Sanofi-Aventis veut se doper à Genzyme
Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3208Les négociations avec les dirigeants de la société de biotechnologies américaineayant tourné court, Le français s'est résolu à lancer une offre publique d'achatsà 69 dollars l'action. Sera-t-elle suffisante ?
Christopher Viehbacher est pressé. Pour mettre la main sur la société de biotechnologies Genzyme, affaiblie par des problèmes de production, le directeur général de Sanofi-Aventis sait qu'il doit faire vite. Puisque les dirigeants ont débouté son offre amicale en septembre dernier, il lance une offre publique d'achat hostile à 69 dollars l'action. Elle sera close le 10 décembre prochain.
Il n'a pas attendu la prochaine réunion des actionnaires de Genzyme en mai 2011 pour faire une offre directe, comme le prévoyait certains analystes financiers. La proie, blessée, pourrait mettre à profit ce temps pour se soigner... « Les problèmes de production de Genzyme sur deux de ses sites industriels, pointé par la FDA début 2009, lui ont couté 40 % de sa valorisation boursière », observe Claude Allary, associé du cabinet de conseil Bionest Partners. Pour financer les surcoûts entraînés par le recours forcé à la sous-traitance et la réorganisation de son circuit de distribution, l'entreprise n'a pas hésité à céder sa filiale de tests génétiques, Genzyme Genetics, à LabCorp pour 925 millions de dollars. Il s'est aussi amputé de 1 000 postes, administratifs et commerciaux. Le groupe prévoit également de se séparer de ses activités « produits de diagnostics » et « produits pharmaceutiques intermédiaires ».
Sanofi a décidé de passer à l'acte car, d'ici à quelques mois, ses problèmes pourraient être résolus. Genzyme, troisième société de biotechnologies indépendante, derrière Amgen (14,6 milliards de dollars) et Gilead (7 milliards), redeviendrait beaucoup trop chère pour le français. D'autant plus que ses investissements sont bridés par ses deux grands actionnaires, Total (qui compte céder ses 5,88 % du capital du groupe d'ici à 2012) et L'Oréal. Chris Viehbacher, le DG, leur avait promis de ne pas débourser plus de 15 milliards. Il aura du mal à tenir parole. Si elle réussit, son OPA à 69 dollars lui couterait déjà 18,5 milliards de dollar !
UN VIRAGE DES BIOTECHS PRIS TRÈS TARD
Un maximum pour Sanofi-Aventis... en dessous du minimum requis par les dirigeants de Genzyme. Même si Christopher Viehbacher affirme avoir reçu le soutien des principaux actionnaires détenant au total plus de 50 % des actions en circulation de Genzyme. « Pour être attrayante, il faudrait une offre à 71 ou 72 dollars », estime Claude Allary. D'autant que la promesse du français de pouvoir aider l'américain à résoudre ses problèmes de production, relève plutôt du bluff. Outre l'activité vaccins de sa filiale Sanofi Pasteur, le groupe manque de savoir-faire, n'ayant réellement entamé son virage vers les biotechnologies qu'il y a deux ans. Très tard, comparé à ses grands concurrents, qui ont plus de moyens. En mars 2009, le suisse Roche a pu débourser 47 milliards de dollars pour mettre la main sur Genentech, une autre rare grosse biotech américaine, dotée d'un portefeuille de produits très prometteurs en développement. Si l'OPA sur Genzyme échoue, il ne restera plus à Sanofi qu'à continuer à signer des partenariats avec de plus petites biotechs, dont les produits ne sont qu'en phase clinique II ou III. En croisant les doigts pour que l'une d'elle soit une pépite

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