Reach impuissant face aux produits toxiques dans les vêtements
Par Olivier James - Publié le
Greenpeace a secoué le secteur de l'habillement en publiant un rapport sur la présence de produits toxiques dans les vêtements de grandes marques mondiales. En Europe, le règlement Reach encadre l'utilisation des substances chimiques, mais sur ce cas précis du textile, elle atteint ses limites...
Leur nom : éthoxylate de nonylphénol (NPE). Des molécules utilisées dans la production de textiles naturels et synthétiques. Et qui viennent de faire parler d'elles depuis la publication d'un rapport de Greenpeace, le 23 août 2011.
L'ONG a mené l'enquête et affirme avoir décelé la présence de cette substance dans les deux tiers des 78 articles analysés, principalement fabriqués en Asie et vendus par 14 grandes enseignes mondiales.
Un résultat inquiétant : après lavage, ces NPE se déversent dans les égouts et les rivières et se décomposent en nonylphénol. Un produit qui pourrait porter atteinte aux organes de reproduction des êtres vivants. Alors que le règlement européen Reach sur les substances chimiques est entré en vigueur en 2007, la présence des NPE ne devraient-elles pas être mieux encadrée ?
L'usage des NPE est en fait contrôlé en Europe depuis 2003. Cette année-là, elles sont inclues dans la directive européenne 76/769/CEE de 1976 qui limite la mise sur le marché et l'emploi de certaines substances et préparations dangereuses. Dès lors, les produits contenant plus de 0,1% de NPE ne peuvent être vendus dans l'Union européenne.
Des contrôles aux frontières insuffisants
Quelques années plus tard, lorsque Reach entre en vigueur, les NPE sont inscrites dans l'annexe 17 qui concerne les substances dangereuses. Et qui restreint l'utilisation des NPE à des usages bien spécifiques.
Le règlement Reach limite bien le taux de NPE dans les produits de traitement des textiles et du cuir. "Mais Reach ne dit rien sur les textiles eux-mêmes et sur les résidus potentiels de NPE dans les vêtements", précise Sonia Benacquista, responsable au sein de l'Union des Industries chimiques (UIC) du management des produits. Malgré tout, en limitant la dose de NPE dans les produits de traitement, Reach limite de fait leur concentration dans les textiles.
En d'autres termes, Reach n'étant valable qu'en Europe et ne concernant que les mélanges chimiques, il ne peut réellement empêcher la présence de substances dangereuses dans les produits finis importés. D'autant que les contrôles aux frontières sont pour le moins insuffisants.
Pour ne pas perdre leurs débouchés européens, les industriels présents en Asie auraient tout intérêt à se mettre en conformité avec la réglementation européenne. Les récentes déclarations de Puma et de Nike, qui promettent de limiter l'usage des produits chimiques dangereux, vont dans ce sens.
2 réactions
Broquere | 30/08/2011 - 18H18
Excellent! Enfin la barrière non douanière qui nous permettrait de ralentir légitimement les flux d'importation et de redonner des chances aux productions locales, si:
-Il en reste
-les legislateurs/normalisateurs/douaniers vont vite!....
-Les fournisseurs Low Cost vont moins vite à s'adapter que nous!
Remi | 30/08/2011 - 18H03
REACH n'est pas une directive mais un règlement. Impuissant, il l'est vis-à-vis des importations de Chine. Puissant, il l'est pour éliminer la chimie de l'Union européenne. Un franc succès, en effet.

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