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L'Usine de l'Energie

Ségolène Royal : "Il faut bâtir de nouvelles centrales nucléaires"

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Publié le , mis à jour le 13/01/2015 À 17H57

Entretien Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, revient sur la loi de transition énergétique, l’avenir du nucléaire et l’implication des entreprises dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ségolène Royal : Il faut bâtir de nouvelles centrales nucléaires © Pascal Guittet

Le 8 janvier, Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, rencontre "L’Usine Nouvelle". L’entretien, prévu pour durer une heure, sera abrégé, urgence oblige. Vingt-quatre heures après la tuerie de "Charlie Hebdo", la ministre s’apprête à recevoir les opérateurs de transports dans le cadre du plan Vigipirate relevé au niveau "alerte attentat". D’entrée, la ministre fait part d’une "réaction d’horreur, de profonde tristesse et, en même temps, de volonté". "Ne soyons pas dans la peur, la consternation ou tétanisés, explique-t-elle. Soyons dans la puissance de la réponse de la République et de la liberté. C’est ce que montre la façon dont le peuple français réagit et se mobilise. Il y a eu une prise de conscience, salutaire et réconfortante, que l’essentiel est en jeu. Et que cet essentiel se défend collectivement."

Notre entretien avec Ségolène Royal porte surtout sur la transition énergétique. La ministre le répète à plusieurs reprises : elle a réussi à faire voter, en première lecture, une loi que beaucoup disaient impossible. Pour y parvenir, elle a su tenir tête à Europe écologie – Les Verts qui demandait de s’engager sur la sortie du nucléaire. Elle fait preuve de pragmatisme plutôt que d’idéologie, martèle-t-elle. La ministre regrette cependant que nombre de grandes mesures de la loi de transition énergétique ne soient pas connues du grand public. Elle évoque la possibilité, pour les collectivités et les particuliers, d’autoconsommer leur production d’électricité à partir de panneaux photovoltaïques. La loi prévoit un "développement maîtrisé et sécurisé des installations destinées à consommer tout ou partie de leur production électrique".

Autre sujet qui lui tient à cœur, le déploiement de la prime de conversion (qui peut aller jusqu’à 10 000 euros) pour remplacer un véhicule diesel de plus de treize ans par un véhicule électrique ou hybride rechargeable.

L'Usine Nouvelle - Le président de la République a laissé planer un doute, lors de son interview de ce début d’année sur France Inter, à propos de la date de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Quand fermera-t-elle ? En 2016 ?

Ségolène Royal - Si j’ai réussi à faire voter à l’Assemblée la loi de transition énergétique, c’est parce que j’ai choisi trois options. La première a été de ne pas opposer les énergies les unes aux autres et d’affirmer dès le départ, malgré les réticences de certains, que l’histoire et le savoir-faire français dans le nucléaire font partie de nos atouts… Deuxièmement, sans opposer les énergies, il faut malgré tout sortir du "tout nucléaire", car c’est notre intérêt national. La montée en puissance des énergies renouvelables doit s’accélérer et c’est une des missions d’EDF et des grands énergéticiens français. Troisième point, la loi plafonne la puissance nucléaire à 63,2 gigawatts…

Des centrales vont tout de même fermer…

Oui mais on ne ferme pas pour fermer, ce n’est pas par idéologie. On agit sur une base législative solide. C’est d’ailleurs la première fois que le Parlement a débattu du nucléaire. Avant, les décisions étaient prises dans le secret. Or, c’est un débat démocratique majeur. Le plafonnement de la puissance nucléaire signifie que, lorsque le réacteur EPR de Flamanville dans la Manche va ouvrir, deux autres devront fermer. À ce stade, c’est Fessenheim puisqu’il n’y a pas d’autres propositions sur la table.

Mais fermera-t-elle fin 2016, comme prévu ?

