La voiture électrique n'est pas seulement une évolution technologique ! Elle va aussi modifier le partage des rôles à l'intérieur de la filière automobile (les équipementiers devraient reprendre la main) et permettre à des acteurs très éloignés jusque-là de ce secteur d'y faire leurs premiers pas. Les opérateurs, comme Orange ou la SNCF, les fournisseurs d'électricité comme EdF, les pouvoirs publics ou les loueurs vont être des partenaires pour lancer la fée électricité sur quatre roues. Un changement de taille pour les constructeurs, comme pour leurs réseaux, qui vont y perdre bon nombre de leurs prérogatives.
Les loueurs populariseront son usage
Parcourant 100 km avec 1 à 2 euros d'électricité, sans pratiquement aucun entretien, la voiture électrique est très compétitive à l'usage. En revanche, même si les volumes devraient faire baisser les tarifs, elle restera toujours plus chère à l'achat (environ 25 000 euros). Pour lisser les coûts sur toute la vie de la voiture, la solution de location par abonnement, avec fourniture d'énergie incluse, s'affiche comme une évidence. Habitués à ce mode de distribution « à la carte », des acteurs comme Arval (gestion de flottes) se mettent déjà sur les rangs. Au grand dam des concessionnaires traditionnels qui devront s'adapter.
Les équipementiers maîtrisent la technologie
A l'heure actuelle, les constructeurs de véhicules thermiques achètent 60 % de leurs pièces à des équipementiers ou à des sous-traitants. Avec la voiture électrique, ce taux augmentera drastiquement car, mis à part Toyota qui y travaille depuis des années, les autres marques devront acheter batteries, électronique de gestion et moteurs électriques. En Europe, des sociétés comme Bosch, Continental (électronique), Johnson Saft (batteries), Leroy Somer (moteurs électriques) ou Segula/Matra (ingénierie) se frottent les mains. Mais comme l'estime Florent Maison-neuve, consultant chez Alix Partners : « Les rapports de force ne vont pas s'inverser. Mais le fait de maîtriser en exclusivité certaines technologies de pointe permettra aux équipementiers d'imposer leurs marges. Du moins tant qu'ils conserveront une longueur d'avance en termes d'innovation. »
Les fournisseurs d'électricité rempliront les batteries
La France possède, grâce à ses centrales nucléaires produisant de l'électricité à prix compétitif et sans CO2, un avantage dans la course à la voiture électrique. EdF y voit un marché intéressant, car les utilisateurs rechargeront leur voiture la nuit, à des heures où le réseau est sous-exploité. Le groupe travaille aussi à la standardisation mondiale des systèmes d'approvisionnement et à la mise en place de bornes en libre-service qui pèseront à moyen terme 10 à 15 % des lieux de recharge. Quant à la capacité d'EdF de répondre à la demande, Cédric Lewandowski, le directeur véhicules électriques du groupe, se veut rassurant : « L'optimisation du parc existant nous permettra aisément d'alimenter le marché. Au moins jusqu'en 2020. » Les Etats-Unis prévoient d'autres usages et imaginent que les voitures mises en réseau pourraient aussi servir à stocker l'électricité.
Les pouvoirs publics financeront son lancement
Vu les coûts de développement, d'infrastructures et d'achat, la voiture électrique ne pourra décoller sans l'appui des pouvoirs publics. Soit sous forme d'aides financières aux constructeurs pour le développement de technologies vertes (France, Etats-Unis, Chine, Japon...). Soit de bonus à l'achat ou d'exemption de taxe sur les véhicules de société (France). Soit, par ricochet, sous forme de taxes urbaines « contre » les véhicules thermiques (Londres).
Les opérateurs guideront les clients
Urbaine par excellence, la voiture électrique s'adapte parfaitement à l'autopartage, de type Autolib'. Le schéma économique restant à trouver, les constructeurs s'engagent, pour l'instant, dans le concept avec précaution laissant du coup le champ libre à des entreprises plus aguerries. Des acteurs comme Vinci Park, la SNCF ou Orange entendent mettre leur compétence de gestion de réseau au service de la voiture électrique. Ils indiqueront, par exemple, aux utilisateurs, via leurs portables, où trouver précisément une voiture et son pourcentage de charge.









