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Réchauffement climatique : l’autre dette des Etats

Par Thibaut de Jaegher - Publié le
Thibaut de Jaegher, rédacteur en chef
© DR

Alors que s’ouvre en Afrique du sud, à Durban, un nouveau round de négociations sur les changements climatiques, la lutte contre les gaz à effet de serre ne mobilise plus. Il est même presque acquis –sauf surprise- que ce sommet ne débouchera sur aucune décision majeure. C’est inquiétant. Dans le contexte actuel où l’on ne cesse de se dire que nos Etats, nos dirigeants ont été trop inconséquents vis-à-vis de la dépense publique, on se prépare –par négligence ou manque de courage- une nouvelle dette qui sera celle-là beaucoup plus difficile à apurer.

C’est une dette  presque invisible. Une dette qui se creuse sournoisement, silencieusement. Une dette pour laquelle aucune agence de notation n’a mis de pays sous surveillance. Une dette qui n’est même pas évalué par Moody’s, Fitch ou Standard&Poors AAA ou BB-. C’est une dette orpheline en quelque sorte que personne n’a pris le temps d’évaluer. Pourtant, à l’image des déficits qui font planer la menace d’une crise majeure en Europe et dans le monde, cette dette, en se creusant chaque jour un peu plus, menace tout autant notre avenir. Le réchauffement climatique -puisque c’est de lui qu’il s’agit- se retrouve reléguer depuis l’été au second plan de nos préoccupations.

 
Les marchés financiers, qui imposent leur loi et leur rythme aux Etats et aux populations (en Grèce et en Italie au moins), ne s’intéressent pas à ce sujet. La preuve, ce matin, alors que s’ouvre  en Afrique du sud, à Durban, un nouveau round de négociations sur les changements climatiques, la lutte contre les gaz à effet de serre ne suscite plus les débats. Il est même presque acquis –sauf surprise- que ce sommet ne débouchera sur aucune décision majeure. Les 12 000 diplomates, ministres et ONG participant aux négociations ne devraient pas réussir à se mettre d’accord sur une série de mesures et d’objectifs aptes à limiter à moins de 2°C la hausse du thermostat mondial.
 
C’est inquiétant. Dans le contexte actuel où l’on ne cesse de se dire que nos Etats, nos dirigeants ont été trop inconséquents vis-à-vis de la dépense publique, on se prépare –par négligence ou manque de courage- une nouvelle dette qui sera celle-là beaucoup plus difficile à apurer si on ne s’ingénie pas à la maîtriser. Dans son ouvrage « Les guerres du climat : Pourquoi on tue au XXIe siècle », le sociologue allemand, Harald Welzer, démontre brillamment tous les dérèglements que pourrait générer le “global warming” dans les 100 prochaines années. Le chercheur affirme que le réchauffement climatique va engendrer des conflits majeurs dans les prochaines années dans toutes les régions du globe à cause des injustices qu’il génère. « Les conséquences de ce changement sont injustement réparties parce que ceux qui sont les principaux responsables en subissent le moins de dommages et qu’ils ont les plus grandes chances de tirer profit de la situation », argumente ainsi l’auteur. Le conflit du Darfour, par exemple, serait en fait une guerre pour la conquête de terres arables devenues de plus en plus rares avec la désertification croissante de cette région.
 
Et si les pays occidentaux se sentent aujourd’hui à l’abri de ces dérèglements -et donc de cette violence-, leur tranquillité risque d’être de courte durée, assure Harald Welzer. « L’évolution du climat va entraîner une accumulation de catastrophes sociales qui produiront des états ou des modèles sociaux, temporaires ou durables, sur lesquels on ne sait rien, faute de s’y être jusqu’ici suffisamment intéressé ». D’ici à 2050, rappelle ainsi l’auteur, le changement climatique pourrait jeter sur les routes 200 millions de « réfugiés climatiques »… qui demanderont asiles aux pays riches. Un phénomène qui prend de l’ampleur alors même que nos pays essayent de fermer de plus en plus leurs frontières aux immigrés. Ce double mouvement contraire constitue potentiellement une bombe à retardement. La dette la plus inquiétante et la plus dangereuse n’est pas forcément la plus visible… ni la plus médiatisée !

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