On fermera les réacteurs dès que l’EPR de Flamanville ouvrira [pas avant 2017 selon le dernier calendrier d’EDF, ndlr]. C’est une opération qu’il faut bien prévoir et organiser car cela ne se fait pas du jour au lendemain. Mon projet de loi définit précisément les étapes : dix-huit mois avant la mise en service de la nouvelle centrale, EDF devra s’engager à en fermer une autre pour respecter le plafonnement, puis cela sera acté par décret.

EDF prévoit un grand carénage pour prolonger la durée de vie des réacteurs du parc nucléaire français. Êtes-vous favorable à ces investissements ?

Lorsque l’on fait des investissements de cette dimension [55 milliards d’euros selon EDF, ndlr] sur le parc électronucléaire, il faut penser la totalité du modèle énergétique. Il y a la question des centrales en fin de vie. Mais il y a aussi celle de leur durée de vie. Je n’ai pas mis dans la loi sur la transition énergétique une limitation à quarante ans comme le voulaient les écologistes. Ce n’est pas une bonne façon de procéder vis-à-vis de notre industrie. À l’international, ce serait un couperet trop idéologique. Certaines centrales peuvent vivre plus longtemps. Une partie du grand carénage a été adoptée par le conseil d’administration d’EDF avec mon accord. Il faut maintenant programmer les investissements de sécurité des réacteurs existants. Mais il faut aussi programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées.

Le nucléaire garde donc un avenir en France…

L’énergie nucléaire est un atout, même si demeurent des questions sur la gestion des déchets et l’approvisionnement en uranium. Elle nous permet de réaliser la transition énergétique, car, comme je l’ai dit à l’Assemblée nationale, elle assure une sécurité énergétique. En même temps, il serait contre-productif pour EDF de lui laisser croire qu’il y a une situation acquise, qu’elle n’a pas la responsabilité d’imaginer son futur. Quand on est dans une situation de monopole, il est souvent plus difficile d’envisager des mutations… mais aucune entreprise, dans son intérêt, ne peut y échapper. Je sais que la qualité des ingénieurs, des techniciens et des ouvriers d’EDF lui permet de l’imaginer. Ma responsabilité est de pousser EDF à regarder le futur, à continuer à être performante tout en s’ouvrant à de nouveaux secteurs. Depuis Fukushima, la demande mondiale de nucléaire a baissé, même si, dans la construction d’une économie décarbonée, le nucléaire est un atout évident… Il faut penser la demande nucléaire de manière intelligente dans un contexte de mix énergétique. EDF doit se positionner dans une offre énergétique variée. Elle doit être capable de vendre à la Pologne du nucléaire mais aussi du renouvelable. 

Oui, mais la France accuse beaucoup de retard en matière d’énergies renouvelables…

La France était à l’avant-garde du photovoltaïque dès les années 1970 ! À cause du choix du tout nucléaire à cette époque, il n’y a pas eu les investissements nécessaires dans ces secteurs. Nous nous sommes fait dépasser par d’autres pays. Les tenants des énergies renouvelables ont été marginalisés. Il ne faut pas reproduire cette erreur, d’autant plus que nous avons des entreprises, grandes et petites, très performantes dans ces filières d’avenir.

La technostructure et la base d’EDF restent très pro-nucléaire…

Oui… mais c’est en train de changer, car avec la transition énergétique, EDF a compris qu’elle dispose d’un énorme potentiel. C’est positif qu’elle participe et gagne des appels d’offres sur l’éolien offshore, et l’entreprise peut davantage s’engager. En faisant des partenariats, par exemple, avec GDF Suez. Est-il logique que deux grandes entreprises énergétiques françaises se fassent concurrence sur les grands appels d’offres internationaux ? L’intérêt national veut que nos grands énergéticiens mettent en commun des laboratoires de recherche. La prochaine révolution énergétique concerne le stockage de l’énergie. Il ne faut pas passer à côté. La France doit être la première à inventer ces technologies. Cela requiert de lourds investissements. Les énergéticiens ont tout intérêt à y investir collectivement.

