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Reprise incertaine pour 2010

Par Solène Davesne - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3141

Les perspectives économiques devraient s'améliorer légèrement début 2010, mais les conditions d'un vrai redémarrage dans un an ne sont pas encore réunies, surtout dans l'industrie.

Depuis plusieurs semaines, c'est le message que répètent en choeur Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet, les présidents des banques centrales américaine et européenne : l'économie devrait repartir en 2010. Une perspective sur laquelle peuvent compter les principaux dirigeants mondiaux réunis jeudi 2 avril, à Londres, pour le G20 ? « Tout dépend de ce que l'on met derrière le mot "reprise". L'économie est tombée tellement bas qu'on prend peu de risques à annoncer qu'elle va se stabiliser », commente un économiste d'une banque parisienne. La plupart des analystes tablent sur une amélioration fragile de la conjoncture à partir de la fin 2009, mais sans réel redémarrage. « Nous sommes entrés dans un tunnel, avec une croissance faible, qui risque d'être long », juge Eric Heyer, le directeur adjoint du département prévision de l'OFCE.

L'économie française devrait avoir connu son pire trimestre au début de 2009, avec un repli de 1,5 % du PIB, selon l'Insee. La tendance devrait ensuite s'améliorer peu à peu (- 0,6 % d'avril à juin). Sur l'année, le recul par rapport à 2008 s'établirait ainsi à 2 %, voire 2,5 %. Selon les scénarios, la croissance du PIB pourrait ensuite atteindre 0,6 % en 2010. La situation reste alarmante dans l'industrie. Le moral des industriels a stoppé sa dégradation en mars mais, dans tous les secteurs, les stocks ont gonflé avec l'effondrement des commandes. Hormis dans l'automobile, peu d'entreprises ont commencé leur déstockage. Conséquence : la reprise devrait se faire attendre. Selon l'assureur-crédit Euler-Hermès, la production industrielle reculerait de 2 % en 2010, après un plongeon de 9 % en 2009. « Quant à l'investissement des entreprises, il devrait continuer sa chute à cause de la faible utilisation des capacités de production », note Karine Berger, économiste chez Euler-Hermès.

Autre inquiétude : la progression rapide du chômage. Pour Eric Heyer, près de 550 000 emplois devraient être détruits en 2009, et 250 000 de plus en 2010. « Une accélération inquiétante, car elle risque de peser sur les dépenses des ménages », affirme-t-il. Jusqu'ici, la consommation a plutôt bien résisté, soutenue par la baisse de l'inflation et des prix du pétrole. Mais cet effet s'est estompé et les dépenses en produits manufacturés, en recul de 2 % en février, devraient difficilement résister. D'autres mauvaises surprises pourraient assombrir le tableau en 2010. A commencer par l'assainissement du système bancaire, au coeur des discussions du sommet du G20 de Londres, nécessaire pour faire repartir la distribution du crédit. Selon une estimation de Goldman Sachs, les banques européennes n'ont enregistré que 346 milliards d'euros de pertes liées à des actifs toxiques, alors que celles-ci pourraient atteindre in fine plus de 900 milliards d'euros.

Petit élément positif : le plan de relance français, évalué à un peu plus de 0,5 % de croissance supplémentaire, devrait jouer à plein à partir de fin 2009 et jusqu'à mi-2010. Scénario identique aux Etats-Unis, où le plan massif de l'administration Obama pourrait permettre une reprise, timide, dès l'automne 2009. Mais gare au coup de frein trop brutal ! « Les Etats vont chercher à assainir leurs finances publiques dès que possible. Mais s'ils adoptent trop vite des politiques de rigueur, ils risquent de fragiliser le retour de la croissance », note l'OFCE. « Et à force de diminuer les investissements, attention à ne pas laisser le potentiel de croissance de la France décrocher », ajoute Natacha Valla, la directrice du département recherche économique de Goldman Sachs. Après le choc pétrolier de 1973, l'économie française avait mis douze ans pour retrouver son niveau initial de capital productif. Combien de temps, cette fois-ci ?

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