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Raoul Parienti simplifie la vie des malvoyants

Par LUC MATHIEU - Publié le | L'Usine Nouvelle n° HS3081

Le Top-Braille retranscrit automatiquement en braille n'importe quel texte. Entre conception et recherche de financements, dix ans se sont écoulés avant la commercialisation des premiers appareils.

Un piano qui se plie et s'enroule sur lui-même. Une table à repasser qui s'encastre derrière un tableau accroché au mur. Un transmetteur haut débit d'ondes infrarouges. Raoul Parienti est un inventeur en série. Depuis 1986, cet ingénieur du Cnam a conçu plus de 130 appareils. Avec ou sans succès. Mais parmi eux, il en est un dont il est particulièrement fier : le Top-Braille.

Ce boîtier léger - moins de 100 grammes - ressemble à une souris d'ordinateur. Sur le dessus, huit picots en plastique montent ou descendent. Sur le côté, des haut-parleurs ont été incrustés. Il suffit de le déplacer sur la page d'un journal, d'une notice ou même d'une étiquette pour que les caractères imprimés soient automatiquement transcris un à un en braille ou énoncés grâce à une synthèse vocale. Après quelques heures de pratique, notamment pour apprendre à orienter l'appareil le long d'une ligne, un malvoyant maîtrisant le braille peut comprendre n'importe quel texte.

Raoul Parienti a eu l'idée du Top-Braille dès les années 70. Sa soeur malvoyante a alors une vingtaine d'années. « Elle ne voulait pas apprendre le braille. Elle disait que cela ne servait à rien, que trop peu de textes étaient transcrits », explique-t-il. Raoul Parienti imagine un appareil qui traduirait les textes. Mais il se heurte à une limite technologique. Les puces sont à la fois trop encombrantes et pas assez rapides.

Il devra attendre le milieu des années 90 et la sortie des premiers processeurs intégrés à faible consommation. Il dépose un brevet en 1996 et réalise une maquette deux ans plus tard. Commence alors la longue et difficile quête de financements.

Malgré plusieurs récompenses, il essuie refus sur refus. « 26 au total », précise-t-il. Entre-temps, il a étoffé son équipe. Marc Lassus, le fondateur du fabricant de cartes à puces Gem-plus, François Le Guillou, diplômé en gestion de l'université canadienne de Concordia, et Gérard Donadini, un spécialiste du marketing, l'ont rejoint.

Leur obstination finit par payer. En 2004, Druon Note, le fondateur du laboratoire pharmaceutique Laphale, et la famille Verspieren, cofondatrice de Legrand, investissent chacun 300 000 euros. L'Anvar octroie un prêt de 230 000 euros. En décembre 2004, Vision SAS, dirigée par Raoul Parienti, est enfin créée à Nice.

L'équipe commence à développer un prototype. La conception logicielle est sous-traitée à la start-up parisienne Easter Eggs, fondée par le fils de Raoul Parienti. Pour diminuer les coûts, le développement est confié à une société bulgare, Symplica. Une autre start-up française, Inov'Tronik, est, quant à elle, chargée de la conception matérielle de Top-Braille. Un prototype sort en décembre 2005, dix ans après le dépôt du premier brevet.

En avril dernier, Vision SAS récupère 600 000 euros lors d'un deuxième tour de table. Suffisamment pour lancer la production. Deux sous-traitants sont choisis : Adex, basée à Saint-Domineuc (Ille-et-Villaine), se charge de la fabrication des cartes électroniques, Mettec, à Stuttgart (Allemagne), de celle des matrices qui affichent les caractères en braille. Début novembre, la fondation monégasque Léatare passe une précommande des 50 premiers Top-Braille, à 3 000 euros pièce. L'inventeur en série s'est transformé en industriel. .

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