"Roland Berger veut changer le paradigme des agences de notation"
Par Astrid Gouzik - Publié le
articles liés
Une agence de notation européenne signée Roland BergerENTRETIEN Roland Berger a annoncé le 18 janvier avoir entamé des discussions avec plusieurs institutions financières de l’Union européenne et la Suisse pour créer une agence de notation européenne. Dominique Gautier, membre associé du cabinet conseil spécialisé dans l'industrie, détaille son projet à L'Usine Nouvelle.
L'Usine Nouvelle - Dans la démarche de Roland Berger, le principe des notations est-il remis en cause ?
Dominique Gautier - Non, nous faisons seulement quelques constats. Le marché des agences de notation est monopolistique, ce n’est pas vraiment acceptable. Ces entreprises dégagent des marges colossales, entre 2 et 2,5 milliards d’euros.
D’autre part, le modèle économique est contestable dans la mesure où ce sont les émetteurs qui payent pour être notés.
Enfin, ces maisons sont protégées par le 1er amendement de la Constitution américaine. Donc les notes sont des opinions alors même qu’elles régulent une grande partie des marchés financiers. Elles n’ont d’ailleurs pas prévu les différentes crises, elles ont donc failli à leur principal mandat.
En quoi le modèle d’agence européenne, porté par Roland Berger, se différencie des "big three" (Standard&Poor's, Moody's et Fitch) ?
Nous voulons changer le paradigme. D’abord, il s’agirait d’une fondation privée à but non lucratif, garantissant une totale indépendance des notations. C’est un modèle dans lequel les membres fondateurs ne participeraient pas aux décisions exécutives. Ils apporteraient les fonds sans avoir le contrôle de la fondation.
Nous avons commencé à rencontrer de grandes institutions financières en Europe (des banques, des compagnies d’assurance, des sociétés de bourse). Nous voulons susciter leur intérêt et les convaincre. Nous espérons avoir réussi à lever les fonds à la fin du printemps.
Cette agence devrait donc fournir une notation plus robuste. Comment ?
Pour réduire les conflits d’intérêt, nous pensons que les évaluations doivent être payées par les investisseurs, et non les émetteurs comme c’est le cas actuellement. Ils communiquent les informations qu’ils ont envie de donner aux agences. Nous proposons la création d’une plateforme centrale à laquelle tous les émetteurs seraient tenus de communiquer.
Ensuite, nous estimons que les notes doivent être incontestables. C’est la raison pour laquelle la fondation serait gérée par un conseil indépendant d’experts et d’économistes, avec un comité scientifique. Il n’y a aucune raison que des notes qui régulent une grande partie des transactions financières mondiales, ne fassent pas l’objet d’un travail scientifique en bonne et due forme. Cela ne peut plus être une opinion.
Ce serait comme si le Bureau d’enquêtes et analyses (BEA) pour la sécurité de l’aviation civile émettait des recommandations qui seraient considérées comme des opinions. Et du coup les compagnies aériennes pourraient décider de ne pas les prendre en compte. Il faut bien réaliser qu’il peut y avoir des crashs possibles !

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












