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Revenue à l'équilibre, la SNPE défend sa spécificité stratégique

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
EdouardBraineSNPEDR

Avec son exercice 2007, la SNPE renoue avec l'équilibre financier. Après des années de mutisme, la Direction s'exprime sur sa stratégie.

Il aura fallu près de six ans pour que la SNPE se remette de l'explosion du site AZF et de ses conséquences financières. Pour la seconde année consécutive, le groupe public affiche des bénéfices net positifs. Pour l'exercice 2007, ces derniers s'établissent à 106,9 millions d'euros, grâce entre autres à la prise en compte des plus-values de cession de 101,8 millions d'euros. Les ventes en 2007 de Nobel Explosif, des peptides, de diverses filiales à l'étranger dont Isochem Inc., se sont avérées utiles pour redresser le groupe en difficulté financière suite à l'arrêt de la fabrication des produits dérivés du phosgène (utilisé dans les pesticides, herbicides, polycarbonates...) à Toulouse.
La décision du gouvernement d'interdire l'utilisation du phosgène s'est avérée un choix qu'Edouard Braine juge sévèrement. Cet ancien diplomate, désormais responsable des affaires publiques de la SNPE, ne s'en remet pas. "Cette décision a entraîné la suppression, d'un trait de plume, de 20 % du chiffre d'affaires annuel du groupe et a privé la chimie civile de la SNPE d'un de ses arguments technologiques forts auprès de ses grands clients : la maîtrise de la chimie du phosgène".
"L'arrêt de ces productions est d'autant plus regrettable que l'expertise judiciaire a prouvé que l'explosion d'AZF était bien due aux 300 tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans de mauvaises conditions au sein de leur usine ». Conséquence de l'arrêt de cette activité, un lourd plan social à Toulouse, passé de 632 personnes à moins de 100 salariés aujourd'hui.
Plan social aussi sur le site de production de nitrocellulose (pour encre et vernis) de Bergerac. « Les coûts de fabrication de nitrocellulose à vocation civile sont élevés en France, comparativement à ce que peuvent faire la Chine ou le Brésil. Sur le site de Bergerac, nous ne garderons qu'une ligne pour les productions civiles et une ligne de production à vocation militaire ».
La fin du modèle dual
Pour la SNPE, l'affaire est entendue, le modèle dual longtemps vanté - chimie civile et militaire - a fait long feu. Pour rétablir de manière durable l'équilibre, le groupe se désengage aussi vite que faire se peut, mais en bon ordre, de la chimie civile au profit de son cœur de métier, la défense. Pour le premier volet, le désengagement du groupe est passé par la cession de plusieurs actifs : Isochem Inc., DMC, Nobel Explosif ou les activités peptides.

Pour la défense, l'expertise de la SNPE fait l'objet de toutes les convoitises. En 2007, deux projets de reprise de ce domaine d'activité avaient été relayés par les médias. Le premier évoquait une reprise par Safran et Nexter, tandis que le second plaçait la SNPE au cœur d'un projet de regroupement. Le premier projet, baptisé Herakles, a depuis sombré dans les limbes. « Si vous voulez démonter un mur, vous ne commencez pas avec les briques du bas. C'est ce qui se serait produit avec le projet Herakles. En faisant cela, on courait le risque de détruire au moins 400 emplois et on cassait l'outil industriel », explique Edouard Braine qui souligne les risques de tout projet inconsidéré de démantèlement des activités
« défense ».
« Notre activité touche de près aux intérêts de la Nation. SNPE contribue de manière essentielle  à la motorisation des vecteurs de la dissuasion nucléaire. Pour lancer des missiles ou Ariane V, la maîtrise de l'énergie solide (propergol) est primordiale. Avec les Etats-Unis, nous sommes le seul pays à maîtriser ces technologies de manière aussi poussée. Faire évoluer les schémas industriels sans précaution et pour des raisons purement financières présenterait le risque d'une perte de savoir-faire dramatique pour la France. Ce que nous montre d'ailleurs l'actualité récente  d'autres entreprises, et pas seulement dans le secteur défense », rappelle Edouard Braine qui conclut, « On ne découpe pas en quartiers  une bête bien vivante, surtout lorsqu'on lui a confié une mission d'intérêt national. La SNPE est désormais en forme et elle entend bien le rappeler à toutes les parties prenantes ».

Fabrice Frossard

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