imprimer

Rémy Cointreau mise sur l'Asie et les Etats-Unis

Publié le

par Pascale Denis et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Rémy Cointreau affiche son optimisme pour 2012, estimant que la puissante dynamique chinoise et le redressement du marché américain lui permettront de compenser la faiblesse des marchés européens frappés par la crise.

Le groupe, propriétaire du cognac Rémy Martin, de la liqueur Cointreau et du rhum Mount Gay, a réalisé de "très bonnes" ventes de Noël et devrait voir sa croissance organique du troisième trimestre (octobre-décembre 2011) dépasser ses attentes, a déclaré à Reuters son directeur général, lors d'une interview.

"Le message, c'est que les bonnes tendances devraient se poursuivre", a dit Jean-Marie Laborde.

Au premier semestre de son exercice clos le 31 mars 2012, Rémy Cointreau a vu sa croissance organique atteindre 18%, tirée par une demande de cognac véritablement explosive en Chine.

Le directeur général, qui n'a pas indiqué le niveau de croissance initialement attendu par le groupe au 3e trimestre, a précisé que les commandes de cognac pour le Nouvel an chinois étaient "en forte hausse" par rapport à l'an dernier.

Rémy a aussi bénéficié d'un effet calendaire favorable. Le Nouvel an chinois tombant cette année le 23 janvier, plus tôt qu'en 2011, l'essentiel des commandes a été passé en fin d'année.

Jean-Marie Laborde a également indiqué que le troisième trimestre avait "confirmé le redressement du marché américain" et estimé que l'Europe avait "plutôt bien résisté" malgré la crise de la dette et une consommation en berne.

Les tendances sont restées négatives en Europe du sud, en Grèce et en Espagne, et la France a affiché un "léger recul", tandis que le Royaume-Uni a signé une "réelle croissance", a-t-il dit.

CROISSANCE DE PLUS DE 30% EN RUSSIE

Surtout, les faibles performances en Europe occidentale ont été compensées par une remarquable progression des ventes en Russie, où la croissance dépasse les 30%, après une chute de même ampleur pendant la crise de 2009-2010.

Interrogé sur les perspectives du groupe à douze mois, Jean-Marie Laborde a dit attendre une croissance en volume "très solide et à deux chiffres" en Asie (40% des ventes du groupe au premier semestre), précisant ne percevoir "aucun signe de ralentissement de son activité en Chine à court ou moyen terme".

Il anticipe une croissance "supérieure à 5%" - en volume toujours - aux Etats-Unis (31% des ventes) et d'environ 3% en Europe (29% des ventes), la dynamique des pays de l'Est compensant un marché atone dans les pays d'Europe occidentale.

"Le pire est passé pour nous en Europe du Sud", a tenu à préciser Jean-Marie Laborde, faisant allusion au brandy grec Metaxa, dont les ventes ont renoué avec la croissance au premier semestre après deux ans de baisse, mais sur des bases de comparaison historiquement faibles.

Concernant le cognac Rémy Martin, fleuron d'un groupe dont les origines remontent au 18e siècle, les perspectives semblent pour le moins porteuses.

Le cognac, qui pèse d'ores et déjà 60% des ventes et 80% des profits du groupe, a surtout profité d'une demande explosive en Chine, qui devrait devenir dès cette année le premier marché de Rémy Cointreau devant les Etats-Unis.

10 À 15 MILLIONS DE NOUVEAUX CONSOMMATEURS PAR AN

Avec l'essor de l'économie chinoise depuis dix ans, ce sont, chaque année, 10 à 15 millions de nouveaux consommateurs à fort pouvoir d'achat qui arrivent sur le marché.

"L'objectif, c'est davantage de conquérir ces nouveaux consommateurs que d'en prendre aux concurrents", a observé Jean-Marie Laborde dans un sourire.

