Renault : encore une affaire
Par Barbara Leblanc - Publié le
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Le déroulé de l’affaire RenaultC'est un nouveau dossier embarrassant pour le constructeur Renault. Selon le Monde daté du 6 mai 2011, deux cadres travaillant en Russie ont été accusés par le groupe de malversations préjudiciables à l’entreprise. Deux ex-salariés qui réclament aujourd’hui d’être reconnus comme victimes. Tout comme les trois cadres licenciés en début d’année.
Cette affaire-là se déroule en 2005 à Moscou. Selon le journal le Monde, deux salariés du groupe, Jean-Marie V. et Laurent P., tous deux en poste dans l’usine d’Avtoframos, sont convoqués le 29 juin par leur responsable hiérarchique, Jean-Michel Jalinier, et par Marc Tixador, responsable de la sécurité du constructeur. Celui-là même qui fait partie de l’équipe de sécurité mêlée à l’affaire de faux espionnage de ce début d’année.
Les deux cadres en question doivent quitter le pays, car ils font l’objet d’importantes menaces d’attentat. Ils s’exécutent et sont rapatriés en France, encadrés de gardes du corps. L’un part avec sa famille, l’autre non. On lui interdit de l'alerter. Contactée par L’Usine Nouvelle, la direction du groupe assure ne pas avoir eu connaissance de ces faits-là.
Détournement d’argent
Les quatre hommes se retrouvent logés dans un hôtel parisien, jusqu’à la convocation des deux cadres par la direction centrale de Renault à Boulogne-Billancourt. Elle les accuse d’avoir détourné de l’argent et d’être à la tête d’une organisation de malfaiteurs, alimentant un fonds islamique tchétchène.
La direction se base alors sur des déclarations d’un salarié d’un fournisseur de l’usine russe de Renault. Il aurait reçu 300 000 euros de sommes occultes reçues dans le cadre de chantiers effectués pour le compte de l’usine russe. Au total, Jean-Marie V est accusé d’avoir détourné entre 5 à 7 millions d’euros, son collègue près de 3 millions.
Devant la justice
Les deux salariés réclament des preuves à la direction. En vain. Sous la pression, Laurent P. finit par démissionner. Quant à Jean-Marie V., il fait de même mais se rétracte quelques jours après. Il est alors licencié pour faute grave. Renault l’accuse notamment d’avoir signé des factures pour des travaux dans l’usine russe ne correspondant pas aux montants effectifs des prestations. Au total, la direction du constructeur lui reproche de lui avoir porté préjudice pour plus de 320 000 euros.
Le salarié décide de se retourner vers le tribunal des Prud’hommes, qui lui donne raison. Le tribunal juge le licenciement non valide pour absence de cause réelle et sérieuse, faute de présentation de preuves de la part de Renault. Pour le constructeur, "il s’agit là de la vision des Prud’hommes, mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de preuves". Renault assure en effet avoir diligenté une entreprise française pour effectuer un audit externe sur cette affaire.
Reste que Renault doit indemniser le salarié à hauteur de 185 000 euros. Mais Jean-Marie V. n’entend pas en rester là. Il attaque une seconde fois Renault devant le tribunal de grande instance de Nanterre cette fois, afin d’obtenir des réparations pour son épouse et ses enfants pour le traumatisme subi. Le constructeur doit encore mettre la main à la poche, les plaignants obtenant 23 000 euros.
Accréditer des budgets
Selon les deux salariés, toute cette affaire ne tient pas à grand-chose, seulement à une question budgétaire. En effet, d’après eux, 2005 correspond à l’arrivée de Carlos Ghosn à la tête de Renault. Mais aussi à l’année de publication d’un audit précisant que les budgets sécurité du groupe sont trop élevés au regard du nombre d’affaires débusquées, notamment en Russie et au Brésil. Une bonne manière selon eux d’accréditer ces budgets.
Malgré cette histoire, les deux cadres n’entendent pas attaquer le groupe en justice. Mais se basant sur l’affaire du début d’année 2011, ils veulent simplement retrouver leur honneur volé et obtenir des excuses.
Reste à savoir la position que prendra la direction du groupe dans ce dossier. Contactée par L’Usine Nouvelle, elle explique avoir entrepris une large réorganisation de son système de sécurité et d’éthique depuis la survenance de la pseudo-affaire d’espionnage de début d’année. "Cela devrait permettre d’éviter de nouvelles affaires de ce genre", assure un porte-parole.

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