"Renforcer les liens entre PME et écoles d’ingénieurs apporterait de l’innovation"

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Etudiants
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Ambroise Favrie, président du Bureau national des élèves ingénieurs, propose de tirer parti du maillage des écoles d’ingénieurs pour les rapprocher des PME, afin de diffuser l’innovation sur l’ensemble du territoire.

Dans la lettre ouverte qu’ils ont envoyée au président de la République fin mai, le Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI), et les Ingénieurs et scientifiques de France (IESF) rappellent "l’importance des ingénieurs dans la société comme acteurs clés de la formation, de l’innovation et de la compétitivité en vue de réindustrialiser la France". Ambroise Favrie, président du Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), détaille ce que les élèves ingénieurs, en particulier, attendent du nouvel exécutif.
 
L'Usine nouvelle - Pourquoi avoir envoyé cette lettre à François Hollande ?
Ambroise Favrie - Notre pays est en mal d’innovation. Les écoles d’ingénieurs ont été créées pour permettre à la France de passer des étapes majeures, des révolutions industrielles, pour répondre aux besoins de l’industrie. Elles représentent aujourd’hui une vraie force, qu’il convient d’utiliser pour redonner une puissance industrielle à la France, améliorer la compétitivité du pays. Les écoles, les étudiants, les ingénieurs sont unis et sur la même longueur d’onde sur ce sujet, et souhaitent être entendus.

Que proposez-vous ?
Pour favoriser l’innovation, il faut rapprocher les écoles d’ingénieurs, qui maillent tout le territoire, des PME. Les entreprises y ont intérêt, parce qu’elles peuvent trouver, dans une école, un appui pour leur recherche. Les élèves ingénieurs peuvent aussi mener de vraies missions industrielles. Bien plus que le stage d’un seul élève, c’est toute une panoplie de compétences de l’école qui est alors mise à la disposition des PME.

C’est aussi très utile pour l’école : les industriels peuvent, en retour, venir enseigner. Ils peuvent aussi fournir de nouveaux équipements pour la formation pratique. Ces missions peuvent être payantes, et les écoles d’ingénieurs doivent diversifier leurs sources de financement. Quant aux étudiants, un rapprochement avec les PME leur ouvre de plus grandes possibilités de stages et d’expériences.

Au niveau national, nous réclamons une réforme de l’enseignement supérieur centrée sur l’innovation. Il faut permettre aux entreprises de se rapprocher des lieux où se fait la recherche. Même s’il n’est pas question d’asservir l’enseignement à l’industrie... Les thèses CIFRES le font, mais elles ont besoin de se développer. Les laboratoires sont prêts à en accueillir plus, mais ne connaissent pas assez les entreprises locales. Renforcer les liens entre écoles d’ingénieurs et PME permettrait d’apporter plus d’innovation, donc plus de compétitivité.

Mais pourquoi en appeler aux pouvoirs publics ? Les écoles peuvent décider seules ces rapprochements…
D’une part, les PME ne savent pas toujours qu’elles peuvent se tourner vers les écoles d’ingénieurs, que d’ailleurs elles connaissent mal. Elles n’ont pas, comme les grandes, des services qui entretiennent des contacts avec l’enseignement supérieur ! Il faut une action gouvernementale pour expliquer aux PME pourquoi elles ont intérêt à se rapprocher des écoles d’ingénieurs. D’autre part, il faut des incitations, parce que les PME ne pourront pas toujours dédommager les écoles pour leurs prestations. On pourrait réfléchir à un dispositif comme celui du crédit impôt recherche…


Dans votre courrier, vous préconisez de définir une stratégie industrielle à long terme. Quel rôle pourraient jouer les écoles et leurs élèves dans ce travail ?
Par leur proximité avec le local et ses entreprises, les écoles sont bien placées pour identifier les champs critiques. Pour réfléchir, par exemple, au redéveloppement d’une industrie vers une autre. Cette connaissance des spécificités de chaque région et de ses industriels est une des forces des écoles. A partir de ce travail de terrain, on pourrait définir une stratégie nationale, pour donner de la cohérence, et identifier les secteurs, les métiers de demain.

En tant qu’élèves, quelles sont vos attentes spécifiques ?
Qu’on soutienne encore plus nos formations. Les écoles d’ingénieurs ont fait leurs preuves, elles forment les futurs capitaines d’industrie dont a besoin l’économie française. Il faut notamment  mettre des moyens pour que les élèves puissent partir en mobilité internationale, afin que nos entreprises soient compétitives.

Avez-vous obtenu une réponse à votre lettre ? Quelle est la prochaine étape ?
Nous savons qu’elle a été bien perçue, à l’Elysée comme dans les cabinets ministériels. Une rencontre devrait avoir lieu prochainement au ministère de l’Enseignement supérieur. La prochaine étape pourrait être l’ouverture d’un chantier sur le redressement productif, dans lequel seraient associées bien sûr les entreprises, mais aussi les écoles d’ingénieurs, pour toutes les réflexions sur les PME, notamment. Ce serait un bon moyen de définir une stratégie partagée par tous.

 

 

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