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Russie : coup de froid sur l'économie

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Dmitry-Medvedev-DR

Une production industrielle en chute de 16% au mois de janvier et la moitié des milliardaires du pays qui ont disparu en un an.

La Russie connaît depuis plusieurs mois une crise économique qui a entraîné des milliers de personnes à descendre dans la rue samedi 14 février pour contester la politique menée par le président Dimitri Medvedev. L'occasion de déchiffrer les conséquences de la crise sur l'économie russe.

Selon le service fédéral des statistiques Rosstat, l'indice de la production industrielle a atteint son plus bas depuis 15 ans, à 84%, bien loin des prévisions des experts qui tablaient sur une baisse de 11%. Bien loin aussi des huit années de croissance ininterrompues, à plus de 6%.

Pire encore, entre décembre et janvier, elle s'est effondrée de 20%, après avoir reculé de 10,3% sur l'année 2008.

L'automobile et les matériaux de construction sont les secteurs les plus touchés en janvier avec des baisses respectives de 79,7% et de 40% par rapport à janvier 2007. Sur l'année 2008, la production de pétrole a chuté de 0,7% et ses exportations de 6%.
Ces mauvais chiffres illustrent l'état de l'économie russe, dont le PIB a crû de 5,6% en 2008 selon des données préliminaires, contre 8,1% en 2007.

Fin de l'euphorie
Selon Thomas Gomart, directeur du centre Russie CEI à l'Institut français des relations internationales (IFRI), « les autorités russes ont tardé à reconnaître la crise, surfant sur l'euphorie de l'après victoire en Géorgie et du prix du baril qui atteignait 100 dollars en septembre ».

Le réveil est intervenu au mois d'octobre, à travers la chute des prix énergétiques et l'assèchement des liquidités du pays. « La fin des illusions économiques », selon Thomas Gomart.

Dès le mois de novembre, la Banque centrale russe a contrôlé la dévaluation du rouble face à l'euro et au dollar. « Une défense de la monnaie nationale possible grâce à des fonds de réserve florissants, constitués par les fortes recettes pétrolières enregistrées par le pays jusqu'en 2007 », d'après le chercheur de l'Ifri.

Le président Medvedev dans une interview du 15 février a reconnu que la baisse était d'environ « 30 à 35% et qu'elle avait permis à tous les acteurs de l'économie d'adopter une stratégie raisonnable et savoir comment s'y prendre avec leur épargne en roubles ». Le ministre des Finances a déclaré samedi 14 février que le processus de dévaluation du rouble était terminé.

L'épargne délaissée
« Ce qui fait la spécificité russe dans la crise, c'est le manque de diversité de son économie et les difficultés de passer d'une économie de rente à une économie modernisée », selon Thomas Gomart. L'économie de la Russie était jusque là dépendante de deux données : l'exportation des ressources et la consommation des ménages. Or, la chute du prix des matières premières (80% des exportations du pays) a entraîné au dernier trimestre 2008 un recul des revenus à l'exportation et une hausse du coût des importations.

L'épargne a été reine en Russie, avec des coopératives d'Etat et de crédit. Avec la crise le comportement des citoyens a changé. Les dépenses de la population ont dépassé leurs revenus de 4,1 milliards de roubles. Une situation exceptionnelle. Pour exemple, en 2007 la tendance était inversée, avec des revenus plus élevés de 819 milliards de roubles que les dépenses.

5,8 millions de chômeurs
Les conséquences sociales sont importantes, à l'instar des mouvements sociaux du 14 février destinés à contester les licenciements massifs intervenus ces dernières semaines.
Début février, l'Etat a dû renflouer pour un montant non précisé l'une de ses sociétés, le constructeur automobile GAZ. Il avait déjà auparavant généreusement aidé son groupe d'aluminium Rusal et sa banque Soyouz.

Le nombre de chômeurs n'a cessé de croître avec 5,8 millions de sans-emploi fin décembre, selon les données de l'Office des statistiques Rosstat. Les chiffres du gouvernement, qui utilise un décompte différent, sont moins alarmants et atteignent 1,735 million de chômeurs. La fragilité de la société russe est accentuée en temps de crise, les populations immigrées, comme celle d'Asie centrale, étant reconduites chez elles.

Même les milliardaires sont affectés. Selon le classement établi par Finans et rendu public lundi 16 février, la Russie a perdu la moitié de ses milliardaires en dollars en un an. Bon nombre d'entre eux, endettés, ont dû se tourner vers l'Etat pour éviter la saisie.

« La situation est grave mais pas désespérée »
Les perspectives économiques de la Russie pour 2009 « ne sont pas réjouissantes mais assez compliquées », a reconnu le Président russe. Les autorités ont à nouveau révisé mardi 17 février leurs prévisions de croissance, tablant désormais sur une chute de 2,2% du PIB et un recul de la production industrielle en 2009 d'environ 7,4%. Des chiffres qui devraient faire entrer le pays en récession. En janvier, il prévoyait une chute de 0,2% du PIB pour 2009.

Le président Medvedev reste pourtant serein et assure que la situation du système financier est « contrôlable ». «  La situation n'est pas sans issue ou extrêmement inquiétante. », a -t-il expliqué. Une position partagée par le chercheur Thomas Gomart, qui refuse de comparer la crise actuelle en Russie à la situation de 1998.

« Les politiques publiques mises en place permettent d'encaisser les coups. La crise n'est pas propre à la Russie. Le pays à moyen terme sera très porteur, grâce notamment d'importantes capacités d'absorption. La crise est grave, mais pas désespérée », a-t-il expliqué. La Russie réalise 60% de ses échanges extérieurs avec l'Union européenne et le tableau sombre présente de nombreuses similarités avec les autres pays en crise.

Un groupe de réflexion créé par le président russe est plus pessimiste. Selon Igor Uourgens, directeur de l'Institut du développement contemporain, les difficultés du pays sont des problèmes structurels internes au pays, du fait de « l'implication trop importante de l'Etat dans l'économie et le mauvais fonctionnement des mécanismes de marché »

Tout repose sur la durée de la crise. « Les réserves de change du pays ont largement été entamées et personne ne sait combien de temps le pays pourra tenir », explique le chercheur français. Pour l'heure, le gouvernement, à l'image des autres pays en crise, a annoncé des programmes d'aide à la création de nouveaux emplois pour un montant de 44 milliards de roubles (986 millions d'euros) à travers la rénovation des infrastructures par exemple. Mardi 17 février, le président russe a réclamé de l'administration russe qu'elle fasse des économies. Un projet de budget révisé pour 2009 devrait être annoncé fin février. 

Une politique gouvernementale qui bénéficie d'un large consensus, sans débat. « Une revanche des orthodoxes comme Alexeï Koudrine, le ministre des Finances », selon Thomas Gomart.

Barbara Leblanc

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