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Réformer ou mourir, le défi de l'économie européenne

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le
drapeau europe
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Le colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » organisé par le ministre de l’industrie Eric Besson s’est ouvert pour deux jours ce 6 janvier au matin au ministère des finances à Paris Bercy. L’occasion pour un plateau de choix de livrer un diagnostic contrasté sur les perspectives économiques de l’Europe et de dessiner les conditions du rebond. Notamment pour l’industrie.

Pour le premier ministre François Fillon, qui a ouvert avec son alter-ego grec George Papandréou, ce colloque parisien (accueillant notamment les ministres des finances britannique, français, polonais ou italien)  la crise met crument en lumière le basculement accéléré du monde vers les pays émergents. Ces pays représentent désormais "50% du PIB mondial contre 30% voilà 20 ans et détiennent 80% des réserves de change de la planète". Alors que le Vieux monde se débat dans les pires difficultés, les nouvelles puissances industrielles : Chine, Brésil, Inde, Indonésie… sont elles confrontées à la surchauffe.

C’est donc le défi du siècle pour les pays développés et au premier chef l’Europe. Si ce diagnostic ne fait guère débat, la question est de trouver un remède "au pessimisme et au manque de confiance" qui taraudent les Etats-Unis et l’Europe, selon le verdict de George Osborne, le chancelier de l’échiquier britannique.

Pour ce poids lourd du gouvernement britannique arrivé au pouvoir l’an dernier, pas de doute : tout commence par la mise en ordre de la maison. "Notre gouvernement confronté à son arrivée au pire déficit du G20 et de l’Europe à plus de 11% du PIB est en train de montrer que l’on peut agir et faire en sorte que ces questions budgétaires soient maitrisées même si c’est douloureux pour le pays".

Au-delà des problèmes britanniques, George Osborne en appelle aussi à ses homologues européens. Et au premier chef à ceux de l’Eurozone. A eux de mettre en place "vite", c’est à dire "dans les mois qui viennent " un fonds de secours permanent pour les pays membre de la zone euro en difficulté qui soit "convaincant" afin de rétablir la confiance dans l’économie européenne. Une manière polie de signifier qu’à son avis les débats menés en 2010 sur la gouvernance de l’Euro n’étaient pas aboutis. Lâchant, "il est dans l'intérêt du Royaume-Uni que l'euro soit un grand succès".

Au-delà des cruciaux sujets monétaires se pose, bien sûr, la question de la place de l’économie et l’industrie européenne dans le monde. A ce sujet l’italien Antonio Tajani, Commissaire européen en charge de l'industrie s’est lancé, à Paris, dans un vigoureux plaidoyer pour la défense de l’industrie, un peu à l’image des propos récent d’Eric Besson dans une interview au Monde ce 6 janvier. Pour Antonio Tajani, la crise a montré combien la santé d’un pays reposait sur l’économie réelle et pas les banques et la finance qui ne peuvent prospérer que sur un socle industriel fort.

L’Europe, selon lui, dispose de très bons  joueurs de classe mondiale (ses champions industriels), d’un marché de 500 millions d’habitant, de 200 millions de travailleurs qualifiés, de 20 millions d’entrepreneurs et d’une multitude de clusters technologique de classe internationale. Tout cela est extrêmement positif, mais attention, avertit-il, dans le monde globalisé, il faut que "toutes les équipes respectent les mêmes règles, qu’il y ait réciprocité", faisant allusion aux règles de concurrence parfois faussées dans certains pays émergents.



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Allant plus loin, ce commissaire européen se dit « à titre personnel » en réflexion sur un système de contrôle des investissements étrangers en Europe, à l’image de ce qui existe en Chine ou aux Etats-Unis. "Je suis pour les investissements en Europe s’il s’agit de développer des entreprises". Pour lui il faut bien vérifier les buts, faisant ainsi allusion aux risques de détournements de savoir-faire ou de marques.

Le Commissaire s’est dit aussi favorable à une meilleure protection de la propriété intellectuelle et des actifs stratégiques comme les matières premières, un sujet sur lequel la Commission fera une communication dans quelques jours. Il a aussi évoqué rapidement les sujets sur lesquels l’Union devait jouer un rôle comme d’accompagner les engagements des Etats membres dans le cadre de la stratégie 2020 sur les objectifs en matière de R&D (3% du PIB). Ou le financement d’infrastructures de transport, d’énergie et de communication à l’échelon européen. Reposant par là plus largement la question de la politique économique européenne.

En la matière, François Fillon s’est prononcé - sujet sensible -  pour une plus grande convergence fiscale et même sociale au sein de l’Eurogroupe (saluant au passage "positivement" le récent débat en France sur le temps de travail). Comme George Papandreou ou Giulio Tremonti, le ministre italien de l'Économie, le premier ministre français se dit en faveur des "eurobonds", ces obligations qui pourraient être émises au plan européen pour mettre partiellement à l’abri les pays en difficulté de la rigueur des marchés, voire financer des projets européens. Un sujet contre lequel Berlin est vent debout. Mais à Paris en ce jour de janvier il n’y avait pas d’invité allemand...

Au-delà de ses bisbilles européennes, c’est Aart de GEUS, Secrétaire général adjoint de l’OCDE qui a sans doute eu le mot le plus cruel de la matinée. "L’Europe est la championne de la démocratie, à notre grande satisfaction. Mais si elle ne se réforme pas, son modèle n’intéressera plus personne. Pour les pays africain, le modèle chinois ne peut-il paraitre plus attractif ?"

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1 réaction

RA | 07/01/2011 - 10H07

Enfin on semble se réveiller!

Il est choquant de lire le chancelier de l'échiquier britannique formuler des voeux pour la réussite de l'euro alors que son pays ne l'a pas adopté. Perfidie ou ironie? Rester en dehors du navire Europe en attendant qu'il coule a souvent été la posture UK...

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