Vous avez affirmé à plusieurs reprises que l’industrie est indispensable à la réussite du sommet Paris Climat 2015 (COP 21). Que comptez-vous mettre en place pour que les industriels s’engagent davantage ?

Les engagements des industriels sont très importants. La France joue sa carte et l’Europe aussi. Lors du sommet de New York, en septembre 2014, Barack Obama n’est intervenu que sur la question du "green business". Si les entreprises s’engagent dans la croissance verte et dans la transition énergétique, cela va générer du chiffre d’affaires et des activités supplémentaires, 100 000 emplois en trois ans. Leur mobilisation est déterminante pour que nous tirions parti de la nouvelle économie climatique. Parmi les 34 plans de la Nouvelle France industrielle, mis en place par le président de la République, onze portent sur les industries du futur de la transition énergétique. Il y a des réserves de créativité, d’innovation et de productivité dans le bâtiment, dans les énergies renouvelables, les transports propres et l’économie circulaire. Le lien entre le numérique et l’énergie est également essentiel pour la performance énergétique avec, notamment, les compteurs et les réseaux intelligents. Réconcilier l’économie et l’écologie, c’est tout l’enjeu de la croissance verte.

Comment mobiliser les grandes entreprises de l’énergie ?

Elles sont mobilisées et elles sont là à tous les grands rendez-vous. Preuve en est, cette année, le sommet de Davos porte exclusivement sur le climat. Et j’y serai…

Quelles sont vos solutions pour améliorer la qualité de l’air en ville ? L’exemple du Japon qui est sorti du diesel en dix ans vous paraît-il transposable à la France ?

Oui, c’est ce qu’a dit le Premier ministre, Manuel Valls, en clôture de la dernière conférence environnementale. D’où la prime de conversion de 10 000 euros pour changer son vieux véhicule diesel en véhicule électrique. Elle sera disponible très prochainement et nous allons déployer sept millions de points de recharge. On a les outils. On peut démultiplier les transports collectifs propres avec notamment les nouveaux modèles de tramways sans emprise au sol. Je veux accélérer le mouvement.

Faut-il un péage urbain pour les véhicules polluants ?

Le problème de la circulation doit être résolu avec un projet global. Cela ne passe pas par un péage réservant l’accès des villes aux riches et aux entreprises qui peuvent payer. Il faut prendre en compte les règles, les droits et les devoirs, le principe du pollueur-payeur, les moyens de substitution à la portée de tous. Des villes ont réussi à concilier tout cela.

Ne croyez-vous pas que les chantiers de Notre-Dame-des-Landes, du barrage de Sivens, de la ligne Lyon-Turin et du centre d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo de Bure (Meuse) mériteraient une autre forme de débat public ?

L’an passé, 80 % des dossiers d’aménagement et d’infrastructures n’ont fait l’objet d’aucun contentieux. Quand les choses traînent, c’est négatif pour tout le monde. C’est pourquoi, je vais moderniser les procédures et réduire les délais. Il faut que des projets alternatifs puissent être étudiés et débattus publiquement. Il faut écouter les citoyens, répondre à leurs questions dès le début, mieux les associer à l’élaboration des décisions qui les concernent et de solutions garantes de l’intérêt général. En appliquant les principes et la méthode de la démocratie participative, on est obligé d’argumenter et on agit plus efficacement.

