Safran – SNPE : feu vert à l’offre publique de rachat
Par Ana Lutzky - Publié le
Le rapprochement de la filiale de Safran fabricant les tuyères de missiles balistiques destinés aux sous-marins de dissuasion nucléaire ou de la fusée Ariane, et celle de la SNPE qui en fabrique le carburant, devrait être achevé à la mi-2010.
Mercredi, le conseil de surveillance du groupe Safran a normalement donné mandat à son PDG, Jean-Paul Herteman, pour déposer une offre publique d’achat auprès de la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE) afin de reprendre au groupe public de chimie ses actifs dans la technologie de propulsion solide. L'Etat, actionnaire des deux sociétés (à 99,9% pour la SNPE et 31,3% pour Safran), est favorable à l'opération. L’entrée dans une étape de négociations semble donc engagée. Quant au montant de l’offre, la valeur du périmètre potentiellement racheté se situait selon nos informations datant de juillet entre 200 et 300 millions d’euros. Le quotidien les Echos précisaient mercredi que le prix pourrait représenter une année de chiffre d’affaires, soit 270 millions d’euros.
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L’intégration verticale va dans le sens de l’histoire, estime Philippe Géry, secrétaire du comité d’entreprise de Snecma propulsion solide (SPS) et élu de la CFE-CGC : ATK, le premier producteur mondial de missiles balistiques, a opéré voici 10 ans le même rapprochement que celui poussé par l’Etat français entre SPS et SME. « Tout l’intérêt est de trouver des synergies alors que les crédits de l’Etat sont en diminution », indique ce dernier. « Avoir deux bureaux de calcul différents, c’est plus cher. Cela ne veut pas dire que des doublons humains doivent être éliminés, mais qu’il est plus raisonnable de travailler au sein d’une même entité sans être en pseudo-compétition. L’Etat n’a plus les moyens d’entretenir des doubles structures bataillant pour capter plus d’argent de la DGA sur des crédits de programmes ».
L'arme de la diversification
Côté SME comme SPS, des technologies ont bénéficie des missiles M45 et M51 et sont "tombées" dans le domaine civil. Une diversification que les syndicats souhaitent voir conservée, salvatrice d’emplois côté spatial comme civil en périodes de creux. « Il s’agit d’une industrie hyper novatrice et intéressante, qui a permis des sauts technologiques ailleurs », indique Philippe Géry, secrétaire du comité d’entreprise de Snecma propulsion solide (SPS) et élu de la CFE-CGC . Dans la sécurité automobile pour la SNPE avec les airbags se gonflant grâce au propergol, ou dans les composites résistant à de très fortes température pour SPS. « Les pièces chaudes de moteurs d’avion sont le challenge dans les trois ans de la Snecma. Les moteurs d’avion de demain, qui consommeront entre 20% et 30% et feront moins de bruit, comporteront des composites hérités du missile balistique. Les disques de freinage en composite, dérivés du M45, ont fait de Safran le leader mondial du frein en carbone dans l’aviation civile». Chez la SNPE, c’est le centre de recherche du Bouchet en région parisienne qui a permis de découvrir de telles applications. Chez Safran, le centre de recherche est situé sur le site même du Haillan de SPS. Un laboratoire commun avec l’université de Bordeaux et le CEA sur les composites thermo-structurants constitue un vivier de thésards capables de délivrer des technologies développées en interne dans l'entreprise.Cette restructuration de la propulsion solide lui semble logique, dans le sens où elle permet de donner de l’activité aux personnes compétentes, pour maintenir un savoir-faire. « Le M51 est produit en série. Dans 5 ans, la série sera terminée. Il faudra préparer le successeur du M51, et mener des travaux de développement pour améliorer les performances du missile en termes de portée, de détectabilité, de précision. Il s’agit aussi de maintenir les compétences en place, dans cette industrie de souveraineté qu’est la dissuasion nucléaire. Le jour où l’Etat décidera qu’il faut être capable de faire une nouvelle série, il faut que les équipes soient là ».
Enfin, les petits missiles tactiques étant utilisés dans les pays en guerre, le chiffre d'affaires sur ce secteur est essentiellement réalisé à l'exportation, où la concurrence est féroce. Rationnaliser les forces pour ces missiles fabriqués en France et vendus à l’étranger peut apparaître comme un gage de pérennité.
Néanmoins, le syndicaliste identifie plusieurs incontournables. Il faut que ce rapprochement réponde à un véritable projet industriel. « Si l’idée est de se borner à dire SME+SPS = on est plus gros et plus fort, ce n’est pas un projet industriel. Que fait-on sur le stratégique, sur le tactique, les airbags ? Là est la question ».
Par ailleurs, le projet devra écouter les cultures, identités et les appétits d’évolution à tous les échelons de deux industries historiques pour être accepté par les partenaires sociaux . « SNPE est une vieille dame. Nous aussi. Nous avons une culture très fortement ancrée comme toute industrie ancienne. Il n’est pas question de doublons, de mutations forcées, de gens mal dans leur peau. Il ne peut pas y avoir de gagnants et de perdants. La question des statuts ne peut pas être réglée en quelques semaines », estime-t-il alors que la différence de statut entre métallurgistes et chimistes de part et d'autre des futurs rapprochés augure de réunions à rallonge (voir « Des questions subsistent pour SME »). Le secrétaire du CE de SPS dit comprendre les inquiétudes côté SME. « On casse la SNPE, reprise par une société privée et cotée en bourse ». Mais ce dernier se montre confiant « La Snecma était une société nationale, avant que l’Etat diminue sa participation dans Safran à 30%. Nous n’avons pas subi un recul social pour autant. L’histoire a été écrite à petits pas ». Une fois la négociation sur le montant aboutie, SPS comme la SNPE devront consulter leurs partenaires sociaux. Ces derniers semblent échanger, et avoir quelques idées de ce sur quoi ils souhaitent être entendus.
Missile M51 : une garde partagée entre SPS et SME
Sur le plan industriel, les activités sont très imbriquées entre SNPE matériaux énergétiques et SPS. « Il faut connaître très précisément l’autre partie », indique Philippe Géry, élu syndical chez SPS(CFE-CGC). C’est que produire un missile balistique M51 est très différent de construire une voiture : il ne s’agit pas de produits sur étagères. La composition du carburant (propergol) dépend du missile, et la construction de la tuyère du missile dépend de la composition du carburant. « On ne peut pas dimensionner le produit sans savoir précisément ce qui se passe au niveau du propergol », ajoute l’ancien responsable de production de SPS, désormais syndicaliste à plein temps. Ce qui donne lieu à un cycle de production compliqué en Aquitaine : le missile en cours de fabrication séjourne dans les ateliers de SPS (Safran) au Haillan, puis dans ceux de SME (SNPE) à Saint-Médard en-Jalles, puis retourne à SPS, et repart chez SME, plusieurs fois. Lors de l’assemblage final, un atelier commun voit se succéder des salariés des deux entreprises qui se partagent le calendrier d’occupation des lieux.
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