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Rafale, le combat continue

Par Guillaume Lecompte-Boinet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3159

Un premier contrat se profile au Brésil pour l'avion de chasse de Dassault. Il sera toutefois assorti d'importants transferts de technologies. Une condition aujourd'hui indispensable pour gagner d'autres commandes.

Au siège de Dassault Aviation, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), on a sablé le champagne le 7 septembre. L'annonce par le président brésilien Lula de négociations en vue de l'acquisition de 36 Rafale a soulagé l'avionneur d'un poids. Posséder l'un des avions de combat les plus réputés au monde et ne jamais l'avoir exporté, cela faisait tache. « Nous avons été choisis face au Grippen suédois et au F18 américain », se réjouissait-on chez l'avionneur. Un futur contrat serait important à plusieurs titres. D'une part, il consoliderait la filière aéronautique militaire en France - sans exportation, l'avenir de Dassault dans les avions d'armes s'assombrissait sérieusement. D'autre part, ce serait un signal fort du retour de la France dans le concert des nations exportatrices d'armement.

Il reste naturellement à confirmer l'intention des Brésiliens, car l'addition devrait se monter à « 5 milliards d'euros au minimum », selon l'Elysée. La signature définitive pourrait intervenir courant 2010, pour des livraisons fin 2013. Mais dans ce domaine, rien n'est jamais acquis. La rapidité de la décision du président brésilien, qui a coïncidé avec la visite officielle de Nicolas Sarkozy, a surpris au sein même de Dassault, où l'on attendait une annonce fin octobre, période à laquelle les forces armées brésiliennes devaient rendre leur rapport technique. « Deux éléments ont joué pour expliquer cette accélération : d'une part, les Brésiliens en avaient assez du forcing effréné des Américains pour pousser leur F18. D'autre part, il y a les excellentes relations entre Lula et Sarkozy », explique un connaisseur du dossier.

CHAÎNE D'ASSEMBLAGE FINAL AU BRÉSIL

Mais la « volonté politique » et les qualités polyvalentes du Rafale n'expliquent pas tout. Contrairement aux Américains, qui préfèrent garder un contrôle strict sur leurs technologies, les Français ont joué à fond la carte des transferts pour l'emporter. En allant même très loin, quitte à être précurseur. Concrètement, les aviateurs brésiliens détiendront les codes sources des logiciels pilotant les systèmes des futurs Rafale (armement, navigation, etc.). Ils pourront ainsi configurer leurs avions comme ils l'entendent. Ce n'est pas la première fois que Dassault procède ainsi. Pour vendre 63 Mirage 2000-9 aux Emirats arabes unis, le français avait aussi réalisé d'importants transferts, avec naturellement l'aval de l'Etat. Mais dans le cas du Brésil, le volet industriel est sans précédent. Une chaîne d'assemblage final sera créée au Brésil, en partenariat avec le constructeur Embraer. La France s'est d'ailleurs engagée à acheter une dizaine d'exemplaires du futur avion de transport militaire développé par Embraer, le KC 390. Ce serait la première fois que Dassault crée une telle chaîne hors de France. L'enjeu de la négociation qui s'ouvre est notamment de déterminer combien d'avions y seront assemblés, à partir de quand et avec quel contenu de pièces fabriquées sur place. « Plusieurs scénarios sont envisagés, rien n'est décidé », indique-t-on chez Dassault. Si les Français vont aussi loin dans la coopération, ce n'est évidemment pas gratuit. Il s'agit d'une stratégie pour remporter d'autres contrats. L'annonce des 36 Rafale fait partie d'un plus vaste projet de rénovation des forces aériennes brésiliennes, le projet FX 2, où il est question de l'acquisition d'une centaine d'autres appareils. Pour être sûr d'être choisi, Dassault doit lâcher du lest, même si cela se fait au détriment de ses propres sites industriels. Comme tous les pays émergents, le Brésil veut renforcer ses compétences dans les avions militaires, qui se limitaient jusqu'à présent aux avions d'entraînement AMX. En s'appuyant sur Dassault, il pourra développer des Rafale à ses couleurs.

Car il y a d'autres compétitions cruciales pour l'avenir du Rafale. Prospects très chauds, les Emirats arabes unis ont exprimé leur envie d'acquérir l'avion français. Mais eux aussi veulent des transferts de technologies, sans doute plus poussés que par le passé avec les Mirage 2000. Les discussions portent sur une soixantaine de Rafale, dotés du dernier cri en matière d'électronique (le futur radar à antenne active de Thales, par exemple) et d'armement embarqué. De même, ils réclament un moteur plus puissant que l'actuel M 88 fabriqué par Snecma (Safran).

LES ÉMIRATS POUR FIN 2009 ?

Si ces discussions avancent bien, il est possible que ce contrat soit annoncé d'ici à la fin 2009. Ce qui pourrait débloquer une autre discussion qui s'est enlisée : celle que mènent les Français avec la Libye pour l'achat de 14 appareils. « Les Libyens attendent l'issue de la négociation avec les Emirats arabes unis pour signer à leur tour, car ils veulent un Rafale aussi avancé que ceux des Emirats », explique un initié.

Autre pays, l'Inde, qui veut acquérir 126 chasseurs pour remplacer ses vieux Mig. Là, Dassault aura fort à faire puisqu'il est opposé à cinq autres concurrents, dont son vieux rival européen, l'Eurofighter (qui l'a battu en Arabie saoudite), auquel s'ajoutent le F18 de Boeing, le F16 de Lockheed Martin, le Grippen de Saab et le Mig 29 russe. A l'image des Brésiliens, les Indiens veulent que le gagnant concède des compensations, comme la production sur place d'éléments complets de l'avion, voire de certains armements. Une première étape va se jouer dans les semaines qui viennent puisque le Rafale doit effectuer ses démonstrations en vol devant les Indiens fin septembre.

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