SIEMENS, CHEF DE FILE D'UNE ALLEMAGNE SANS ATOME
Par PAR MANUEL MORAGUES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3269L'industriel s'est engagé à sortir du nucléaire. Il s'affiche aujourd'hui en meneur de la transition énergétique en Allemagne. Et montre le chemin à suivre... qui s'annonce coûteux.
Et dire que Siemens fut un jour au coeur de la filière nucléaire française ! Il paraît pourtant bien loin le mariage avec Framatome, tout comme les efforts désespérés de l'allemand pour monter au capital d'Areva. Depuis son abandon de l'atome, le 18 septembre 2011, Siemens poursuit sa mutation en un géant vert. Surtout, il s'est positionné en « moteur » du « projet du siècle » que constitue pour l'Allemagne la sortie du nucléaire, selon les termes de Peter Löscher, le patron du groupe. Mais si l'industriel suit le cap fixé par le gouvernement allemand, il n'est pas prêt à naviguer à l'aveuglette.
Le patron du secteur énergie du groupe, Michael Suess, a profité de la conférence annuelle sur l'énergie du quotidien « Handelsblat », le 17 janvier, pour mettre les points sur les « i ». « La transition énergétique va coûter de l'argent. Cela doit être clair pour toutes les parties impliquées », a prévenu le dirigeant. Avant de présenter une addition plutôt salée : l'Allemagne devra dépenser entre 1 430 milliards et 1 670 milliards d'euros d'ici à 2030 pour faire fonctionner son système électrique sans nucléaire, tout en faisant la part belle aux énergies renouvelables. Celles-ci assureraient 40 % de l'électricité produite en 2030 dans le scénario le moins coûteux (le gaz assurant les 60 % restants), contre 60 % dans le scénario le plus onéreux.
Réorienter les subventions vers l'innovation
Les sommes avancées par Siemens sont faramineuses, d'autant qu'elles n'incluent pas le coût du démantèlement des centrales. Mais le scénario dit « avant Fukushima », avec prolongement des centrales nucléaires, se chiffrait déjà à 1 420 milliards selon Siemens. Autrement dit, si l'Allemagne privilégiait le gaz, la sortie anticipée du nucléaire ne lui coûterait en elle-même que 10 milliards. Michael Suess relève cependant un « point positif : presque toutes les solutions techniques sont disponibles ». Et sont bien sûr au catalogue de Siemens. « Le groupe a les technologies pour répondre aux attentes de l'Allemagne », confirme un analyste parisien. Avec 50 % du marché mondial de l'éolien offshore, 40 % de celui des turbines à gaz dernier cri et autant dans les connexions à haute tension à courant continu qui raccordent les fermes éoliennes offshore, Siemens peut se frotter les mains.
Encore faut-il que la transition soit un succès. L'impatience semble gagner Siemens, à en croire les propos de Michael Suess rapportés par Reuters : « Il ne s'est pas passé grand-chose depuis que la transition a été annoncée. Nous avons besoin d'une impulsion. » L'industriel a clairement énoncé ce qu'il attendait du gouvernement, et notamment l'accélération des procédures pour la construction de lignes à haute tension, qui peinent déjà à transporter l'électricité issue des éoliennes au nord du pays. Surtout, Michael Suess a fustigé le système de subventions aux énergies renouvelables, accusé de rémunérer pendant vingt ans une technologie déjà obsolète.
Directement visé, le photovoltaïque, qui engloutit 50 % des subventions mais ne produit que 3 % de l'électricité allemande. Selon le dirigeant, la multiplication des panneaux solaires s'est faite sans tenir compte des besoins et des contraintes du réseau et en dehors de toute rationalité économique. Une technologie rentable pour le solaire reste à développer, estime Siemens, qui travaille notamment sur le solaire thermique à concentration. Il est indispensable, selon Michael Suess, de réorienter les subventions vers l'innovation, seule à même de faire de la transition énergétique un tremplin pour l'industrie allemande. Le risque est de taille, prévient le dirigeant : « Le monde entier nous regarde. Si la transition énergétique échouait, cela saperait la crédibilité de l'Allemagne en tant que nation industrielle. » Peut-être aussi celle de Siemens en tant qu'industriel d'avenir.

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