Rioglass reconvertit un ancien site de Thomson
Par BERTRAND BEAUTÉ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3020Revitalisation. L'entreprise espagnole Rioglass a profondément changé l'activité de l'ex-site Thomson Vidéoglass menacé de fermeture totale. Un nouvel outil industriel a été installé et 300 salariés ont bénéficié d'une formation très complète.
Le logo Thomson s'étale toujours largement sur les vieux bâtiments de l'usine Vidéoglass de Bagneaux-sur-Loing (Seine-et-Marne). Pourtant, le groupe français d'électronique a quitté les lieux où il fabriquait du verre pour écrans à tube cathodique en octobre 2005. A sa place, l'espagnol Rioglass, groupe spécialiste des vitres pour l'automobile, est en passe d'achever la réindustrialisation du site, que le français lui a cédé en juillet 2005 pour 1 euro symbolique. Son exploit : avoir conservé 300 des 445 salariés - les autres ayant été reclassés - grâce notamment à la transformation de l'outil industriel et à un important programme de formation du personnel allant de sept à dix-sept mois.
Passer du tube cathodique aux pare-brise
Si le métier de base reste lié au verre, les machines et les emplois ne sont plus les mêmes : alors que Thomson fabriquait du verre pour l'audiovisuel, Rioglass est spécialiste de la transformation de ce matériau en vitrage pour l'automobile. Avant d'accueillir la nouvelle activité sur 24 000 mètres carrés, les bâtiments vétustes et les fours devenus inutiles ont été rasés. A la place, la première ligne de production, destinée aux lunettes arrière, est désormais achevée tandis que les deux autres, dédiées l'une aux vi-tres latérales et l'autre aux pare-brise, seront terminées respectivement en octobre 2006 et mars 2007. Ces nouveaux ateliers contrastent nettement avec les anciens bâtiments de Vidéoglass qui dataient des années 1970. Seul un entrepôt de l'ancienne usine va perdurer, pour servir de lieu de stockage des produits finis. La facture de cette reconstruction s'élève à 72 millions d'euros. « Un investissement financé à 70 % par Thomson », affirme- t-on de source syndicale, Rioglass s'acquittant du reste. « Il n'y a eu aucune subvention publique à ce niveau, simplement un accord entre Thomson et nous », confirme José Maria Villanueva, le président de Rioglass France. Mais, le plus compliqué n'a pas été la refonte de l'outil industriel.
A nouveau matériel, nouvelle activité et donc nouvel emploi pour les salariés réintégrés. Il s'agissait de leur permettre de passer des métiers du tube cathodique à ceux du pare-brise. Nathalie Excoffon, responsable de la formation chez Rioglass, s'est tournée vers l'Opcareg (Organisme paritaire collecteur agréé régional) d'Ile-de-France, afin d'établir un programme de formation des salariés. Première étape : déterminer qui peut (ou veut) faire quoi. « Les 300 salariés réembauchés ont passé des tests individualisés jugeant de leur motivation, de leur capacité et de leur volonté, explique Michel Dejean, le secrétaire général de Rioglass France. En fonction des résultats, une pré- affectation a été donnée à chacun, ainsi que le programme de formation technique qui va avec. » Néanmoins, avant toute formation qua- lifiante, une remise à niveau s'est avérée nécessaire. « Nous avons proposé à l'entreprise, en partenariat avec l'Afpa, l'Agence pour la formation professionnelle des adultes, deux actions conjointes de remise à niveau », raconte Sylvie Philipot, déléguée territoriale pour la Seine-et-Marne de l'Opcareg.
