Saint Louis Sucre se formate pour le marché local
Par Patrick Déniel - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3175Recentrée sur les produits de grande consommation, la filiale française du leader européen du sucre entre dans la deuxième phase d'un plan d'investissement de 100 millions d'euros destiné à son site de Roye, dans la Somme.
Les sucreries sont les grands paquebots de la filière agroalimentaire. Pour les mettre en mouvement, il faut de l'énergie ! Chez Saint Louis Sucre, on en sait quelque chose. La filiale de l'allemand Südzucker, le leader européen, a injecté 100 millions d'euros dans la reconversion de l'unité de Roye, dans la Somme. Grâce à ce programme étalé de mi-2007 à 2011, l'usine effectue une mue spectaculaire... et contrainte. La réforme de l'Organisation commune du marché (OCM) du sucre engagée en 2006 a, en effet, conduit l'Union européenne, troisième producteur mondial (15,3 millions de tonnes) à baisser les prix du sucre, diminuer les quotas de production, réduire drastiquement ses exportations et ouvrir son marché aux sucres étrangers. « D'exportateur net, l'Union européenne est devenue importateur net ! », souligne Guy Le Pargneux, le directeur industriel de la sucrerie. Dans ce marché européen de plus en plus bataillé faute de débouchés à l'export, Südzucker a réagi en optant pour le renforcement de sa filiale française sur les produits de grande consommation. D'où la reconversion de Roye, qui travaillait jusque-là essentiellement pour l'export.
Le numéro 3 français du sucre (derrière Tereos et Cristal Union) y a officiellement inauguré en octobre une unité de conditionnement high-tech, visant à offrir une large palette de produits et de services. Et surtout à améliorer la maîtrise des coûts de production, essentielle pour ce produit basique. Un gigantesque silo de 40 000 tonnes a déjà été mis en service il y a un an. « Nous y avons installé un principe de désilage en masse totalement innovant : 121 trémies automatisées permettent un désilage horizontal selon le principe "first in, first out" : le premier sucre entré dans le silo est le premier sorti », détaille François Verhaegue, le directeur de l'unité de conditionnement.
Un atelier de tamisage est entré en production en juillet : une attention particulière a été portée à l'hygiène, la sécurité et la circulation des flux. A terme, une dizaine de lignes seront installées pour conditionner 200 000 tonnes de sucre par an, sous toutes ses formes : vrac ou big-bag pour les industriels de l'alimentaire et de la pharmacie, étui ou bouteille Tetra Pak pour la grande distribution. Sur chaque ligne, des logiciels de mesure et d'optimisation des performances seront installés. Enfin, une capacité de stockage de 15 000 palettes parachèvera le projet en 2011.
LE CENTRE NÉVRALGIQUE D'UN DISPOSITIF EN MUTATION
Une longue passerelle de 260 mètres relie l'unité de conditionnement à la sucrerie. Elle aussi bénéficie d'une part des investissements - 30 millions d'euros - destinés à rénover son atelier de cristallisation, étape cruciale du process. « La maîtrise de la granulométrie du sucre et de son homo-généité est l'une des principales demandes de nos clients », explique François Verhaegue.
A partir de 2011, Roye sera le centre névralgique d'un dispositif industriel en mutation. Les autres sites évoluent eux aussi. Des activités de tamisage de Nassandres (Eure) et d'Aulnoy-sous-Laon (Aisne) sont transférées à Roye. Idem pour les activités de conditionnement de la sucrerie d'Eppeville (Somme) et de la raffinerie de Marseille. Ce dernier site, qui avait failli fermer en 2007, a soufflé à Tereos un contrat d'approvisionnement de 250 000 tonnes pour raffiner de la canne en provenance de l'île Maurice. Désormais, l'usine devra même travailler en continu.

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