Propos recueillis par Olivier Cognasse, Ludovic Dupin et Pascal Gateaud

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7 commentaires

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23/01/2015 - 20h28 - jc

D'abord commençons par isoler les maisons, immeubles, retirer les vieilles voitures, les vieux poëles, chaudières fioul, et réduire la consommation d'énergie, avant de jeter les subventions vers les énergies renouvelables, et racheter l'électricité verte au prix fort ! Parlons des énergies renouvelables ! Ce ne sont pas les centrales - chaudières à bois biomasse, par ailleurs trop aidées par l'Ademe (fonds chaleur qui devraient coûter env. 6 milliards € d'ici 2020 - pour avoir les 23 % d'énergie renouvelable -) , et parfois par régions et cg, qui vont réduire la production de CO2. Les émissions de fumées : particules fines, dioxine, COV , avec HAP .. ne vont pas dans les objectifs des PPA, SRCAE, InVS , l'assignation en justice de La France pour les PM 10 et le coût SS ... . Et le bois manque, il n'est pas transporté par bateaux mais par camions ! ( et le bois doit sécher ! ) : http://www.bioenergie-promotion.fr/wp-content/uploads/2013/05/Durabilit%C3%A9-de-limportation-de-bois-%C3%A9nergie-en-Pays-de-la-Loire_Avril-2013.pdf Il est envisagé même d'utiliser le bois menu, rémanent voir le projet resobio ! Qui reboisera ? Couper des arbres qui piègent le CO2, pour les brûler .. c'est un pari très osé sur l'avenir ! http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/adm00012738_adm_attache1.pdf Le photovoltaïque ne fonctionnant pas sans soleil, et sans éléments rares ( la Terre devient trop petite ! ) les rendements sont médiocres. Qui recyclera ces panneaux solaires ? Et les éoliennes sans vents ... Et construire les éoliennes en mer , au prix où il faudra les réparer et que les abonnées EDF vont payer cette électricité ! Reste pour l'instant ce qui coûte le moins cher " à la société " les centrales à gaz, et les centrales nucléaires encore que ... si on repart sur les centrales à sodium ou EPR ce sera la catastrophe. Faisons ce que nous savons (encore ) faire ! fonds chaleur = ecotaxe inversée !
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19/01/2015 - 18h51 - Dany

Un peu de réalisme. Ce n'est mathématiquement pas possible et d'ailleurs aucun pays n'a pû le faire actuellement et pour longtemps encore.
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14/01/2015 - 21h39 - Effeté

Limpide : on prolonge la vie de nos bons vieux réacteurs nucléaires, comme ça on évite d'importer du charbon ou d'autres énergies fossiles qui dérèglent le climat. Pendant ce temps, on accélère sur les énergies renouvelables en nous servant de nos propres ressources et en créant nos emplois… Et puis, à la fin, on n'a plus besoin de prendre le risque de rayer la Gironde ou le Rhône de la carte pour s'éclairer car on a le solaire, l'éolien, le bois, les hydroliennes… Non ? Je n'ai pas compris ? Désolé, Ségolène doit être entourée par des gens beaucoup plus intelligents que moi. Alors allez-y les gars, repartez pour un nouveau tour de manège de 40 ou 50 ans avec de nouvelles centrales… On repassera après pour la transition, c'est pas grave… On a le temps.
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14/01/2015 - 14h20 - JMC86

Enfin un peu de réalisme, les énergies intermittentes, l'éolien et le photovoltaïque servent uniquement à des fins électoralistes ainsi qu'à la collecte d'argent style écotaxe par le biais de la CSPE, en France, nous avons le nucléaire, en Allemagne le charbon.
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14/01/2015 - 01h03 - Freeya

Je pense qu'il s'agit hélas d'une mise sous pression sérieuse en espérant qu'elle retrouvera bientôt ses esprits. Les terribles attentats ces derniers jours sembleraient "seulement" tristes par rapport à une catastrophe nucléaire majeure. Hélas encore faut il comme d'habitude que le pire se produise près de chez nous pour une prise de conscience réelle des dangers...trop tard pour des milliers d'années des générations futures. Développer les énergies vertes et fermer toutes les centrales d'urgence auraient été tellement moins cher et prospère.
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13/01/2015 - 12h00 - NicolasOlivier

Espérons que Ségolène fera plus attention lorsqu'elle tweetera sur le sujet
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13/01/2015 - 11h32 - Ben

"L’énergie nucléaire est un atout": Il faudra encore combien de catastrophe pour que nos gouvernements réfléchissent!
Arrêt immédiat des centrales. Arrêt de la production des déchets qui sont non gérable!
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