Rémunération des dirigeants : vers un affrontement Medef gouvernement

Le 20 mars 2009 par Redaction L'Usine Nouvelle
Reuters-laurence-parisot-medef

  Laurence Parisot a rejeté les demandes du gouvernement de « réguler » les salaires des mandataires sociaux. Le Premier ministre a répliqué en annonçant une loi pour régler les excès. Entre temps, le plan de stock-options de la Société Générale a enflammé

La réponse ne s'est pas fait attendre. Au gouvernement qui demandait au Medef de proposer avant le 31 mars 2009 un dispositif d'encadrement des rémunérations des dirigeants qui licencient ou recourent au chômage partiel, Laurence Parisot a répondu clairement non. Interrogée sur Europe 1, la présidente a expliqué qu'elle n'avait pas les moyens d'obliger les dirigeants d'entreprise. Et quand bien même les aurait elle, Laurence Parisot a indiqué qu'elle n'en avait pas le « désir », rappelant que le Medef « a une autorité morale, pas plus que ça ». Légaliste, la présidente du Medef estime que le montant des rémunérations est décidé dans le cadre d'un contrat entre le conseil d'administration et le mandataire social.

Face aux premières demandes du gouvernement à ce sujet en 2008, le Medef avait édicté avec l'Association française des entreprises privées (Afep) un guide de bonnes pratiques. Le syndicat patronal n'entend pas aller au-delà, plaçant le gouvernement face à ses responsabilités.

Le gouvernement légifèrera

Sur TF1, le Premier ministre François Fillon a indiqué que le gouvernement proposera une loi si rien n'est fait. Il s'en est pris aux chefs d'entreprise qui se serviraient « des salaires astronomiques », avant d'ajouter « les parts variables, compte tenu de la situation économique devraient être variables à la baisse ».

D'ores et déjà, les sénateurs socialistes envisagent de déposer un projet de loi dit « Obama » faisant référence au débat consécutif à la révélation des bonus versés aux responsables de l'assureur AIG, sauvé par le contribuable américain. Le projet socialiste consisterait à mettre en place une « surimposition de solidarité » pour les revenus supérieurs à 380 000 euros. En effet, le président américain ne pouvant empêcher le paiement des bonus a choisi de récupérer les sommes estimées indues par un surplus d'imposition. Le gouvernement français est dans une situation plus complexe d'un point de vue politique, puisqu'il vient de refuser sans ambiguïté la levée même provisoire du bouclier fiscal, le chef de l'Etat rappelant avec force qu'il n'a pas « été élu pour augmenter les impôts ». Autrement dit, la moralisation du capitalisme ne passe pas pour lui par une hausse de la fiscalité des plus hauts revenus et patrimoines.

Les stocks options de la Générale unanimement condamnés

Le débat a été relancé et est devenu un peu plus confus, avec les réactions au versement de stock-options (voit encadré) aux dirigeants de la Société Générale. Bien que celles-ci ne soient pas des bonus au sens strict, la condamnation est unanime, allant de Bernard Thibault, leader de la CGT à ... Luc Châtel, porte-parole du gouvernement. Ce dernier a jugé « indécent » l'octroi de stock-options aux cadres dirigeants. La ministre de l'économie Christine Lagarde leur a, pour sa part, demandé de ne pas exercer leur option, ce à quoi les mandataires sociaux de la Générale se sont engagés en début d'après-midi.

Le plan de la Société Générale subordonnait pourtant la levée d'options aux résultats à venir de l'actuel management de la banque. On était donc très loin des bonus versés aux dirigeants d'entreprises qui recourent au chômage partiel, qui était le point de départ de la discussion entre le Medef et le gouvernement.
Pour sa part, l'Afep qui regroupe les principales entreprises du CAC 40, n'a pas, pour le moment, réagi officiellement à ces polémiques.

Christophe Bys

Comment ça marche une stock-option ?

Elément de rémunération des managers, les stock options sont le plus souvent délivrés dans le cadre de plan. Cela donne au bénéficiaire un droit d'acheter à une date prévue, un nombre prévu d'actions à un prix convenu d'avance, bien évidemment plus faible que le cours prévu. Autrement dit, si la stratégie suivie est payante, le dirigeant sera récompensé puisqu'en exerçant ses options, il empochera une plus-value.

D'un point de vue historique, ces modes de rémunérations ont été inventés pour éviter que les managers n'aient des stratégies non conformes aux intérêts des actionnaires. En leur donnant la possibilité d'acquérir des titres à un tarif préférentiel, les actionnaires s'assuraient que leurs mandataires auraient à cœur de faire augmenter le cours de l'action.

Depuis le début de la crise financière, ces formes de rémunération sont de plus en plus mises en cause : on leur reproche d'avoir fait prendre des risques inconsidérés aux entreprises, notamment aux banques. En outre, elles auraient accentués la financiarisation des entreprises : l'augmentation du cours de bourse devenant la seule stratégie...

Dans le cas de la Société générale, il s'agit de stock-options des plus classiques. L'option ne pourra pas être levée avant 3 ans. Les mandataires sociaux ne pourront pas acheter d'actions au cours convenu aujourd'hui (24,45 euros) avant 2012. Ils devront attendre encore 4 ans avant de céder ces titres. Toutefois, si la performance de la banque est en-deça d'un indicateur, tout ou partie de ces options seront perdus. A l'inverse, en cas de sur-performance, elles pourront être pleinement levées.

A noter enfin, que dans ce cas, les possibilités de plus-value devraient être importantes. En effet, le prix pour exercer l'option est de 24,45 euros, la moyenne des cours durant les 20 jours précédant la signature du plan. Si la banque enregistre des performances supérieures à la moyenne ces prochaines années, nul doute que le cours aura nettement crû.

imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article sur Wikio Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de l'Info


Effectuer une autre recherche

Rechercher


FRANCE
Sélectionnez une région sur la carte ou par le menu déroulant

À la une

Sites du groupe

Le Portail de l'Industrie LSA, Grande Consommation Industrie & Technologies EmploiPro

Economie et industrie   |   Recherche d'emploi et conjoncture   |   Industrie et énergie   |   Grenelle de l'environnement et développement durable   |   Agroalimentaire : l'actualité des entreprises   |   La semaine de l'industrie dans vos régions   |   Chimie, industrie pharmaceutique et biomédicaments