Le marché du cognac est dominé, en volumes vendus, par Hennessy (groupe LVMH), suivi par Martell (Pernod Ricard), Rémy Martin arrivant en troisième position.

Rémy Martin réalise déjà 62% de ses ventes en Asie (principalement en Chine) et profite à plein de sa stratégie de montée en gamme, la clientèle chinoise se ruant sur les eaux-de-vie chères qu'elle consomme surtout au restaurant, dans des clubs de karaoké ou des boîtes de nuit.

Les qualités supérieures, débutant à 120 euros la bouteille pour des variétés "XO" (extra-old) et pouvant dépasser les 2.000 euros pour les assemblages d'eaux de vie les plus anciennes (Louis XIII), comptent ainsi pour la moitié des ventes réalisées dans le pays.

PAS DE PRÉCIPITATION POUR UNE ACQUISITION

Interrogé sur la stratégie d'acquisition du groupe, qui a déjà dit viser l'achat d'une marque haut de gamme, que ce soit une liqueur, un whisky ou un bourbon, Jean-Marie Laborde a assuré ne pas être pressé.

Les cibles sont rares et chères et cela peut prendre du temps, a-t-il reconnu. "Nous ne serons pas désespérés si cela ne se fait pas dans les six mois (...) Mais raisonnablement, dans les deux ans, nous aurons annoncé quelque chose", a-t-il dit.

En Bourse, le titre, qui a grimpé de 17% en 2011 et a touché un nouveau plus haut historique mercredi à 65,50 euros, affiche les multiples de valorisation parmi les plus élevés du secteur.

Plus proches de ceux du luxe que de l'industrie des vins et spiritueux, ils ressortent à plus de 19 fois les bénéfices estimés pour 2012, contre plus de 14 fois pour ses deux grands concurrents, le britannique Diageo, numéro un mondial, et le français Pernod Ricard, numéro deux.

Le titre a amplifié ses gains après ces déclarations. Vers 10h30, il progressait ainsi de 1,20% à 65,18 euros, portant sa capitalisation boursière à 3,2 milliards d'euros.

Les familles fondatrices du groupe, Hériard Dubreuil et Cointreau, contrôlent 57% du groupe. Rémy a aussi associé à son capital une coopérative de viticulteurs de Grande et Petite Champagne, les deux crus les plus prestigieux du terroir de cognac, nouant ainsi des liens lui permettant de sécuriser ses approvisionnements sur le long terme.

En poste depuis 2004, Jean-Marie Laborde, 63 ans, est le premier directeur général de l'entreprise non issu des familles fondatrices. Il a fait l'essentiel de sa carrière dans le secteur des vins & spiritueux, ayant dirigé pendant huit ans les champagnes de LVMH après avoir passé 20 ans chez Pernod Ricard.

Le groupe publiera son chiffre d'affaires du troisième trimestre le 19 janvier.

Edité par Marc Angrand

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Les articles liés :

Rémy Cointreau profite de l’attrait des spiritueux aux Etats-Unis et en Asie
Le groupe de vins et de spiritueux affiche un chiffre d’affaires annuel en forte hausse en 2011. Rémy Cointreau a confirmé ses objectifs pour l’année 2012/2013 le 24 avril après de bons résultats en 2011/2012.Son  chiffre d’affaires a […]

Rémy Cointreau porté par la demande de cognac au 1er trimestre
PARIS (Reuters) - Rémy Cointreau a vu son chiffre d'affaires grimper de 16,2% au premier trimestre, porté par une demande de cognac qui ne faiblit pas. Les ventes du numéro deux français des spiritueux ont atteint 198,6 millions […]

Bourse de Paris : les valeurs à suivre à la mi-séance du jour
le CAC 40 progresse de 1,08% à 3.132,27 points à 12h09 mardi à la Bourse de Paris.  L'indice parisien reprenant quelques couleurs, comme ses homologues européens, après sa chute de 2,8% la veille. * MICHELIN (+7,54%) est en tête des […]


Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter