Sanofi paiera cher son nouveau statut de leader
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
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Sanofi réorganise ses activitésANALYSE En passe de détrôner Pfizer de la place de numéro un de l’industrie pharmaceutique, Sanofi vient pourtant d’annoncer de nouvelles restructurations en R&D. Un mouvement qui devrait épargner la France, où les salariés s’inquiètent néanmoins de futures coupes dans la partie production.
Sanofi souffle le chaud et le froid. Mercredi, tout semblait pourtant bien parti pour le groupe français, en passe de devenir le numéro un mondial de la pharmacie en 2012, selon le cabinet Evaluate Pharma. Il devrait en effet réaliser un chiffre d'affaires de 51,6 milliards de dollars en 2012, contre 47,9 milliards cette année. Tandis que l’actuel leader, l’américain Pfizer, dégringolerait en troisième position, avec 49,8 milliards de dollars en 2012, à cause de l’arrivée de génériques de son blockbuster Lipitor, qui perd ce mois-ci son brevet aux Etats-Unis. Le suisse Novartis, pour sa part, devrait demeurer numéro deux mondial.
Mais les cartes ne sont pas jouées… "La question est désormais de savoir comment cette guerre pour la première place va évoluer : il est probable que le secteur n’en ait pas fini de se consolider, analyse Vincent Genet, directeur de la division santé du cabinet Alcimed. Chris Viehbacher, le directeur général de Sanofi, s’est toujours dit intéressé par des acquisitions partout dans le monde. Il a fait le choix d’élargir le périmètre d’action de Sanofi et de se diversifier, contrairement à Pfizer qui s’est recentré. On assiste à deux stratégies très différentes, nous verrons qui sera le vainqueur au bout du compte. C’est néanmoins un joli point d’honneur pour l’industrie française et européenne. Mais si demain Pfizer rachète un acteur pour 20 à 40 milliards de dollars, la situation pourrait changer."
Une réunion avec les syndicats mardi prochain
Sanofi doit en grande partie sa nouvelle position à la fastidieuse capture de la biotech américaine Genzyme, rachetée en mars pour 20 milliards de dollars. Mais aussi à la politique de restructuration drastique menée par Chris Viehbacher depuis son arrivée en 2008. Or après s’être attaqué à la productivité de son pôle développement de produits, sa nouvelle cible est la recherche. Si la France sera épargnée, a confirmé un porte-parole de Sanofi à l’Usine Nouvelle, ce ne sera pas le cas de l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie, le Royaume Uni et Pays-Bas, où "nous sommes au tout début de consultations avec les partenaires sociaux, un process qui peut être un peu long".
Une réunion entre la direction et les organisations syndicales se tiendra à ce sujet mardi prochain. "Nous nous attendions à une restructuration en R&D. C’est la deuxième, depuis la prise de fonction de Chris Viehbacher. La première s’était traduite par de nombreuses suppressions d’emplois", s’inquiète Pascal Vially, coordonnateur CFDT de Sanofi.
La R&D ne devrait pas être touchée en France, des rumeurs évoquent de futures suppressions d’emplois en production. "Sans commentaire", répond la direction de Sanofi. Mais sur le terrain, on s’inquiète. "Jusqu’ici la France a été préservée pour la partie industrielle, constate Pascal Vially. Aujourd’hui, il n’y a pas d’annonce factuelle qui nous laisse craindre quelque chose, mais les baisses d’activités sur différents sites liées à des recherches de synergies et des économies de coût alimentent les rumeurs."
Des doublons dans la recherche aux Etats-Unis
De l’autre côté de l’Atlantique, la réorganisation de la R&D a été annoncée mercredi. Elle se traduira par la mise en place d'un grand "hub" (pôle) recherche et développement précoce à Boston et la fermeture du centre de R&D du New Jersey. Mais aucun chiffre n’est encore donné. "Dans tous les cas, il ne s'agit pas tant de réduction de coûts ou de simplement réduire les effectifs, que de vraiment reconfigurer notre réseau de recherche", expliquait ce matin Chris Viehbacher, lors d’une conférence donnée aux agences de presse. Son ambition est de regrouper sur un même lieu un centre de recherche, ouvert à des collaborations avec des partenaires externes comme les universités, et "d'améliorer les processus décisionnels".
Mais les bouleversements aux Etats-Unis sont aussi liés au rachat de Genzyme, dont l’intégration a démarré en avril. "Suite à cette acquisition, Sanofi s’est retrouvée avec des doublons de compétence en R&D aux Etats-Unis, observe Vincent Genet. Or force est de constater que même si l’innovation continue à être générée en interne, la dynamique de "génération" est encore insuffisante par rapport aux perspectives promises aux actionnaires."
Reste donc à trouver un moyen de rassurer les actionnaires, sans pénaliser les salariés….

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