RecrutementLes jeunes diplômés jugent les entreprisesSelon de récentes enquêtes, les bac+5 ne comptent que sur eux-mêmes dans la crise de l'emploi. Ni postsoixante-huitards, ni jeunes loups des années80, ils privilégient leur vie privée mais ne sont pas insensibles aux sirènes des PME/PMI.

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2459

Recrutement

Les jeunes diplômés jugent les entreprises

Selon de récentes enquêtes, les bac+5 ne comptent que sur eux-mêmes dans la crise de l'emploi. Ni postsoixante-huitards, ni jeunes loups des années80, ils privilégient leur vie privée mais ne sont pas insensibles aux sirènes des PME/PMI.



Le vent de la reprise semble souffler dans la bonne direction pour les jeunes diplômés. Les sondages qui tentent de cerner leurs attentes et leurs attitudes face au premier emploi se multiplient. De Coopers and Lybrand, cabinet d'audit et de conseil, à l'Ecole des hautes etudes industrielles du Nord (HEI), en passant par Arkana (société de conseil), qui a, elle, interrogé les jeunes diplômés sur leur perception de la PME, la même interrogation subsiste: la crise aurait-elle ébranlé la motivation des bac+5 et changé leur comportement face au premier emploi? La réponse est positive. La crise a bel et bien entraîné un mouvement de désengagement des jeunes envers les notions d'emploi et d'implication dans l'entreprise. A ce titre, la réponse à la question: "Qu'est-ce qui est le plus important pour vous dans votre vie?", posée par CoopersandLybrand aux six cents étudiants d'écoles d'ingénieurs, de commerce et d'universités de niveau bac+5, est édifiante. Les jeunes mettent en avant l'épanouissement personnel (81%), les amis et la famille (64%). Le travail n'arrive qu'en quatrième position avec un score piteux de 37%. "Ces trois points surclassent largement les valeurs des "golden boys" des années80 (le travail, l'argent, la réussite sociale, le pouvoir) et celles des générations précédentes (la culture, le temps libre, l'apport à la société)", note le cabinet d'audit. Si, au cours des premières années de leur vie professionnelle, la nouvelle génération des bac+5 est relativement (à 41%) décidée à faire passer le travail avant tout le reste, à terme, 63% d'entre eux comptent bien privilégier leur vie familiale. Même son de cloche du côté des étudiants des grandes écoles de commerce du Nord sondés par Arkana. A 90%, ils estiment que, à terme, leur vie personnelle sera au moins aussi importante que leur vie professionnelle. Une tendance de fond qui risque fort de décevoir les grands groupes à la recherche des moutons à cinq pattes. Seulement voilà, si l'intérêt des jeunes diplômés pour les PME est évident, l'enquête du cabinet Arkana, réalisée à la demande de la CCI de Lille-Roubaix et Tourcoing, montre qu'il reste très nuancé. Deux profils se dégagent nettement des six groupes d'attitudes. Au premier rang, il y a ceux qu'Arkana baptise "les convaincus" (22%): ils ne supportent pas les grosses structures et sont très attirés par la polyvalence et les possibilités d'accession rapide à des postes stratégiques. Au second rang, "les opportunistes" (21%) n'ont pas très envie d'aller en PME, mais ils veulent bien tout de même y faire un passage avant de faire carrière ailleurs. "Faute de grives on mange des merles" pourrait être la devise de ces derniers. "Les battants" (17%), eux, n'ont pas pour critère de choix la taille de l'entreprise mais n'ont qu'une envie: prendre des risques. A l'opposé, "les conventionnels" (14%) quitteront la PME à la première occasion, "les dubitatifs" (16%) ne sont pas très concernés par le monde de l'entreprise. Enfin, "les mandarins" (10%) ne jurent que par les grands groupes. "Le système de formation des grandes écoles prépare les jeunes depuis des années à intégrer des grandes entreprises. Ils n'ont donc pas le réflexe PME, sans compter qu'il n'existe aucune interface entre étudiants et petites entreprises", déplore Claude Baco, directeur du cabinet d'études Arkana. Pourtant, sur le terrain de l'épanouissement personnel, cher aux bac+5, la PME est plutôt bien placée. Car, du côté des patrons des petites structures, c'est la personnalité de l'homme qui prime et non pas son parchemin. Et, si le diplôme peut être l'une des clés, il est rarement suffisant pour emporter l'adhésion. Les étudiants d'HEI semblent l'avoir compris qui sont 29% (pour les première année) et 25% (pour les quatrième année) à envisager de démarrer en PME, contre seulement respectivement 33% et 39% pour les grandes entreprises. Reste aux PME à attraper la balle au bond.





Grands groupes cherchent moutons à cinq pattes

"Souci du détail", "courage", "continuer à apprendre", "capacité à tenir longtemps une fonction", la liste s'allonge des attentes des entreprises envers leurs jeunes collaborateurs. L'ESC La Rochelle a mené l'enquête auprès de cent entreprises, principalement des grandes, sur leurs attentes en matière de comportements et d'attitudes des jeunes diplômés. Principal enseignement: les entreprises en demandent beaucoup et ont renforcé leurs exigences sous la pression de la crise. Adaptabilité, professionnalisme, maturité, capacité à évoluer sont les critères les plus souvent cités. "La génération de la fin des années80 se désinvestit, note-t-on à l'ESC La Rochelle. Il est important que la nouvelle génération sache s'investir." Ils devront donc savoir rester tard, prendre des initiatives quand le chef n'est pas là, faire montre d'un bon potentiel d'évolution et prouver qu'ils sont polyvalents. Un dernier item qui oblige les grandes écoles à faire le grand écart entre les spécialistes et les généralistes.





USINE NOUVELLE - N°2459 -

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