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Réalités italiennes

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le
Silvio Berlusconi
© DR

Depuis dix ans, les gains de compétitivité sont nuls à cause d’une dérive salariale et des dépenses de R&D parmi les plus faibles d’Europe.

Difficile. Oui, difficile en cemoment d’évoquer la situation de l’Italie sans glisser sur un terrain éloigné des frimas de la crise. La planète médiatique vient de se régaler des pantalonnades de Silvio Berlusconi, mais on ne détaillera pas ici ces frasques dignes d’une république bananière dans ce pays synonyme de culture. Parlons économie donc. Si l’Italieamal à la tête, la botte ne brille guère. Piémont, Vénétie, Lombardie, Emilie-Romagne, ces régions prospères qui, il y a peu, frôlaient le plein-emploi ont le blues. Le Mezzogiorno, lui, va toujours aussi mal. Cette année, l’économie plongera de 5,1%. La production industrielle vient de se stabiliser sur un chiffre jugé encourageant de -18,2%sur un an. La «disoccupazione» (chômage) atteint 7,8%. La dette publique dépasse 110%du PIB. Comme l’Espagne ou l’Irlande, l’Italie fait partie de ces pays sous surveillance par les marchés financiers. Et il est clair que sans la zone euro, elle aurait dû dévaluer comme en 1992.

Et en matière industrielle? La crise exacerbe un double problème. Le premier est un déficit de grands groupes. On connaît le pétrolier ENI, l’électricien Enel, Finmeccanica dans la défense ou bien sûr Fiat. Mais seuls dix Italiens figurent dans le «Global 500» de «Fortune», contre quarante pour la France. Trop peu dans unmonde globalisé. Voilà 15 ans, l’épopée des flamboyants condottieri Gardini, Benedetti, ou…Berlusconi, stoppée net par l’opération «mains propres», ne déboucha sur rien. Plus près de nous, peu de grandes entreprises surent rebondir sur le passage à l’euro. Sergio Marchionne, après avoir redressé Fiat, a bien repris la tradition des coups de poker avec Chrysler. Nul ne sait si la firme turinoise en sortira grandie ou en faillite. Le second problème est la fragilité, assez nouvelle, des PME. Dans lamécanique, lamode ou les produits ménagers, ces entreprises flexibles, pas toujours très en règle avec le fisc ou la propriété intellectuelle, taillèrent longtemps des croupières à leurs concurrents européens. L’Italie leur doit le «miracle» de l’après-guerre, qui la propulsa fugacement au niveau de vie duRoyaume-Uni. Ce fut le temps aussi des Bresciani, ces sidérurgistes adeptes desminimills de la filière électrique, qui bousculaient les dinosaures français ou allemands. Emma Marcegaglia, la patronne des patrons, est l’héritière de cette épopée. Ce modèle d’entrepreneuriat se matérialisa avec succès dans les «districts industriels», scrutés par les papes de la stratégie et inspira nos pôles de compétitivité. Mais le modèle est essoufflé. Le positionnement moyen de gamme des PME résiste mal à la concurrence chinoise ou est-européenne. Les districts, eux, ne bénéficient pas d’un Etat fort ou de groupes puissants sur lesquels s’appuyer.

Certes, on pourra multiplier les contre-exemples de champions «moyens» dans lamode (Luxxotica, Bulgari, Tod’s), l’industrie (Italcementi, Pirelli, Carraro) ou la consommation (Indesit, Alessi, Ferrero). Mais cela ne suffit pas. Le décrochage est trop net en termes de gains de compétitivité. SelonNatixis, ceux-ci sont nuls depuis dix ans. En cause, une dérive salariale (+30%en dix ans) et des dépenses de R&D parmi les plus faible en Europe: 1,09%du PIB. Moins que la Chine! L’Italie doit s’interroger sur son avenir. Pas seulement sur celui du Cavaliere. Son passage n’aura qu’un temps, les réalités alors n’en apparaîtront que plus cruelles.

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