Rencontre avec
Directeur de l'énergie nucléaire au CEA
LE NUCLÉAIRE SERA INDISPENSABLE À L'ÉNERGIE HYDROGÈNE
Il va devenir plus respectueux de l'environnement. Et il permettra, à grande échelle, la production d'hydrogène et le dessalement de l'eau de mer.
" Demain, le nucléaire sera aussi radicalement différent des systèmes d'aujourd'hui que l'ont été la machine à vapeur du TGV, ou encore l'avion à hélice d'Ariane 5. Des systèmes de production, associant nouveaux réacteurs et nouveaux cycles du combustible, devraient sortir des laboratoires des pays les plus en pointe, dans les vingt à trente ans qui viennent. " Manifestement, pour Jacques Bouchard, directeur de l'énergie nucléaire au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le Forum international Génération IV - qui s'est tenu à Tokyo en septembre dernier - est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire du nucléaire. Une très large coopération internationale se met en place. Du jamais vu. Professeur de génie atomique à l'Ecole des mines de Paris, Jacques Bouchard est formel : " Les transports utilisant l'hydrogène ne pourront prendre leur essor sans un développement parallèle du nucléaire. Pas plus qu'on ne pourra assurer l'alimentation en eau potable des grandes agglomérations en Asie, au Proche-Orient ou en Amérique latine sans des procédés économiques de dessalement de l'eau de mer, ce qui passe aussi, inévitablement, par le nucléaire. " Sans parler de la recherche par tous les pays développés d'une moins grande dépendance à l'égard des énergies fossiles, du pétrole et du gaz en particulier. Quatre grands domaines ont été retenus par les dix pays du Forum : l'économie, la sécurité et la sûreté, le développement durable (optimisation des ressources, recyclage le plus complet possible des déchets en essayant d'extraire uniquement les déchets ultimes), et enfin la non-prolifération et la protection physique. Choisis après la consultation d'une centaine d'experts, six concepts ont été sélectionnés : trois réacteurs à neutrons rapides différant par le caloporteur (gaz, plomb ou sodium), un réacteur à gaz à très haute température, un réacteur à eau supercritique et un réacteur à sels fondus. S'il n'y a pas, dans l'immédiat, de budget arrêté (les Etats décideront des moyens supplémentaires à engager ultérieurement), un plan de route précisant les premiers échéanciers a été fixé. " La France, dans un premier programme de recherche à dix ans, va porter l'essentiel de son effort sur les modèles de réacteurs à gaz. Différentes options sont envisagées : soit produire de l'hydrogène grâce aux températures élevées, soit brûler préférentiellement les déchets ", précise Jacques Bouchard. Deux grands projets sont en compétition. Le premier de 200 mégawatts électriques (MWe), présenté par l'Afrique du Sud, est un réacteur dit à boulets (des petites particules enrobées de carbone) développé sur la base d'une ancienne licence de Siemens. Il est soutenu par des électriciens américains et par BNFL-Westinghouse. Le second, baptisé GTMHR et étudié par l'américain General Atomics, développe une puissance unitaire de 280 MWe. A l'intérieur du réacteur, des assemblages combustibles en forme de prisme reprennent un concept déjà travaillé dans les années 1970 par les Américains et les Russes. Mais il faudra " remettre à jour, en liaison avec les industriels, un certain nombre de technologies. Du confinement des îlots nucléaires aux turbines à hélium à cycle direct ", estime Jacques Bouchard.
SON PARCOURS
1939 : Naissance à Dijon (Côte-d'Or).
1962 : Ingénieur de l'Ecole centrale de Paris, diplômé de physique nucléaire.
1964 : Doctorat de physique des réacteurs.
1964 : Entrée au CEA en qualité d'ingénieur.
1975 : Chef du service d'études nucléaires.
1982 : Chef du département des réacteurs à neutrons rapides.
1990 : Directeur des réacteurs nucléaires.
1994 : Directeur des applications militaires.
2000 : Directeur de l'énergie nucléaire au CEA.