Faciliter l'adaptation aux nouveaux métiers
La première, en français et en mathématiques, s'appuie sur un outil multimédia, CLOE (Calculer, Libeller, Organiser, Enrichir). « C'est un logiciel développé pour les employés, afin de réactiver leurs facultés d'apprentissage quelque peu délaissées depuis l'école. Mais, cela ne ressemble pas du tout à l'enseignement scolaire », estime Véronique Delage, conceptrice de CLOE, chez SavoirPro. Pour optimiser ce parcours de formation, 24 cadres et agents de maîtrise de Thomson Vidéoglass ont d'abord été entraînés sur le logiciel en tant que médiateurs. Ils ont ensuite encadré les 225 employés qui ont suivi la formation. « Ce programme a permis de les rassurer avant de commencer les formations Afpa qui effrayaient un peu certains collaborateurs », souligne Véronique Delage.
L'Afpa a dispensé la seconde action de remise à niveau en électricité, électromécanique et automatisme. « A ce stade, le problème était que le centre concerné de l'Afpa, situé au nord-est de Paris, était à environ deux heures de l'usine », explique Michel Dejean. Pour éviter que les salariés n'aient à effectuer ce trajet deux fois par jour, des salles de classe ont été installées dans l'usine afin que le formateur dispense ses cours sur place. « Au départ, les employés ont trouvé bizarre de retourner sur des bancs d'école à leur âge. Certains néanmoins ont été motivés dès le début, tandis que d'autres ont eu plus de mal. Mais il n'y a eu ni absentéisme ni turbulence », se félicite Bruno Dozias, un formateur de l'Afpa en maintenance et automatisme.
Cette deuxième phase achevée, les salariés ont entamé une formation technique de 400 heures, toujours dispensée par l'Afpa. Environ un quart d'entre eux se sont également déplacés en Espagne, sur le site Rioglass de Mieres (Asturies), pour appréhender le process industriel dans sa globalité.
11 millions d'euros investis dans la formation
72 employés ont achevé l'ensemble de leur formation et ont reçu, le 28 juin, leur Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) total ou partiel. « Un diplôme reconnu dans le monde professionnel, se réjouit Mohamed Oussedik, secrétaire général de la Fédération CGT des industries du verre céramique. Cela constitue un vrai plus dans leur carrière. » Toutefois, « cinq collaborateurs ont raté l'examen final, concède Michel Dejean. Ils pourront peut-être le repasser en septembre, mais rien n'est sûr. » Les lauréats, quant à eux, ont déjà intégré la première unité de production opérationnelle et fabriquent des lunettes arrière de Volkswa- gen Polo. De quelques milliers en juillet 2005, la production devrait atteindre à terme 600 000 à 700 000 lunettes par an.
Dès octobre prochain, 120 collaborateurs supplémentaires rejoindront le site pour fabriquer des vi-tres latérales. Les 100 derniers seront intégrés en mars 2007 lors du lancement de l'activité pare-brise. Au total 300 000 heures de formation auront alors été dispensées pour un coût de 11 millions d'euros. Sur cette somme, Thomson a pris en charge 5,4 millions d'euros et l'Opcareg, 4,1 millions. Le reste se répartit entre l'Etat, la Région et les fonds européens qui ont alloué chacun 500 000 euros.
Une démarche exemplaire
« Cela étant, même après cette formation, nous n'avons aucune certitude quant à la capacité des employés à s'adapter à leurs nouvelles fonctions. Passer un examen est une chose, mettre ses acquis en application au sein d'un process industriel complexe en est une autre », prévient Michel Dejean. « Pour Rioglass c'est un vrai défi. » Côté syndical, l'inquiétude se situe plutôt au niveau de la pérennisation de l'activité. « Je ne pense pas que Rioglass soit là uniquement pour chasser les subventions, mais nous n'avons aucune garantie. Nous restons très vigilants », explique Mohamed Oussedik. Néanmoins, les résultats du groupe Rioglass, inspirent plutôt confiance : le chiffre d'affaires est passé de 36,4 à 57,7 mil-lions d'euros entre 2003 et 2005 et devrait « approcher les 120 mil- lions d'euros en 2009 », selon José Maria Villanueva. D'ailleurs, tous les partenaires s'accordent à dire que, pour le moment, « cette reconversion est exemplaire en tout point ».

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