous avons bénéficié du boom du photovoltaïque ou des investissements d'Airbus, à qui nous avons fourni des systèmes de positionnement de ses composants lourds. Sur la plupart des métiers, nous avons retrouvé le niveau d'activité record de 2008. Pour l'ensemble de Siemens France (2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2010), ce sera sans doute fin 2011 ou début 2012.
Quelles ont été les mesures prises durant cette période difficile ?
Le groupe s'est ajusté aux réalités de marché. Cela a conduit à restructurer certaines de nos activités (en particulier l'activité Siemens VAI MT, vouée à la sidérurgie, ndlr) mais Siemens l'a fait en mettant en place de fortes mesures d'accompagnement, conformément à notre tradition, et sans jamais remettre en cause la pérennité de nos métiers en France.
Quels sont les développements importants à venir en France ?
Parmi nos gros projets, il y a notamment le deuxième métro automatique de Rennes ou encore l'interconnexion électrique haute tension entre la France et l'Espagne (ligne à 320 000 volts sur les 65 kilomètres entre Perpignan et Figueres, ndlr). Ce contrat conforte nos compétences en France dans la transmission électrique haute tension, dont notre site de Grenoble est un centre mondial. Sur nos neuf centres de compétences en France, pays où nous sommes présent depuis un siècle et où nous espérons toujours progresser, six ont une dimension mondiale.
Je peux d'ailleurs vous annoncer qu'aux huit usines existantes dans l'Hexagone, le groupe a décidé d'en ajouter une, il s'agit d'un site situé à Lisses (Essonne), destiné à la fabrication de radiotraceurs médicaux voués à l'imagerie par pet-scan de notre filiale Petnet Solutions. L'investissement sera de 8 millions d'euros. Cela démontre notre volonté de développement sur le marché français. Au vu de notre leadership mondial sur le marché des éoliennes offshore, nous serons sans doute candidat au développement des projets en France. Selon les résultats, cela pourrait nous conduire à prendre des décisions d'investissements industriels dans l'Hexagone.
Et les chantiers du grand Paris ?
Le marché des villes (infrastructures, énergie, réseaux intelligents...) est récemment devenu une « business unit » en soi pour Siemens au plan mondial. C'est dire son importance. Dans le schéma de transport retenu pour le Grand Paris, certains tronçons correspondent bien à notre offre de métro léger basée en France (ex-Matra transport, ndlr). Nous présenterons notre offre le moment venu sur ce point ainsi que sur d'autres marchés, par exemple la gestion technique des réseaux ou du grand tertiaire, les gares notamment.
Allez-vous embaucher en France ?
Le recrutement est redevenu une priorité. Siemens compte 7 800 collaborateurs en France, nous embaucherons 700 à 800 personnes cette année et, indépendamment du turnover, nous serons recruteur net d'environ 450 à 500 personnes, avec comme fonctions prioritaires des ingénieurs d'affaires, chefs de projet, ingénieurs solutions informatiques ou techniciens de maintenance. L'important est de choisir les meilleurs candidats, c'est-à-dire ceux qui comprennent les enjeux de la période nouvelle ouverte devant nous. La crise a beaucoup changé les habitudes en interne. À tous les niveaux, chacun a une bien meilleure compréhension de la mondialisation. Ainsi, dans nos critères de sélection, à côté de l'allemand qui était toujours un plus, l'anglais devient un élément clé, car à partir de nos compétences en France, nous devons avoir une capacité de projection à l'international. Par ailleurs, nous restons un groupe très technologique, bâti sur l'innovation, mais une de mes priorités est de gagner en rapidité d'exécution.
Vous avez longtemps travaillé en Asie, quel est selon vous l'avenir de l'industrie en France et en Europe ?
Au sortir de la crise, je n'observe pas de contraction durable de notre base de clientèle en France. C'est réconfortant quant au futur de l'industrie. Au-delà, selon moi, ce qui compte dans la mondialisation, c'est de promouvoir la valeur ajoutée sous la bannière européenne. Notre territoire, c'est l'Europe. Les grands acteurs, Siemens comme ses concurrents, ne sont plus nationaux. Cela n'a plus de sens de raisonner à ce niveau. En fait, il y a une dualité : certains marchés sont totalement mondiaux et d'autres locaux. Et à ce niveau, nous avons besoin d'un réseau d'entreprises sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. L'Europe et ses entreprises doivent se distinguer par l'innovation. La compétition se gagne là. Les sociétés européennes ont beaucoup à offrir. Quant à l'ouverture au commerce avec les grands pays émergents, c'est un fait. Mais cela doit se faire de manière intelligente, c'est-à-dire avec réciprocité.
Qu'en est-il de la sortie du nucléaire de Siemens ?
La décision sera connue le moment venu.
Et du différend avec Alstom concernant les trains pour l'Eurostar ?
Même réponse.
Formation Sup Meca, DEA Normale Sup. 1991 Entre chez Siemens. Travaille en Allemagne et en France (marketing) ; part en 1998 pour l'Asie, où il dirigera entre autres la division automation en Chine. 2010 Rejoint Coverteam à la tête de la branche Asie-Pacifique. 2011 Devient président de Siemens France. Il a 44 ans.

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