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SAP veut changer d'ère

Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3180
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En changeant brutalement de direction, l'éditeur allemand, numéro 1 mondial des progiciels de gestion, marque sa volonté de rupture technologique et organisationnelle.

Piloter un groupe de 47 500 salariés et 95 000 clients comme une start-up... C'est le défi que lance Hasso Plattner, le fondateur de SAP, aux nouveaux dirigeants de l'entreprise, Bill McDermott (opérations) et Jim Hagemann Snabe (R et D), le duo qu'il vient de nommer pour remplacer Leo Apotheker, brutalement remercié. Dans l'entreprise depuis vingt ans, aux commandes depuis deux ans, ce dernier n'avait pas fait l'unanimité, tant auprès des salariés que des clients. Surtout, Hasso Plattner, actionnaire de référence (environ 10 % du capital) et président du conseil de surveillance, estime que SAP n'est plus sur la bonne voie, tant en termes de management - il a annoncé une refonte totale de l'organisation avec la suppression des strates intermédiaires et une redistribution des priorités - que d'innovation. Et son insatisfaction couve depuis un moment.

En 2005, déjà, à l'occasion du lancement du Hasso Plattner Institute of Design à l'université de Stanford (Californie), il déclarait : « Dans le logiciel, nous avons raisonné avec la métaphore des briques Lego. Ce n'est pas la bonne direction pour notre industrie. La technologie informatique a totalement changé. SAP a été inventé à un moment technologique qui fait désormais partie de l'histoire. Il faut revoir notre modèle économique et inventer des collaborations avec d'autres entreprises. »

DÉPASSER L'INNOVATION INCRÉMENTALE

C'est aujourd'hui le moment de passer à l'action. « L'innovation incrémentale a eu, à un moment, du sens. Mais nous sommes à un croisement technologique. Des changements radicaux doivent intervenir. [...] Et nous n'avons pas un ou deux ans devant nous », a-t-il déclaré le 8 février dernier, lors de l'annonce du changement de direction. Selon lui, SAP est pourtant bien préparé pour tirer parti des supercalculateurs multiprocesseurs et du calcul parallèle. Mais, pour conquérir de nouveaux clients, l'éditeur doit aller plus loin en matière de « cloud computing » (informatique distribuée via internet, dite « en nuage ») et d'interface légère et moderne - de saisie et de consultation. Mot d'ordre pour les développeurs de l'entreprise : replacer l'utilisateur au centre des développements... comme les designers placent les usagers dans les projets.

Mais la concurrence - IBM, Oracle et Microsoft en tête - a déjà pris une longueur d'avance dans la course au nuage, plein de promesses pour l'utilisateur (lire ci-contre) même si, pour l'heure, cette technologie pèche par son niveau de sécurité. Dans le futur, les éditeurs de progiciels de gestion intégrés ne pourront plus profiter de cette faiblesse pour protéger leurs revenus, tirés par la maintenance des progiciels installés sur site. Au-delà de la technologie, SAP devra aussi innover en matière de modèle économique. « Nous allons devenir une entreprise multiproduit », a prévenu Hasso Plattner. Les premières annonces sont attendues dès la prochaine grande messe technologique de l'éditeur, Sapphire, à Orlando (Floride), en mai prochain.

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