Renault Sport F1 : l'usine du moteur champion du monde
Par PATRICK DESAVIE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3263
Sur le site de Viry-Châtillon, Renault Sport F1 a conçu et développé le moteur ayant permis à Sebastian Vettel de devenir le champion du monde des pilotes en 2010 et en 2011.
Dans l'usine Renault Sport F1 de Viry-Châtillon (Essonne), on sabre le champagne. Une fois encore. Dans ce site protégé, où sont conçus et développés depuis 1976 tous les moteurs de formule 1 frappés du losange, on fête le nouveau titre de champion du monde de Sebastian Vettel, le pilote de l'écurie Red Bull roulant avec un moteur Renault. Hérité du mécanicien de génie Amédée Gordini, l'établissement offre un concentré de haute technologie dans un long écrin de verre bordant l'autoroute A6. Mais pas le temps de se reposer sur ses lauriers, il faut préparer l'avenir. Comme à son habitude, la Fédération internationale de l'automobile (FIA) a joué avec les nerfs des motoristes. À la fin 2010, elle décidait de remplacer le moteur V8 actuellement utilisé par un moteur quatre cylindres dès la saison 2013. En juin, elle changeait de cap en faveur d'un V6 turbocompressé de 1,6 litre.
Du bureau d'études...
La FIA n'a pas pris au dépourvu les équipes pour lesquelles les changements de règles en F1 et la constante recherche d'améliorations constituent le menu quotidien. « On repart de zéro, mais on peut s'appuyer sur une méthodologie qui a fait ses preuves », convient Jean-Christophe Espitalier, concepteur au bureau d'études. Le futur V6 effectuera ses premiers essais en piste en janvier 2014. À ce stade, il devra être validé à 90 %. Le délai de deux ans est d'autant plus court que ce bloc propulseur sera révolutionnaire avec l'obligation d'y introduire deux systèmes électriques de récupération de l'énergie cinétique. Rob White, le directeur général adjoint moteurs de Renault Sport F1, évoque un « défi technique et humain » pour les 250 salariés de l'usine car, parallèlement, cette dernière fournira quatre clients en 2012 : Red Bull, Lotus Renault GP, Team Lotus et Williams. « Ici, nous nous sommes engagés dans une certaine culture : fournir des moteurs à de multiples écuries. Notre approche repose sur une seule définition technique pour la performance et la fiabilité. Les moteurs sont ainsi interchangeables entre les écuries », explique Rob White.
Le bureau d'études, où tout commence, est en ébullition depuis plusieurs mois. « C'est ici que se fait la conception de chaque pièce, avec pour objectif la fiabilité et un coût maîtrisé », précise Jean-Christophe Espitalier. Chaque moteur comprend quelque 4 000 pièces. Réunis sur un immense plateau, les concepteurs sont répartis en quatre pôles : carter et pompes, culasse, haut du moteur et pièces mobiles. Au centre du dispositif, un service calcul est chargé de valider les critères de conception. Les pièces sont fabriquées en sous-traitance avant d'être rassemblées à l'atelier de montage. C'est là, dans un vaste espace lumineux où s'affairent des mécaniciens aux gestes d'horloger, que le moteur prend forme. « Nous travaillons sur les prototypes. Nous assemblons toutes les pièces, mais le premier débroussaillage se fait avec un monocylindre, passé au banc d'essai », détaille Régis Ramaugé, chef d'équipe à l'atelier de montage. Le pôle montage dialogue en permanence avec le bureau d'études et le département essais. Il entretient également une étroite collaboration avec la société Mécachrome située à Aubigny-sur-Nère (Cher), chargée de fabriquer les moteurs en série.
... au banc d'essai
L'organisation de l'usine ne serait pas complète sans un département essais. Ce dernier se compose d'un laboratoire d'électronique travaillant sur la cartographie du moteur (le logiciel qui en contrôle le fonctionnement). Il dispose également de dix bancs d'essai. On y teste soit des organes isolés, soit le moteur tout entier, au double plan de la performance et de l'endurance. « Nous disposons de trois bancs dynamiques permettant de reproduire le fonctionnement du moteur quand la voiture roule en piste », explique Jérôme Tardy, ingénieur d'essais devant un banc simulant le déroulement du grand prix d'Inde, dont l'édition inaugurale a eu lieu à la fin du mois d'octobre. Car chez le motoriste, la fiabilité est une obsession.
1976 Création de Renault Sport et installation dans l'usine Gordini de Viry-Châtillon dans l'Essonne. 1977 Renault devient le pionnier de l'ère des moteurs turbocompressés en F1. 1992 Nigel Mansell est le premier pilote à remporter le titre mondial avec un moteur Renault. 1994 Renault permet à Michael Schumacher de conquérir le premier de ses sept titres mondiaux. 2005-2006 Double titre de champion du monde pour Fernando Alonso avec l'écurie et le moteur Renault. 2011 Sebastian Vettel offre à Renault son neuvième sacre mondial.
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