Retraites aux Etats-Unis : l'équation impossible
Le 26 mai 2009 par Redaction L'Usine Nouvelle
La crise du secteur automobile va mettre des dizaines de milliers de salariés au chômage. Mais à terme, les retraités sont les grands perdants des restructurations qui laminent les constructeurs. Au-delà de la faillite de GM ou de Chrysler, c'est la faill
A quelques jours du verdict concernant le possible placement de General Motors sous les fourches caudines du Chapitre 11 de la loi des faillites américaines, se pose une angoissante question pour les retraités du constructeur automobile. Quels sacrifices devront-ils accepter pour permettre à l'entreprise de pérenniser son activité ? Leur sort est entre les mains de l'UAW, le puissant syndicat de l'automobile, qui a la lourde responsabilité de mesurer les concessions nécessaires pour que l'entreprise puisse continuer à financer les pensions, l'assurance maladie et l'assurance vie pour ses retraités syndiqués. De toutes façons, quoiqu'il arrive, ils n'auront pas le choix : leurs avantages seront revus à la baisse, hypothéquant pour certains leur niveau de vie actuel.Les retraites se sont avérées être un véritable boulet trainé par les constructeurs automobiles américains, les salariés syndiqués des Big Three ayant longtemps bénéficié d'une situation bien plus confortable que les ouvriers des autres secteurs. General Motors, à lui seul, doit ainsi financer la couverture retraire de plus 650.000 Américains. Un désavantage compétitif qui les a étranglés, jusqu'à devenir insupportable au moment où la crise a éclaté. C'est pourquoi, bien que le financement des retraites par des régimes employeurs soit commun à tous les secteurs, c'est dans l'automobile que le problème se pose de la manière la plus aigue.
Un système à trois vitesses
Les Etats-Unis disposent depuis 1935 d'un régime général de retraites, qui constitue la source principale de pensions pour la plupart de la population. Ce régime est financé par les cotisations salariales et patronales. Mais, comme le précise Lucy apRoberts, auteure d'un livre sur les retraites aux Etats-Unis et experte auprès du Conseil d'Orientation des Retraites, ces pensions ne procurent pas un revenu suffisant. La pension moyenne équivaut ainsi à environ 37% du salaire moyen tous secteurs confondus. C'est pourquoi les salariés qui le peuvent complètent par une assurance.
Une partie seulement des salariés bénéficie d'un régime employeur, qui n'est pas obligatoire (mais néanmoins encadré par une réglementation fédérale). Cette proportion a reculé dans le secteur privé depuis les années 80, les entreprises fermant leurs programmes petit à petit. « Entre 1975 et aujourd'hui, le pourcentage de salariés du privés couverts par un régime employeur à prestations définies est passé de 40% à 20% », explique Lucy apRoberts. L'économie américaine ayant subi les assauts de plusieurs crises, les régimes à prestations définies (l'employeur promet une certaine pension) sont devenus plus difficiles à assumer pour les entreprises, qui ont préféré s'en remettre aux plans d'épargne retraite, basés sur un abondement de l'employeur et qui versent un capital, non des pensions. Beaucoup de salariés ont aussi investi dans l'immobilier. Chômage, crise financière et crise de l'immobilier ont donc touché de plein fouet l'écosystème des retraites.
Les régimes employeur ne sont pas la seule source d'inégalités entre retraités. Les salariés syndiqués disposent aussi de conditions plus avantageuses, dans l'automobile notamment, mais aussi dans le secteur public par exemple.
Promesses non tenues
Dans le cas de GM ou de Chrysler, les constructeurs s'étaient engagés à financer et verser une certaine pension à leurs retraités, fonction de leur salaire et de leur ancienneté. Le système prenait également en charge la couverture maladie des retraités. Mais ces promesses ne seront pas tenues.
Chez Chrysler, par exemple, à partir du 1er juillet les retraités syndiqués vont perdre leur assurance pour les soins dentaires et ophtalmologiques, et seront moins remboursés pour les médicaments. Par ailleurs, le fonds dédié, qui sera géré par l'UAW, sera financé à 50% en actions du futur Chrysler-Fiat, avec le risque d'une baisse de valorisation qui ne permette pas de maintenir les garanties prévues. De quoi voir l'avenir en noir pour les retraités atteints de maladies graves ou d'hypertension, par exemple, qui peuvent se retrouver dans l'impossibilité de retrouver une assurance maladie accessible.
Chez GM, les négociations avec l'UAW n'ont pas abouti jusqu'à présent, car l'assurance maladie pour les retraités représente justement un point de discorde fort. Cependant les retraités n'échapperont pas aux ajustements par le bas. Delphi, l'ancienne filiale de GM en faillite depuis plusieurs années, est déjà passée par là. A l'heure actuelle, l'assurance maladie et l'assurance vie pour ses retraités représente un passif supérieur à un milliard de dollars.
L'Etat en dernier recours
Toutefois, même dans l'hypothèse où GM mettrait la clé sous la porte, un instance fédérale, la Pension Benefit Guaranty Corporation (PBGC), prendrait le relais. A hauteur d'un certain plafond seulement, assez élevé cependant pour couvrir les engagements vis à vis des salaires bas et moyens. La PBGC est financée par des prélèvements obligatoires sur les régimes de retraite privés. Pour l'instant, elle peut encore faire face aux défaillances d'entreprises, mais si la crise perdure, elle pourrait dégonfler cette bouée de sauvetage. « L'Etat ne veut pas augmenter les cotisations malgré les menaces liées au nombre de faillites, pour ne pas pénaliser davantage les entreprises. Par conséquent, il est possible de voir augmenter les impôts pour financer les retraites », analyse Lucy apRoberts.
Cette même instance, la PBGC, a évalué récemment le déficit de financement du fonds de pension de General Motors à 20 milliards de dollars à la fin 2008 (12,4 milliards selon GM). Alors que le système disposait de 20 milliards de surplus un an plus tôt ! Mais la crise financière, qui est passée par là, aurait effacé à elle seule plus de 10 milliards de disponibilités. En outre, GM avait pris la mauvaise habitude de piocher dans ce fonds pour financer ses plans de départs volontaires. 2,3 milliards de dollars ont ainsi été engloutis dans ces programmes l'année dernière.
Aujourd'hui, de nombreux salariés qui ont cru leur retraite protégée sont écœurés. Même s'ils bénéficient de la garantie de la PBGC, la crise a en fait éclater une autre, une crise de confiance envers le système. Malgré tout, Lucy apRoberts souligne que Barack Obama n'a pas fait campagne sur une évolution du système de retraites. Quant à l'UAW, il place ses espoirs dans un retournement de conjoncture, qui lui permettra de vendre à bon compte ses parts nouvellement acquises, pour redonner de l'air aux retraités de l'automobile.
Raphaële Karayan
Dossier : Automobile, le crash

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