RECHERCHEDES THERAPIES LOCALES POUR LES PME DU BIOMEDICALAutour des laboratoires et des CHU, les pôles de génie biomédical s'efforcent d'aider l'industrie française à peser d'un poids plus conforme à la renommée de ses médecins et chercheurs. Leurs priorités : transferts de technologies et inform...
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2583RECHERCHE
DES THERAPIES LOCALES POUR LES PME DU BIOMEDICAL
Autour des laboratoires et des CHU, les pôles de génie biomédical s'efforcent d'aider l'industrie française à peser d'un poids plus conforme à la renommée de ses médecins et chercheurs. Leurs priorités : transferts de technologies et information sur la réglementation.
Dans les tout prochains mois, IDM, une jeune PMI de l'immunothérapie qui emploie 11 personnes pour 1 million de francs de chiffre d'affaires, commercialisera un processeur cellulaire destiné à traiter le cancer par stimulation des cellules immunitaires. Minervia (400 000 francs de chiffre d'affaires, 2 personnes), Dans ce même secteur, vient de s'engager dans une démarche de marquage " CE " de ses instruments de chirurgie endoscopique. En Languedoc-Roussillon, 21 sociétés, totalisant 1 milliard de francs de chiffre d'affaires et 900 salariés, profitent de tarifs préférentiels de transport auprès de TAT ou de Jet Services. Trois situations apparemment sans lien entre elles. Pourtant, elles résultent des actions menées par des structures régionales de génie biomédical : le pôle du génie biomédical francilien, à travers le Bio Critt pour IDM, l'association Bordeaux Santé Aquitaine (BSA) pour Minervia, et le Gimed (Groupement des industries médicales du Languedoc-Roussillon) pour les entreprises languedociennes. " Sans le Bio Critt, je n'en serais pas encore là ", admet d'ailleurs Jean-Loup Romet-Lemonne, P-DG d'IDM. Car ces centres et groupements - une quinzaine en France, créés en général à l'initiative des régions - soutiennent activement, à l'échelon local, le développement des entreprises du génie biomédical. Par des transferts de technologie, tout d'abord. Les pôles de génie biomédical associent universitaires, entrepreneurs et administrations (Drire, conseils régionaux...). Et ils cherchent à encourager, le plus souvent par des appels à propositions réguliers, les transferts entre une recherche publique de haut niveau, une médecine renommée et des entreprises innovantes, mais handicapées par leur taille : 90 % des 400 entreprises françaises du génie biomédical emploient moins de 50 salariés et réalisent globalement 20 à 25 % des 27 milliards de francs générés par le secteur.
Un regroupement bénéfique des compétences et des moyens
Les industriels en retirent des bénéfices très concrets. En Aquitaine, par exemple, le conseil régional travaille à la constitution, autour du CHU et de l'Université de Bordeaux, d'un pôle international de compétences dans les biomatériaux et l'imagerie. Pour Ovi (7 millions de francs de chiffre d'affaires, 9 personnes), qui a collaboré avec un laboratoire local de l'Inserm, cette initiative a déjà débouché sur la mise au point de membranes résorbables. Une telle opération attire aussi de grands noms : Philips Systèmes médicaux va détacher des chercheurs en IRM en Gironde. En Rhône-Alpes, les actions conduites n'ont pas été étrangères à la décision du champenois Landanger- Camus (501 millions de francs de chiffre d'affaires, 600 personnes) de regrouper les chercheurs de ses filiales Médinov et AMP (implants orthopédiques) à Roanne. Autre intérêt de ces pôles : ils distribuent souvent les financements régionaux pour l'innovation technologique, qu'ils s'appellent PCT ou Aritt en Ile-de-France, Britta ou Farita en Bretagne... Ces structures apportent également toute une palette de services, veille technologique, conseil en propriété industrielle, formation à la qualité... " Des petites entreprises ignorent encore bien des aspects réglementaires d'un système de santé très complexe ", note Gérard Trouyez, président de l'Agence rhônalpine pour les technologies biomédicales (Arteb). A l'heure du marquage " CE ", tous mettent donc l'accent sur la réglementation. Le Bio Critt Ile-de-France va au-delà. Il a aidé le fondateur d'IDM en intervenant pour obtenir des aides de l'Anvar, analyser son portefeuille de brevets, trouver une société de capital-risque et des partenaires industriels. Un soutien qui devrait contribuer à amener IDM à 50 millions de francs de chiffre d'affaires d'ici à l'an 2000. De même, pour Seremm Industrie, un fabricant de prothèses orthopédiques (9 millions de francs de chiffre d'affaires, 13 personnes), il a notamment trouvé des agents commerciaux au Moyen-Orient. BSA, de son côté, édite un annuaire des entreprises de santé en Aquitaine pour aider les sociétés à rechercher des partenaires ou des sous-traitants. Mais ce n'est pas forcément suffisant : face à la multitude d'acteurs, un fédérateur peut se révéler nécessaire. A Montpellier, 21 entreprises se sont réunies au sein du Gimed, afin d'échanger leurs expériences, d'optimiser leurs achats, et, surtout, de promouvoir leurs activités en France, auprès des CHU, mais aussi à l'international. Un succès. La preuve : les secteurs de l'environnement et du multimédia de la région copient la formule.
