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SE VENDRE SUR LE WEB 2.0

Par PAR LUCILE CHEVALIER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° HSING2012

La chasse au job se joue de plus en plus sur LinkedIn ou Viadeo. Nos conseils.

Quatre millions de membres français sur Viadeo, 2 millions sur LinkedIn, 250 000 sur Twitter... et moi, et moi, et moi. Olivier, ingénieur avec cinq ans d'expérience professionnelle au compteur, y a pensé longtemps, a hésité et s'y est mis récemment, « pour doubler ses chances de carrière », argumente-t-il. C'est le paradoxe de la génération Y. « Ils ont beau être nés avec le web et communiquer via Internet pour tout ce qui est personnel, ils n'ont pas encore acquis l'habitude d'utiliser ces réseaux pour des raisons professionnelles », constate Nabila Moumen, spécialiste du numérique et coauteur de « Bien gérer sa réputation sur internet », à paraître aux éditions Dunod.Étrange et absurde quand l'on y réfléchit. Car les réseaux sociaux sont de vraies mines d'informations. Renault, PSA, Areva, Safran... diffusent ainsi les offres d'emplois à pourvoir sur LinkedIn et Viadeo. Beaucoup, comme L'Oréal, recrutent aussi sur Facebook, notamment grâce des outils comme Work4 Labs permettant de cibler les profils. Et les cabinets de recrutement cherchent la perle rare grâce au web 2.0. D'après la dernière enquête menée par le site Regionjob auprès de 526 candidats et 379 recruteurs, au début de l'année, plus un secteur donné se trouve en situation de pénurie, plus les recruteurs s'aident des réseaux sociaux pour dénicher des candidats et pourvoir les postes vacants. Ainsi, 40 % des professionnels des RH interrogés ont déjà utilisé ce type d'outil pour chasser un ingénieur. Et 22 % des recruteurs ont, par la suite, embauché un candidat contacté via ces réseaux. Sur ces recrutements, 31 % concernaient des profils ingénieurs.

Pourquoi la génération Y, qui n'hésite pas à afficher ses amis sur Facebook ou à publier ses photos de gala étudiant, est-t-elle si réticente à partager ses compétences et son expérience avec les recruteurs potentiels sur Viadeo, alors qu'elle aurait tout à y gagner ? « Les jeunes diplômés jugent ne pas avoir assez de réseaux pour s'inscrire sur ce genre de sites, ils ne savent pas quelle expérience mettre en avant... bref, ils doutent et s'abstiennent », estime Mounira Hamdi, manager de projets multimédias et coauteur de l'ouvrage « Bien gérer sa réputation sur internet ». De véritables ânes de Buridan du web 2.0 ! Pour dépasser ce stade d'indécision et d'inaction, et devenir un bon stratège en matière de communication, voici quatre conseils sur la meilleure manière d'user des réseaux sociaux professionnels.

LEÇON N° 1 : CHOISIR SON OU SES RÉSEAUX SOCIAUX

Opter pour les classiques comme Viadeo ou LinkedIn ? S'orienter vers les moins formels, tel Twitter ? Ou encore miser sur les réseaux spécialisés, comme reseaux-ingenieurs.com ou E-logick, qui sont venus s'ajouter, il y a un an ou deux, à la géographie du web 2.0 ? Il y a de quoi s'y perdre. Normal, car il faut prendre les choses par le bon bout. En partant de soi et non des réseaux. « Le premier conseil, avant même de se lancer, est de prendre un crayon, une feuille de papier et de formuler sa stratégie professionnelle : dans quel domaine je veux travailler, est-ce que je veux grossir mon réseau, est-ce que je cherche un emploi, un conseil ? », détaille Lionel Kaplan, consultant en médias sociaux pour les entreprises. Ensuite, il faut mener sa petite enquête : sur quel réseau sont les personnes influentes dans le domaine visé ? ». Pour un ingénieur souhaitant rester en France, mieux vaut opter pour Viadeo. LinkedIn est peut-être plus imposant, mais tourné vers l'international. Les réseaux spécialisés, quant à eux, se concentrent sur un corps de métier. Point faible : les recruteurs y sont moins présents. Point fort : c'est l'occasion d'approcher un manager ou un salarié travaillant dans une entreprise cible. Twitter, lui, sert à la veille pour les offres d'emplois, avec des groupes comme @jobingenieur, ou à la veille sur un domaine d'expertise, @begeek_FR pour l'actualité high-tech par exemple.

LEÇON N° 2 : APPRENDRE LA LANGUE DU WEB 2.0

« Vous n'imaginez pas le nombre de personnes qui mettent leur CV en ligne sous forme de fichiers image. Une hérésie, quand on sait que les moteurs de recherche ne les lisent pas ! Certains candidats limitent l'accès à leur CV, alors que tout l'intérêt, c'est justement d'être lu et vu », s'énerve Thierry Verdier, fondateur du cabinet du recrutement 1001 Talents, qui a intégré le numérique à toutes les étapes du métier de chasseur de tête. Pour être chassé, encore faut-il pouvoir être trouvé. Et cela passe au premier chef par l'intégration des bons mots clés dans son profil - « ingénieur, électronique, automobile... » - et par l'application des différentes orthographes en usage : des missions sur des supports « online » et « on-line ».

