"Sans Soyouz, c'est 1 milliard d'euros qui nous aurait échappé"
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3178
Une interview de Jean-Yves Legall, PDG d’Arianespace.
En quoi cette coopération avec l'industrie spatiale russe est une bonne affaire pour l’Europe?
C’est stratégique. Depuis le milieu des années 1990, nous savions qu’il nous manquerait un second lanceur de taille moyenne car Ariane 5 est trop grosse pour les satellites moyens. De plus, tirer Soyouz de Kourou nous permet d’améliorer les performances du lanceur, notamment en termes de charge utile, et de mieux contrôler le lancement de satellites européens un peu stratégiques.
409 millions d’euros payés entièrement par l’Europe, c’est cher?
Pas tant que ça! D’abord, le budget a été globalement tenu même s’il est vrai, le chantier a pris un an de retard. Nous avons déjà signé 17contrats de lancement, dont la commande pour les 10satellites Galileo, signée le 26 janvier. Pour Arianespace, Soyouz représente déjà 1milliard d’euros de prises de commandes sur 4milliards. Sans Soyouz, c’est un marché qui nous aurait échappé.
Y-a-t-il une sous-capacité dans les lanceurs ?
Pas sur les satellites commerciaux, soit 20 à 25 lancements par an. Mais sur le marché des satellites institutionnels ou gouvernementaux, qui sont souvent de taille moyenne, il y a un certain trou capacitaire. Donc, Soyouz vient nous aider à le remplir, ainsi que Vega pour les petits satellites. C’est donc un élargissement du marché pour Arianespace.
Comment se porte le marché commercial ?
Il est animé par deux tendances contraires. D’un côté, les besoins en applications nouvelles augmentent, comme la télévision par satellite, l’internet haut débit, les communications mobiles, etc. Mais la crise financière a fragilisé les petits opérateurs. Heureusement, elle a plutôt épargné les gros acteurs !
Mais à moyen terme, vous pronostiquez une croissance ?
Oui, c’est lié à la croissance des besoins en capacités. On pourrait parfaitement passer de 20 à 25 satellites commerciaux à plus de 30 par an.
Propos recueillis par Guillaume Lecompte-Boinet

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