Rhône-alpes
pratiquement toutes les spécialités
Un potentiel de recherche médicale considérable, de puissantes infrastructures hospitalo-universitaires : la région Rhône-Alpes ne manque pas d'atouts. Pour avoir su valoriser les connaissances disponibles dans la centaine de laboratoires régionaux du génie biomédical, des industriels du textile, de l'électronique, de l'informatique ou de la mécanique ont trouvé de nouveaux débouchés com- merciaux. En quelques années, l'émergence de ce secteur a favorisé la création d'environ 300 entreprises (fabricants, sous-traitants et distributeurs), employant 5 000 salariés et réalisant plus de 4 milliards de francs de chiffre d'affaires. La région est devenue le deuxième pôle français, avec près de 20 % du potentiel national. Elle est particulièrement bien placée dans les bioréactifs, le matériel de diagnostic in vitro et les instruments informatisés d'analyse biologique. Elle représente aussi un tiers de l'activité nationale dans les biomatériaux grâce à Coletica (compresses et pansements à base de collagène) et Flamel Technologies (microcapsules biocompatibles), et les prothèses, avec Tornier, Serf, AMP/Médinov. De plus, la présence des groupes allemand Fresenius-Smad et suédois Hospal Industrie, qui emploient 600 salariés dans leurs unités lyonnaises, fait de Rhône-Alpes un pôle européen de l'hémodialyse. Diversifié par ses applications, ce pôle l'est aussi par la taille de ses entreprises. Biomérieux, leader français des réactifs de diagnostic avec plus de 2 milliards de francs de chiffre d'affaires, ou Aguettant (matériels de perfusion, solutés injectables) côtoient des petits, comme Ymmuno Partners, spécialisée dans les anticorps monoclonaux de rat destinés à élaborer des kits de détection, Biomatech (évaluation du comportement des biomatériaux), qui, en huit ans, a créé 30 emplois, ou encore Cornéal, qui produit 400 000 lentilles intraoculaires par an à Annecy et qui a déposé une dizaine de brevets en un an. Même réussite dans les Alpes. L'américain Becton Dickinson emploie un millier de salariés à Grenoble. Implanté plus récemment dans la région, l'allemand Boehringer Mannheim compte déjà 300 salariés dans le diagnostic biologique et les réactifs. Dans l'agglomération grenobloise, c'est l'instrumentation médicale, née dans le giron du Laboratoire d'électronique, technologie et informatique (Leti), qui connaît un essor rapide. Grâce à la mise en oeuvre de microcapteurs, de petites structures foisonnent dans la robotique (Immi), l'électronique (Ela Médical pour les stimulateurs cardiaques) ou la recherche (Bio-Logic). Soucieux de diversifier ses marchés, le textile stéphanois dans la Loire est devenu un pôle de compétences dans le domaine des tissus techniques à usage médical et paramédical. Tricotages élastiques du Forez réalise 100 millions de francs de chiffre d'affaires dans les bas médicaux et orthèses ligamentaires.
De même, pour accélérer son développement dans les textiles à usage médical et sportif, Thuasne a récemment investi dans une nouvelle unité de production à Saint-Etienne. Plusieurs autres PME font preuve d'un bel entrain : Gibaud avec sa célèbre ceinture et ses articles de contention, Granjard (vêtements hospitaliers), UGB (gaze à usage médical) et Molinier Industrie (bande extensible).
Cinq leaders de la région
· Biomérieux (Rhône), leader mondial des réactifs bactériologiques. 1 000 salariés, 2,4 milliards de francs de chiffre d'affaires.
· Becton Dickinson France (Isère), leader des seringues en verre et systèmes d'injection. 1 000 salariés, 1,5 milliard de francs.
· Thuasne (Loire), leader français de la contention médicale. 450 salariés, 360 millions de francs.
· Hospal Industrie (Rhône), hémodialyseurs. 425 salariés, 350 millions de francs.
· Cornéal (Haute-Savoie), implants intraoculaires. 130 salariés, 100 millions de francs.
