Roissy-Plaine de France, moteur de développement
Par De notre correspondante, Marion Kindermans - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3142Ce territoire, qui crée le plus d'emplois dans la région capitale, abrite d'énormes poches de pauvreté. A l'avenir, l'enjeu principal est de mieux répartir les retombées de la formidable croissance de cette plate-forme.
De la tour de contrôle de FedEx, au coeur de la plate-forme de Roissy - Charles-de-Gaulle, le ballet des avions chargeant et déchargeant les milliers de colis et de paquets venus du monde entier est impressionnant. Pas moins de 294 vols hebdomadaires rythment la vie de ce hub, le deuxième plus important pour le groupe américain après celui qu'il exploite à Memphis (Etats-Unis), où se situe son siège. Avec 1 900 salariés, le leader du transport express est l'un des plus gros employeurs de la plate-forme aéroportuaire du nord de Paris. A quelques mètres des pistes, un chantier monumental attire le regard : c'est l'extension des bâtiments de tri, qui, dès septembre, permettra à FedEx d'augmenter de 35 % ses capacités. Dans ses halls gigantesques, 31 500 colis seront triés par heure, contre 24 000 actuellement.
FedEx a investi quelque 200 millions d'euros à Roissy depuis son installation sur la plate-forme en 1996. « Les entreprises ont tout intérêt à s'installer près des hubs de transport pour être livrées en flux tendus. Nous voulons attirer des centres de logistique de haut niveau comme cela fut le cas autour de notre hub à Mem-phis », explique Alain Chaillé, le vice-président de FedEx pour les opérations en Europe du Sud.
Le vaste territoire de Roissy-Plaine de France est un énorme chantier où grues et bulldozers s'activent sans cesse. Sont en cours de réalisation le centre de congrès Airapolis, le centre de commerces et de services Aéro-ville, l'extension du parc des expositions de Paris-Nord Villepinte, les nouvelles zones d'activités de Roissy (Parc Mail, Roissy Parc International), Gonesse (Aeropark) et Vémars (Les Portes de Vémars).
Roissy-Plaine de France, qui compte 150 000 emplois au total, soit l'équivalent de la Défense, est une zone de développement prioritaire de l'Ile-de-France. « Ce territoire est unique en comparaison des autres sites aéroportuaires européens car il possède une disponibilité foncière importante », précise Hervé Dupont, le directeur général de l'Etablissement public d'aménagement (EPA) Plaine de France.
Créé le 8 avril 2002, pour une durée de quinze ans par l'Etat, la région Ile-de-France, les départements du Val-d'Oise et de la Seine-Saint-Denis, l'EPA Plaine de France intervient sur 40 communes : 17 en Seine-Saint-Denis et 23 dans le Val-d'Oise. Les opérations en cours concernent la réalisation de ZAC sur Gonesse et Fosses, l'aménagement du pôle gare de Garges-lès-Gonesse-Sarcelles et de l'université de Villetaneuse.
L'enjeu principal reste de mieux répartir les retombées de cette formidable croissance. « Les populations locales ont peu accès à l'emploi. Sur les 85 000 salariés de Roissy, seulement 14 % viennent du Val-d'Oise, alors que les communes de ce département sont les plus touchées par les mesures de non-constructibilité liées au plan d'exposition au bruit, déplore Yanick Paternotte, député (UMP) du Val-d'Oise. Le pacte de cohésion sociale ne peut fonctionner que si les populations qui supportent les nuisances de l'aéroport bénéficient en contrepartie des emplois qui y sont créés. » Maire de Sannois, Yanick Paternotte préside, depuis 1997, l'Apelna, l'une des plus anciennes associations qui luttent pour la protection de l'environnement et la limitation des nuisances aériennes dans la région capitale. Le rapport 2008 de l'Acnusa (Autorité de contrôle des nuisances aéroporturaires) déplore l'insuffisance des aides publiques pour l'insonorisation des logements.
« Il faut que les retombées de la plate-forme aéroportuaire profitent à l'ensemble du territoire », reconnaît bien volontiers Hervé Dupont. Si une commune comme Roissy-en-France profite largement des mannes de l'aéroport, d'autres comme Sarcelles, Villiers-le-Bel et Garges-lès-Gonesse, où les taux de chômage flirtent avec les 20 %, vivent mal le fait de n'en subir que les contraintes.
Un système de transport en commun adapté
L'insuffisance des transports en commun accentue ces déséquilibres. Les habitants de l'est du Val-d'Oise doivent repasser par Paris pour se rendre à Roissy par le RER B... Résultat : la grande majorité des employés de la plate-forme utilisent leur voiture. Et ce en dépit de nombreuses initiatives, comme le réseau Allo Bus, un système de bus à la demande, ou l'association Papa Charlie, qui loue des voitures.
L'accès à l'emploi ne pourra s'améliorer qu'avec un système de transport en commun adapté. Plusieurs infrastructures (Tan-gentielle SNCF Nord, RER B Nord, etc.) figurent parmi les « urgences » et les « projets à accélérer » dans le plan de mobilisation pour les transports, qui vient d'être adopté par la région. Mais elles ne seront pas réalisées avant 2012-2014.
Une stratégie claire est impérative
Pour le Barreau de Gonesse, liaison qui doit relier le RER D au RER B, le Stif, qui gère les transports publics en Ile-de-France, a opté pour l'ouverture d'une ligne de bus à haut niveau de service. Quant au CDG Express, qui doit acheminer les passagers directement de la gare de l'Est dans le Xe arrondissement de Paris jusqu'à Roissy, il n'est toujours pas financé (lire ci-contre).
L'ouverture de Roissy passe également par le projet Carex (Cargo rail express), qui a pour but de créer un système de transport ferroviaire de fret à grande vitesse entre plusieurs grands aéroports européens. Relancé par FedEx il y a six ans, il est désormais appelé EuroCarex. Il vient de franchir une nouvelle étape avec le dépôt des statuts par la trentaine de membres (ADP, La Poste, Air France, TNT, FedEx, UPS...).
Commandité par Nicolas Sarkozy, le rapport Dermagne, rendu public en novembre 2008, trace les ébauches d'une charte de développement durable du territoire Roissy-Plaine de France. Il préconise notamment la réalisation complète des travaux d'insonorisation des habitations dans un délai de cinq ans, la limitation des nuisances sonores, l'acquisition des logements les plus exposés...
Est-il possible de concilier développement économique et équilibre social et environnemental ? « C'est à l'Etat de reprendre le contrôle pour donner une stratégie claire à ce territoire qui s'étend sur trois départements », juge Jean-François Bernardin, le président de la chambre de commerce et d'industrie de Versailles Val-d'Oise/Yvelines, qui critique implicitement la gouvernance du territoire. Une remarque qui fait bondir le président (PS) du conseil régional Jean-Paul Huchon, qui préside l'EPA Plaine de France : « Je ne vois pas où est le problème de gouvernance. L'EPA mène un important programme de réalisations. Des projets comme le musée de l'Air, au Bourget, et le Barreau de Gonesse vont sortir. Nous avons lancé sur le territoire un tiers du total des actions inscrites au contrat de plan signé avec l'Etat. »
A gauche comme à droite, les élus franciliens attendent que Nicolas Sarkozy annonce, le 29 avril, ce qu'il aura retenu des propositions de Christian Blanc, le secrétaire d'Etat chargé du Développement de la région capitale, pour renforcer le rayonnement de Roissy. Mais à moins d'un an des élections régionales, d'aucuns craignent un catalogue électoral...

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