Secousses
Par Laurent Guez Directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3136« Quand je me regarde, je me désole, mais quand je me compare, je me console. » Le dicton s'applique assez bien à l'économie française, navrante dans son ensemble... mais moins que ses partenaires. Aux Etats-Unis, le cauchemar continue. Après les géants de l'automobile, après le numéro 1 de l'assurance, une autre statue du capitalisme est déboulonnée. Citigroup, classée première entreprise mondiale par le magazine « Forbes » il y a tout juste deux ans, n'a plus un sou vaillant. Contrainte de tendre la sébile, la banque new-yorkaise pourrait bientôt être nationalisée. Dans les pays de l'est de l'Europe, secoués par la crise bancaire, les monnaies vacillent, les pouvoirs aussi. La Lettonie, désormais placée sous la tutelle du FMI, a ainsi perdu la semaine dernière son gouvernement. Ceux de la Hongrie, de la Pologne, de l'Ukraine, ou de la République tchèque sont eux aussi très chahutés. A côté, la situation des institutions bancaires hexagonales paraît presque joyeuse. Et la polémique sur la fusion entre l'Ecureuil et les Banques populaires à la limite du dérisoire.
La France va moins mal que ses voisins grecs, irlandais, portugais et même espagnols. Pourquoi cette résistance relative ? C'est le revers brillant de notre sombre médaille : notre faible réactivité. Quand les autres profitent à plein des cycles de croissance, nous restons en retrait. Quand les autres plongent, nous flottons gentiment. Il faut dire que, face à la crise, nous sommes dotés d'un amortisseur : l'Etat. Et il est monté sur ressort : la dette. Du coup, les secousses ne se font pas encore sentir trop douloureusement. Le système a toutefois ses limites.
Car une nouvelle épreuve nous attend : premier client et premier fournisseur de la France, l'Allemagne va mal. Les industriels le savent bien, eux qui achètent tant de machines et vendent tant de produits à leurs homologues d'outre-Rhin. Le pays de BASF, BMW, Siemens et Volkswagen représente 15 % de nos exportations, soit près de 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Pour un groupe comme Danone, pourtant présent sur tous les continents, c'est un marché clé : toutes activités confondues, le champion de l'ultrafrais et des eaux minérales y écoule plus de 5 % de ses produits.
Alors, quand l'Allemagne tousse, ce sont toutes nos entreprises qui éternuent.
Et justement, là, elle est à la limite de l'extinction de voix. Selon Norbert Walter, l'économiste en chef de la Deutsche Bank, son PIB pourrait chuter cette année de 5 % ! Une récession historique. Et encore, ce recul pourrait être encore plus fort si aucun signe de reprise ne pointait son nez à l'été. Question : comment la France pourrait-elle clôturer l'année 2009 avec une « croissance » située autour de - 1 % (dixit la ministre de l'Economie, Christine Lagarde), quand son premier partenaire boit la tasse ? Prenons le pari que la prévision alarmante de la Deutsche Bank nous conduira à réviser, tôt ou tard, la nôtre.

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