Haute-Marne
Tradition et complémentarité pour l'instrumentation
Un savoir-faire centenaire, mais aucune structure de recherche ou hospitalo- universitaire d'appui : en Haute-Marne, l'instrumentation médico-chirurgicale compte d'abord sur ses propres forces, en dehors du Critt Matériaux, dépôts et traitements de surface de Charleville-Mézières (Ardennes). La région n'en constitue pas moins le principal pôle français d'instruments de chirurgie. Une industrie, directement issue de la coutellerie, métier traditionnel du bassin de Nogent-Chaumont, et une filière complète. En amont, des forgerons pour les ébauches tels que Marle, un spécialiste du matriçage d'implants, passé de 11 à 66 personnes en quinze ans. En aval, deux PME chaumontaises : Landanger-Landos (filiale de Landanger-Camus) et la filiale française de l'allemand Aesculap (200 personnes, 180 millions de francs de chiffre d'affaires). Toutes deux se sont diversifiées depuis longtemps dans les prothèses orthopédiques, mais restent actives dans l'instrumentation, sous-traitant aux Nogentais certaines fabrications ou inscrivant leurs produits à leurs catalogues. Ici, les fabricants - une douzaine d'entreprises de moins de 50 personnes - misent sur la complémentarité et la solidarité industrielles. Et n'hésitent pas à faire appel à un confrère en période de surcharge ou à sous-traiter des opérations à une société mieux outillée. Ainsi, Lasserteux (7 millions de francs de chiffre d'affaires) confie des travaux de polissage électrolytique à Oury-Guyé & Fils (15 millions de francs de chiffre d'affaires) et réalise en contrepartie des opérations de soudure sous argon. Ils produisent aussi de plus en plus d'instruments spécifiques, de qualité supérieure, destinés aux blocs opératoires. " Les produits pakistanais importés valent pratiquement le prix des ébauches en France. En offrant de la haute technicité et en s'aidant mutuellement, nous pouvons mieux lutter ", explique Jean-Claude Oury, P-DG d'Oury-Guyé & Fils. Une stratégie qui paie, puisque pinces, ciseaux et autres écarteurs de Nogent arrivent jusque dans les hôpitaux américains... et même japonais. A. J.
Deux leaders de la région
· Landanger-Landos (Haute-Marne), leader français de l'orthopédie et de la prothèse de hanche. 260 personnes, 268 millions de francs de chiffre d'affaires.
· Marle (Haute-Marne), leader européen du matriçage d'implants chirurgicaux (en volume). 66 personnes, 60 millions de francs.
Franche-comté
Des matériels de pointe à l'international
Le savoir-faire microtechnique, issu de la tradition horlogère, n'en finit pas d'offrir des prolongements industriels en Franche-Comté. A Besançon (Doubs), depuis le début des années 80, une vingtaine de PME, totalisant 400 millions de francs de chiffre d'affaires et 700 salariés, se sont ainsi spécialisées dans le génie biomédical, qui représente 25 % de leur activité. Elles s'appuient sur 47 laboratoires universitaires et services hospitaliers. " Les industriels savent parfaitement mettre l'informatique, la mécanique, l'électronique, la physique et la biologie au service de la santé, hormis le médicament ", résume Michel Parmentier, universitaire et président du Pôle de génie biologique et médical.
Un savoir-faire spécifique largement reconnu
Ainsi, Dixi-Fresard (22 millions de francs de chiffre d'affaires), un fabricant d'outils chirurgicaux en sous-traitance d'origine suisse, développe aussi ses propres produits. " Nous avons mis au point des électrodes intracérébrales de diagnostic neurochirurgical et nous allons bientôt commercialiser des électrodes corticales implantables ", explique son directeur général, Gabriel Tholomier. Cet ancien cadre de Lip négocie actuellement avec un américain un accord mondial de distribution qui pourrait multiplier sa production par cent. De son côté, Statice Santé (8 millions de francs de chiffre d'affaires, dont 30 % à l'export) produit toute une gamme d'implants médicaux grâce à des programmes de recherche sur les biomatériaux. " Face à l'étroitesse du marché français, nous allons nous réorienter vers l'Allemagne et, à terme, les Etats-Unis ", note Charles Naly, P-DG du groupe, lui aussi ancien de Lip. Vingt ans après sa disparition, l'ancienne manufacture horlogère marque toujours la région. " Si je me suis installé ici en 1989, c'est parce que j'étais sûr de trouver un personnel de production qualifié ", assure Gérard Fleury, P-DG d'Imasonic, l'une des firmes les plus performantes dans le domaine des transducteurs ultrasonores. Ce type d'appareillage sert principalement aux diagnostics, mais il débouche aujourd'hui sur des applications thérapeutiques, comme le traitement non invasif de calculs rénaux ou de tumeurs. " Des produits spécifiques qui répondent à une demande mondiale ", précise le dirigeant. La mécanique de précision apporte aussi des débouchés en dentisterie. Micro-Méga rayonne, avec ses 150 brevets sur la fourniture d'articles dentaires. L'entreprise lance une toute nouvelle gamme d'instruments canalaires en alliage de matériaux et une tête de contre-angle à usage unique pour le marché américain. Elle a su s'appuyer localement sur un allié de poids, Cheval Frères, qui lui a conçu un laser dentaire. " Nous réalisons 15 % de notre activité dans le laser appliqué au médical ", souligne Didier Cheval, directeur commercial, qui implante une filiale en Chine populaire. Marché visé : le marquage laser des outils chirurgicaux.
Quatre leaders de la région
· Micro-Méga (Doubs), leader mondial dans la production de tire-nerfs. 410 personnes dans le groupe, 150 millions de francs de chiffre d'affaires.
· Cheval Frères (Doubs), leader français des lasers YAG. 160 personnes, 90 millions de francs.
· Dixi-Fresard (Doubs), leader français pour les électrodes intracérébrales. 31 personnes, 22 millions de francs.
· Imasonic (Doubs), leader français de transducteurs ultrasonores. 25 personnes, 12 millions de francs.
USINE NOUVELLE N°2583

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