Réussir son implantation au Maroc
Par MARIE CADOUX - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3258Vous voulez profiter de l'essor industriel et des grands chantiers du royaume ? Mieux vaut se tenir au courant des évolutions juridiques et fiscales.
Le TGV Tanger-Casablanca, le tramway de Casablanca, l'extension du port de Tanger Med, la construction de l'usine Renault... Les grands chantiers se multiplient au Maroc, aiguisant l'appétit des industriels étrangers, notamment français. « Attention à ne pas se fier à la proximité apparente qui existe entre nos deux pays, prévient Hassan Attou, directeur de l'appui commercial à la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc (CFCIM). Et surtout, ne pas débarquer en terrain conquis ! La douceur du pays et l'accueil chaleureux des Marocains ne doivent pas leurrer. Le Maroc s'est doté de règlements très stricts et les autorités se montrent très sourcilleuses de leur respect. » Sur place, ne pas hésiter à solliciter les services de la mission économique de l'ambassade de France à Rabat ou ceux de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc, qui peut créer votre entreprise.
1 - ADOPTER LA BONNE STRUCTURE JURIDIQUE
Pour créer une SARL - 90 % des sociétés lancées au Maroc - le capital minimum à apporter s'élève à 10 000 dirhams (890 euros). Contrairement à une société anonyme, la SARL n'est soumise à aucune obligation de déclaration publique tant que son chiffre d'affaires ne dépasse pas 50 millions de dirhams (4,5 millions d'euros). Au-delà de ce montant, il est nécessaire de faire appel aux services d'un commissaire aux comptes. « Les entreprises qui veulent cultiver la discrétion optent donc plus volontiers pour ce type de structure », sourit Hassan Attou. À noter qu'un investisseur étranger peut détenir 100 % du capital de sa société. Il n'a pas besoin d'associé marocain pour monter sa structure.
2 - PROFITER DES EXONÉRATIONS FISCALES À L'EXPORT
Le Maroc peut se révéler un eldorado fiscal à condition de respecter strictement un certain nombre de démarches. Il est possible de transférer en France, après imposition au Maroc, la totalité des bénéfices réalisés. Ce rapatriement est soumis à certaines conditions : le montant de l'argent investi au Maroc doit faire l'objet d'un transfert d'une banque française vers une banque marocaine. Inutile donc de débarquer avec une valise remplie de billets ! Il faut s'assurer que la banque marocaine fasse par la suite une déclaration à l'Office des changes. Six mois après la création de sa société, le chef d'entreprise doit se rendre à sa banque afin de présenter l'état de son investissement. Au titre de l'impôt sur les sociétés, le bénéfice réalisé est taxé à hauteur de 30 %. Si l'activité est entièrement tournée vers l'export, vous pouvez bénéficier d'une exonération totale de l'impôt sur les sociétés pendant cinq ans et de 50 % de réduction sur ce taux d'imposition à partir de la sixième année, et cela pendant une durée de vingt ans. L'impôt sur le revenu est prélevé à la source. Enfin, la patente s'élève à 10 % de la valeur locative de la société.
3 - S'ÉTABLIR DANS DES ZONES FRANCHES
Il existe des zones industrielles dans lesquelles vous pourrez démarrer votre activité. Les locaux prêts à l'emploi se louent 6 euros par mois et par mètre carré. Leur taille oscille entre 800 et 10 000 mètres carrés. Beaucoup plus accessibles : les parcs d'activité gérés par différents opérateurs (CFCIM, Caisse de dépôts et de gestion). Les lots de terrain sont proposés à la location moyennant 6 euros par an. À charge pour l'entreprise de construire les bâtiments qui répondront le mieux à ses besoins. Implanté depuis 2004 au Maroc, Sateba va investir 6 millions d'euros dans la construction d'une nouvelle usine près de Kénitra pour profiter du chantier de la ligne à grande vitesse Tanger-Casablanca. Autre possibilité si la production est entièrement tournée vers l'export : une implantation dans une zone franche exempte de droits de douane. La Tanger Free Zone, au nord du pays, accueille quelque 300 entreprises dont une large part de sous-traitants industriels. En dehors d'une zone franche, le statut d'établissement franc industriel permet également à une entreprise d'être exonérée de droit de douane. Pour cela, il est nécessaire de faire une déclaration auprès des autorités douanières et bien évidemment de réserver entièrement sa production à l'export.
4 - FORMER LE PERSONNEL SUR PLACE
« Nos équipes sont entièrement marocaines. Quelques jours de formation suffisent pour être opérationnel à la production. En revanche, nous avons fait appel aux services d'une société de conseil pour toutes les questions liées à l'hygiène, la sécurité et l'environnement », insiste Pierre Mille, directeur de Sateba Maroc, fabricant de traverses en béton. Ainsi depuis ses débuts au Maroc, Sateba ne compte que deux Français expatriés, dont un chef d'usine, mais emploie, selon l'activité, de 45 à 90 salariés. De même pour l'usine Renault de Tanger qui entrera en activité début 2012, l'expatriation est gérée avec parcimonie. Pour des raisons budgétaires, mais également parce que le Maroc dispose de compétences pointues formées à l'étranger dans les plus grandes écoles. « Dans les secteurs qui connaissent de forts développements tels que l'automobile, l'électronique ou l'agroalimentaire, il peut toutefois y avoir des tensions de recrutement pour des profils intermédiaires », concède Hassan Attou. L'entreprise a donc tout intérêt à établir elle-même son plan de formation et à le faire valider par l'Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT). Jusqu'à 70 % des frais engagés au titre de la formation peuvent être pris en charge par cet organisme.











