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Safran : la grève qui arrange la direction

Par Rémy Maucourt - Publié le
Grève Safran
© REA Gilles Rolles

Les négociations des échanges d'actifs entre Safran et Thales patinent, notamment suite à un mouvement de grève des salariés de Sagem DS (groupe Safran). Un mouvement qui serait vu d’un bon oeil par les dirigeants.

La protestation des salariés de Sagem contre le projet de rapprochement entre Thales et Safran ne faiblit pas. Le 9 novembre, les salariés de Sagem ont manifesté pour la quatrième fois en un mois. Les syndicats donnent des chiffres de mobilisation impressionnants : de 60 à 80 % selon les sites.

Plus étonnant, dans les manifestations, on voit beaucoup de cadres supérieurs. Ce manager de Sagem, qui témoigne de façon anonyme et dit ne pas être syndiqué, confirme que faire grève n’est pas dans ses habitudes, mais cette fois c'est différent. "La direction n'a pas une position claire. Elle nous pousse à faire grève, pour avoir des arguments pour ne pas signer", souligne-t-il.

La protestation téléguidée par la direction ? Sans doute pas. Mais "dans les couloirs, il se dit que cette situation arrange Jean-Paul Herteman (le PDG de Safran)", confirme un délégué syndical que L’Usine Nouvelle a interrogé. Le mouvement de grève lui permettrait en effet de peser avec plus de force dans les négociations en cours.

Ce n'est pas un hasard si la protestation vient de Sagem, et non de Thales ou de Turbomeca. "La direction de Sagem DS est totalement opposée à ce projet. La direction essaye de motiver les cadres pour qu'ils débrayent", affirme une autre source syndicale interrogée également par L’Usine Nouvelle.

Sagem a toujours entretenu une culture d'entreprise forte, qui risque d'être mise à mal en cas d'accord. En deux mots : "si le projet passe, Sagem va être bradé. Le nom n'existera plus." Sans oublier que Sagem et Thales, dans le domaine de l'optronique, sont des concurrents féroces depuis plus de 20 ans. "Travailler avec eux, ça va être très difficile", affirme notre syndicaliste.

Le projet de mutualisation de certaines activités entre Safran et Thales est issu d'une volonté politique, celle de Nicolas Sarkozy. L’idée étant que la Délégation générale à l’armement (DGA), le donneur d’ordre, ne peut plus financer deux bureaux d’études dans des activités proches voire identiques.

Mais cet ordre, émis par le principal actionnaire des deux groupes concernés, n’est pas facile à mettre en œuvre. La séparation des activités optroniques et de navigation inertielle, la base de l'accord, pose de lourds problèmes de détourage des activités dans les usines des deux groupes.

Un argument que ne réfute pas Luc Vigneron, qui répondait ce matin à quelques journalistes de l’AJPAE : "c’est vrai, c’est un sujet complexe, il y a des intérêts mutuels à respecter". Les deux groupes ont chacun peur de lâcher des technologies critiques pour certains programmes. Ainsi, le système Félin qui équipe les fantassins de l'armée française, et dont Safran est le maître d’œuvre.

Par certains aspects, le bénéfice économique est également douteux. Une des solutions proposée consiste en la création de deux co-entreprises, l'une spécialisée dans l'optronique et l'autre dans la navigation inertielle. Les obstacles industriels du rapprochement posent une autre question : Safran et Thales vont devenir actionnaires majoritaires d'entreprises moins compétitives que leurs unités de production actuelles. Difficile à justifier face auprès des actionnaires.

Quoiqu’il en soit le PDG de Thalès, Luc Vigneron, se dit confiant : "oui, nous finirons par aboutir, mais ces projets n’ont de sens que s’ils renforcent les activités concernées, dans l’intérêt collectif des personnels". Une déclaration que les salariés de Sagem pourraient reprendre à leur compte…

Tous s'accordent sur le fait qu'une période électorale n'est pas propice à ce type de décision. Si un accord n'est pas signé dans les prochains mois, il faudra attendre l’issue de l'élection présidentielle pour connaître l'avenir des salariés de Sagem. 

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