LEÇON N° 3 : MONTRER UN PEU DE SOI

« Quand je mène des tests auprès des employeurs en leur proposant de choisir parmi un panel de profils, ces derniers s'orientent automatiquement vers ceux qui sont complétés, ceux qui ne mentionnent pas uniquement une fonction mais aussi des missions. Pour la photo, c'est la même chose. Certains assurent que cela n'a pas d'importance et pourtant les profils qui en sont pourvus sont les plus consultés », a observé Fadhila Brahimi, coach en personal branding et auteur de « Moi 2.0 », aux éditions Leduc.s. Sur le web 2.0, on ne mentionne pas, on ne remplit pas des cases comme dans un CV classique, on montre. Un ingénieur informaticien, par exemple, insère des liens vers les sites sur lesquels il travaille. Il montre son intérêt pour un sujet en adhérant à un groupe thématique : agroalimentaire, logistique, développeurs Java... Il partage des extraits d'un travail qu'il a réalisé. C'est beaucoup plus parlant et agréable pour les recruteurs qui n'ont pas à perdre leur temps à chercher les informations manquantes.

LEÇON N° 4 : RÉSEAUTER

Au « Forum entreprises » organisé chaque année par l'école d'ingénieurs en informatique Epita, les entreprises viennent repérer des candidats, discuter et laisser leur carte de visite. Et sur ces cartes, en dessous du numéro de portable ou de l'e-mail, Joël Courtois, le directeur de l'école, a vu apparaître la référence Viadeo ou LinkedIn. Un moyen efficace de garder le contact, mais surtout de passer à la vitesse supérieure. « Dans le cadre d'une candidature spontanée, un ingénieur peut attendre trois mois pour avoir une réponse, après avoir envoyé son CV par la poste. Avec Viadeo, c'est presque immédiat, la réponse parvient en un ou deux jours », a-t-il observé. Et, fait non négligeable, il connaît la réponse. Il peut même se procurer une information qui lui était auparavant difficile d'avoir, même en surfant sur les sites des entreprises ou en lisant frénétiquement la presse spécialisée. « Un ingénieur membre de Viadeo, qui veut, par exemple, travailler dans tel ou tel service chez Renault, regarde dans son carnet d'adresses s'il a un ancien copain de promo ou un ami d'un ami qui y travaille. Il le contacte, l'interroge sur l'ambiance, les compétences exigées, les opportunités de postes à venir. Il peut aussi prendre directement contact avec un manager en puisant dans les ressources de son réseau », déroule Jacques Froissant, fondateur du cabinet de recrutement Altaïde, spécialiste du recrutement 2.0.

Les ressources sont souvent plus nombreuses que l'on ne croit. Copains de promo, personnes côtoyées lors de stages, parents d'amis travaillant dans le domaine visé, intervenants croisés lors de conférences ou sur des salons... Très vite, on arrive à une centaine de contacts. Autant d'occasions d'être informé, de se faire conseiller, recommander, coopter. Les réseaux sociaux sont bons pour le travail. C.Q.F.D. Et pour ne rien gâcher, ils seraient aussi bons pour le moral. Une étude luxembourgeoise démontre ainsi qu'entre deux individus du même âge, ayant les mêmes niveaux d'éducation, de santé et de revenus, et dont les pratiques sociales sont proches, celui qui utilise internet est nettement plus heureux que l'autre. Pourquoi ? Au-delà d'un média d'information et de loisir, internet est un outil professionnel et relationnel, un moyen de développer et d'entretenir son capital social, facteur clé du bonheur.

« Plus besoin de chasseurs de têtes »

JULIEN ESPOSITO, directeur du recrutement et de la marque employeur Altran

Quelle utilisation avez-vous des réseaux sociaux professionnels ? Dès 2007, Altran a intégré les réseaux sociaux dans sa démarche de recrutement, Viadeo et LinkedIn surtout, et ponctuellement les réseaux spécialisés. Sur les job-boards traditionnels, comme Monster ou jeudis.com, nous publions une offre pour un poste. Le besoin est précis et immédiat. Sur Viadeo et LinkedIn, nous sommes sur un horizon moyen terme. Nous repérons un profil intéressant et prenons contact par mail. Nous faisons part des opportunités qu'offre notre société. Cette personne n'est pas nécessairement en recherche d'emploi, donc pas immédiate-ment intéressée. Par la suite, si elle veut changer, elle peut nous recontacter. Et pour les profils de postes expérimentés ? Les cadres avec une grande expérience étaient auparavant difficilement approchables. Ilsont déjà un poste et, contrairement aux jeunes diplômés, n'ont plus de liens forts avec les écoles. Nous devions, pour cibler ces profils, passer par un cabinet de chasseurs de tête. Maintenant, ils sont directement visibles sur Viadeo et LinkedIn. C'est royal !

« Il faut oser »

NICOLAS LAFORTUNE, 29 ans, consultant, ingénieur projet dans l'énergie

« À la sortie des Mines de Nancy, je me disais qu'avec ma faible expérience, je n'étais pas forcément crédible sur un réseau professionnel, et puis, personne ne vous apprend comment faire. Alors, on n'ose pas. C'est dommage. Moi, je m'étais inscrit très rapidement sur LinkedIn et Viadeo, une fois diplômé. Mais c'est seulement depuis quelques mois que je les utilise bien. Avec ma formation complémentaire en finance et mes expériences sur de gros projets dans le pétrole, j'ai peaufiné ma présentation et je contacte d'anciens camarades. Je vois tous les avantages que ces réseaux recèlent. On peut se faire conseiller, avoir vent d'offres qui ne sont pas publiées sur les sites des entreprises, rencontrer des personnes intéressantes... »

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