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Réussite obligatoire pour le G20

Par Solène Davesne - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3140

Le 2 avril à Londres, les chefs d'Etat des pays du G20 doivent engager la réforme de la finance mondiale. Les entreprises attendent de ce sommet des mesures concrètes, indispensables au retour à la confiance.

L'air des bords de la Tamise sera-t-il plus propice à la « refondation du capitalisme » que celui des rives du Potomac, à Washington ? En novembre, dans la capitale américaine, le sommet du G20 convoqué en urgence n'avait été qu'une mise en jambe. Seuls les grands principes de la réforme du système financier mondial avaient été abordés. Selon le « plan d'action » adopté à l'issue de la rencontre, les Etats avaient jusqu'au 31 mars pour avancer leurs propositions concrètes en matière de régulation. A Londres, le 2 avril, les vingt dirigeants des principaux pays développés et émergents vont devoir passer aux mesures concrètes.

Première difficulté soulignée par Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain, « les priorités des pays divergent ». Les Américains, suivis par le Japon et la Chine, estiment que les efforts de relance budgétaire doivent être plus soutenus. « La priorité est de bâtir une nouvelle architecture financière globale », prônent, pour leur part, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, la chancelière allemande.

Réunis dans la banlieue londonienne, le 14 mars, pour préparer le sommet des chefs d'Etat, les ministres des Finances des vingt pays ont aplani une partie de leurs divergences. Ils se sont mis d'accord afin de « rétablir le bon fonctionnement du crédit » bancaire au plus vite. Aux Etats-Unis, deux nouvelles banques régionales ont fait faillite la semaine dernière. « On ne peut toujours pas parler de fonctionnement normal du secteur bancaire car la prime de liquidité reste très élevée », affirme Laurent Quignon, analyste à BNP Paribas. La remise sur pied des banques, devrait passer par la poursuite de la recapitalisation des banques, mais aussi par la prise en charge des actifs toxiques.

Surtout, c'est la réforme à moyen terme du système financier et l'élaboration de nouvelles règles du jeu pour la finance mondiale qui devraient focaliser la majeure partie des débats. « La fenêtre politique pour déboucher sur un certain nombre d'accords avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne est unique », souligne Christian de Boissieu, professeur d'économie et président du Conseil d'analyse économique. Meilleur contrôle des marchés des dérivés de crédit, encadrement des rémunérations des banquiers, augmentation de la transparence du hors-bilan des banques, lutte contre les paradis fiscaux... La régulation devrait être renforcée, pour éviter qu'une telle crise financière ne se reproduise. Les hedge funds devraient être contraints de s'enregistrer et de fournir des informations sur les risques pris. Quant aux agences de notation, défaillantes pendant la crise, elles devraient aussi être régulées.

Autre chantier : la réforme des normes comptables, qui ont participé à l'amplification de la crise en obligeant les banques à valoriser à la valeur de marché leurs actifs (« mark to market »), alors que le marché s'effondrait. Elle devrait essayer de limiter les effets pro-cycliques des normes, en augmentant les provisions en haut de cycle. Une réforme (qui relève en fait du Bureau des standards comptables internationaux) réclamée par la Fédération bancaire française, mais aussi par le Medef. « Nous sommes très nombreux à constater que ces mécanismes mis en place il y a quelques années ont aggravé la crise et peuvent continuer à l'aggraver », a souligné Laurence Parisot, la présidente du Medef. Sur le volet de la gouvernance mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) devrait voir ses ressources multipliées par deux, a minima, pour atteindre 500 milliards de dollars. Ukraine, Hongrie, Islande... En quelques mois, le FMI a dû débloquer plus de 50 milliards d'euros pour voler aux secours d'Etats étranglés par la crise.

Au-delà de la sphère financière, les impacts du G20 risquent d'être plus restreints. « Un volet crucial concerne la nécessaire coordination des plans de relance », défend pourtant Louis Gallois, le PDG d'EADS. Celle-ci s'annonce difficile. Tous les pays du G20 ont déjà mis en place leurs plans de relance, en ordre dispersé. Les Européens rechignent, quant à eux, à augmenter leur effort budgétaire comme le réclame Barack Obama.

Pour les industriels, le succès du G20 dépendra des suites données à leurs revendications. Le 18 mars, les « patrons des patrons » des pays membres du G20 étaient invités à Londres par le Premier ministre britannique, Gordon Brown, pour lui présenter leurs priorités. Ils ont appelé à résister contre le protectionnisme. « Notre souhait serait qu'une charte soit élaborée, définissant les limites à ne pas franchir en matière de protectionnisme », a défendu Laurence Parisot. Dans ce cadre, « nous sentons que la conclusion des négociations sur le cycle de Doha dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) serait une avancée visible », soutient de son côté Martin Broughton, le président du CBI, le syndicat patronal britannique. Un appel qui risque de rester lettre morte. Lors du sommet de Washington, en novembre, les dirigeants du G20 s'étaient déjà engagés à résister au protectionnisme et à relancer les négociations à l'OMC. Depuis, selon la Banque mondiale, tous - hormis l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud et le Japon - ont pris des mesures limitant les échanges internationaux. De l'interdiction des jouets chinois en Inde aux aides sectorielles pour l'automobile en Europe, 66 mesures protectionnistes ont été répertoriées par l'institution internationale. Autre priorité : rétablir le financement des échanges commerciaux. « Il s'agit de restaurer l'accès des entreprises à des taux bancaires compétitifs », plaide également Ernest-Antoine Seillière, le président de BusinessEurope, le syndicat patronal européen, qui propose que les banques centrales des pays du G20 achètent des instruments de dette à court terme des entreprises pour réduire le coût du crédit.

Les syndicats ne sont pas en reste : « La nouvelle gouvernance mondiale doit être fondée sur une base solide de droits sociaux et singulièrement les normes de travail de l'OIT », a souligné Guy Ryder, le secrétaire général de la confédération syndicale internationale, qui a détaillé un plan d'action pour le G20, incluant le renforcement des institutions chargées de la fixation des salaires et la lutte contre la perte de pouvoir d'achat des ménages. Une manifestation doit avoir lieu le 28 mars à Londres pour rappeler aux dirigeants du G20 leurs « responsabilités ».

La situation économique s'est considérablement dégradée en quatre mois. Les destructions d'emploi aux Etats-Unis continuent de s'accentuer, tandis que la production industrielle en Europe a plongé de plus de 17 % en janvier par rapport à l'an dernier. Selon le Fonds monétaire international, l'économie mondiale devrait entrer en récession en 2009, avec une baisse de 0,5 à 1 % du PIB mondial. Du jamais vu depuis 1945. Malgré les centaines de milliards d'euros réinjectés dans le capital des établissements bancaires, l'accès au crédit des entreprises reste difficile. En France, selon un sondage réalisé par l'association française des trésoriers d'entreprises, 27 % des entreprises ont dû renégocier une de leurs lignes de crédit en mars, contre 21 % en décembre.

« La croissance ne repartira pas dès le lendemain du G20, mais des résultats concrets, au-delà des déclarations de bonnes intentions, contribueraient à calmer le jeu », considère Christian de Boissieu, du Conseil d'analyse économique. Voire à atteindre le premier objectif du sommet : restaurer la confiance. Pour lui, comme pour la plupart des économistes, un échec du G20 de Londres serait une catastrophe. Il accentuerait même la crise mondiale.

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