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René Ricol : "Nous avons des moyens de pression"

Par Solène Davesne - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3268

René Ricol, commissaire général à l'investissement, coordonne désormais les dispositifs de soutienaux entreprises, pour prévenir de nouvelles faillites.

L'Usine Nouvelle - Vous travaillez sur les dossiers Photowatt, SeaFrance ou Fonderie du Poitou. Est-ce que la situation vous inquiète ?
René Ricol - Je n'interviens en pompier que sur quelques dossiers. Pour le reste, mon rôle c'est de coordonner l'action des services de l'État, des collectivités locales pour aider les entreprises. Sur le terrain, les gens se parlaient déjà mais il faut accélérer les procédures. Il n'y a pas les mêmes difficultés qu'en 2008. C'est une souffrance plus silencieuse. Les entreprises se sont beaucoup restructurées et savent résister à la crise. Mais le risque est qu'elles réduisent la voilure à coup de miniplans sociaux. C'est pour cela que nous avons réactivé les dispositifs de soutien aux entreprises. Elles doivent venir nous voir. En même temps, nous disposons de nouveaux outils pour agir. Grâce aux investissements d'avenir, on est maintenant capable de brancher une entreprise sur les bons laboratoires de recherche pour trouver la technologie ou les partenariats dont elle a besoin, par exemple.

L'État peut-il vraiment tout faire pour sauver des emplois ?
Sur les dossiers dont je m'occupe, ce qui me frappe c'est que les difficultés sont identifiées depuis longtemps. Mais pour des raisons diverses on a du mal à les régler et les choses dérapent subitement. Chez Photowatt, l'attitude des actionnaires, qui sont allés jusqu'au dépôt de bilan, a précipité les choses. Et comme tout le monde sait qu'on ne laissera pas tomber la filière photovoltaïque, personne n'a fait l'effort de nous présenter un plan crédible. À ce jour, je n'ai toujours pas les chiffres de Photowatt et pourtant ce n'est pas faute de faire des réunions avec eux depuis quatre mois ! On peut pourtant trouver des solutions, à condition de ne pas être dans un cadre rigide. Je ne dis pas qu'être volontariste cela suffit. Dans la filière photovoltaïque, on est face à une concurrence asiatique féroce, mais on sait qu'on peut développer d'ici deux ou trois ans des technologies qui amélioreront la compétitivité et la qualité. En attendant, il faut tenir et pour cela avoir des alliés.

Quelles sont les marges de manoeuvre de l'État ?
Il a d'abord la capacité de mettre de l'argent en investisseur avisé, par l'intermédiaire du FSI. Mais il a aussi un pouvoir de persuasion pour inciter les industriels à jouer le jeu. La Fonderie du Poitou appartient historiquement à Renault. Il paraît logique de demander à Renault d'assurer un volant de commandes suffisant pour faire vivre l'usine. Avec Éric Besson, le ministre de l'Industrie, nous menons des discussions sérieuses avec la direction. C'est l'image de Renault comme partenaire fiable qui est en jeu. Après, vous ne pouvez pas demander de bénéficier des investissements d'avenir dans un partenariat de recherche public-privé et sacrifier des emplois en France. Je suis assez d'accord avec l'idée qu'on ne peut pas demander le soutien de l'État ou des collectivités locales et ne pas renvoyer l'ascenseur en créant de l'emploi. Même dans le cas de groupes étrangers, nous avons les moyens de faire pression. Nous pouvons en effet proposer, si nous pensons que cela en vaut la peine, de co-investir avec les investisseurs étrangers, en partageant les risques

Jusqu'où faut-il aller pour soutenir une entreprise ?
Quand il n'y a pas d'avenir du tout, ce n'est pas la peine de faire semblant. Il est assez rare qu'on nous demande de sauver des entreprises qui n'ont aucune perspective. Mais la Fonderie du Poitou, par exemple, possède un savoir-faire historique dans la culasse, un outil de production en bon état. Il est légitime de dire qu'il y a encore une place pour ce type d'entreprises. Et qu'on aide à financer une reprise.

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