Saft pilote le projet " Battlion "
Par DE NOTRE CORRESPONDANTE COLETTE GOINÈRE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2991Batteries lithium-ion (Li-ion), batteries nickel métal hydrure (NiMH)... L'établissement bordelais de Saft se concentre sur la recherche-développement.
Après en avoir donné la primeur au ministre des Transports, Dominique Perben courant septembre, Michel Herchin, le P-DG de la Société de véhicules électriques (SVE), filiale commune de Dassault et du carrossier Heuliez, présentait au maire de Bordeaux, Hugues Martin, la Cleanova III, une voiture hybride conçue sur la base d'un Renault Scenic. Ce véhicule, qui roule 200 kilomètres en tout électrique et 450 en hybride, succède à la Cleanova II, montée sur une fourgonnette Renault Kangoo. Surtout, il est équipé de batteries au lithium-ion (Li-ion), une technologie développée par les équipes de R & D de l'établissement bordelais de Saft, le fabricant de batteries de haute technologie pour l'industrie.
Séduit, Hugues Martin a promis de rouler dans une Cleanova... Histoire de tester le véhicule ! D'ici là, pour passer du prototype au stade industriel, il reste du chemin à parcourir... A partir de 10 000 véhicules par an, la Cleanova III serait compétitive... Question : Saft est-il prêt à financer une chaîne de fabrication à grande échelle de batteries Li-ion ? « On négocie », se borne à répéter Daniel Charbonnel, patron du site bordelais.
Le véhicule électrique n'est toutefois pas le seul créneau visé pour cette technologie de batteries. Saft espère toucher les avions, en s'appuyant sur son savoir-faire dans les satellites. Le 13 octobre, Arianespace lançait, depuis Kourou, le satellite français de communication militaire Syracuse 3A, doté de batteries Li-ion. « Il n'y a pas encore de tels équipements sur les avions de ligne. Nous nous engageons donc dans cette voie. Les avions s'électrifient de plus en plus, d'où une présence accrue de batteries », explique le dirigeant.
Un programme de recherche au sein d'Aerospace Valley
Aussi, son établissement pilote- t-il le « Battlion », qui figure parmi les projets de recherche technologique du pôle de compétitivité Aerospace Valley, commun à l'Aqui-taine et Midi-Pyrénées. Battlion ? « C'est l'optimisation de la technologie Li-ion pour gagner en puissance et en légèreté (gain de l'ordre de 20 %), tout en concevant un système sans maintenance et qui permette de connaître l'état de charge et l'état de santé de la batterie. » Y sont également associés Dassault Aviation, Eurocopter, Airbus, EADS, Astrium ou Aspi..., des laboratoires universitaires de recherche, comme l'ICMCB (Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux), l'université de Pau et des Pays de l'Adour et l'IXL (université de Bordeaux).
Les jeunes PME innovantes girondines sont aussi sur le coup, telle Rescoll, spécialisée dans les polymères et l'assemblage par collage. Des entreprises de mécanique de la région travailleront sur la réali-sation des coffres des batteries (les matériaux composites se substituant au titane ou à l'acier nickelé), mais aussi sur la connectique (taille, revêtement des connecteurs, résistance électrique entre les connecteurs). Au total, ce pro- jet mobilisera 5 millions d'euros. « Une somme que nous financerons en grande partie », lâche, sans plus de précision, Daniel Charbonnel. L'échéancier fixe à deux ans et demi la durée de l'étude sur les applications spatiales, dont la première génération existe d'ores et déjà, et à quatre ans celle sur l'aéronautique, dont la commercialisation est prévue sur la période 2008-2030.
Autre technologie appelée à faire un bond : les batteries nickel métal hydrure (NiMH), qui ont séduit Alstom. Le groupe a passé une commande de 2 millions d'euros à Saft pour qu'il équipe le futur tramway de Nice. Avantages de ces batteries NiMH : pas de maintenance, un gain de poids compris entre 20 et 30 % et, surtout, la possibilité de tracter le véhicule sur de petites distances (jusqu'à 2 kilomètres) sans caténaire. Bref, se passer de l'alimentation par le sol qui cause tant de soucis au tramway bordelais... Le futur tram niçois traversera les deux places historiques de la ville, avec les batteries intégrées NiMH que produira le site de Saft. Une technologie également adoptée par le constructeur alsacien de systèmes de transport Lohr, notamment pour le tramway de Padoue en Italie.
Un rebond pour la batterie NiMH ? En fait, elle a été développée en 1997 dans l'usine bordelaise pour équiper les véhicules électriques. Un flop. Le marché n'était pas mûr. Huit ans plus tard, avec un baril de pétrole qui flambe, le véhicule électrique tente le retour. A suivre.

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