Quitté par Siemens pour Rosatom, Areva colère
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Siemens regarde désormais vers l'Est : sorti du capital d'Areva, il annonçait hier une coentreprise avec le russe Rosatom. Dépité, Areva s'irrite que l'allemand ne respecte pas l'obligation de non concurrence valable 8 ans.
L'Elysée peut s'en mordre les doigts. Voilà des mois que Siemens voulait monter au capital d'Areva où il détenait 34% des parts. Faute de grives, il mangera des merles : l'allemand a fini par se jeter dans les bras du russe Rosatom, jusque-là isolé dans le domaine de l'atome civil.Un revirement que Siemens a opéré par lassitude, excédé d'avoir mariné... du fait d'un veto du président de la République française. Selon Le Monde du 5 février, le gouvernement français aurait sciemment laissé Siemens piétiner dans un partenariat où l'industriel allemand ne se jugeait pas assez entendu. « A l'Elysée, on admet avoir refusé un renforcement de Siemens dans Areva quand le groupe allemand voulait monter au capital de la maison mère » affirmait en effet le quotidien. Aujourd'hui, l'Elysée doit maudire son initiative. Et Areva maudire l'Elysée.
Trop tard. Un mois après avoir annoncé sa sortie du capital d'Areva NP, la filiale commune de réacteurs avec Areva, Siemens a en effet signé hier soir avec Rosatom un protocole d'accord devant déboucher sur la création d'une co-entreprise, créant un concurrent de poids face à Areva. L'agence russe de l'énergie atomique détiendra la majorité du capital de la coentreprise : 50% de la société plus une action. Début février déjà, une semaine après l'annonce de Siemens de la sortie d'Areva NP, le premier ministre russe en personne, Vladimir Poutine, avait invité Peter Löscher, le PDG de Siemens, à engager des pourparlers.
Géopolitique. Une rupture du partenariat franco-allemand pour un axe germano-russe qui inquiète l'Europe. Hier jouant du robinet gazier pour asseoir son aire d'influence internationale, Vladimir Poutine pourrait demain jouer du robinet nucléaire sur l'Europe, l'Allemagne en cheval de Troie, craignent les observateurs. Mais en dépit du conflit gazier russo-ukrainien tout frais et de l'affaire TNK-BP, qui ont montré combien la main de fer russe pouvait être contraignante, l'Allemagne a choisi de prendre le risque. La voie ruse est pleine de promesses.
Realpolitik. Alors que la bataille des réacteurs nouvelle génération fait rage entre Areva, Toshiba-Westinghouse (japonais), et GE-Hitachi (américain), et que le droit d'entrée sur ce marché est des plus élevés, les alliances sont de mise. Moscou était isolé, c'est maintenant Areva qui se sent seul. Alors qu'il ne fabrique pas de composants, Atomenergoprom, le bras armé de Rosatom en matière de nucléaire civil, peut désormais compter sur les compétences de Siemens dans le contrôle commandes, les turbines et les générateurs. Les activités de la future société germano-russe incluront le développement de la technologie russe de réacteur à eau pressurisée, la construction de nouvelles centrales et la modernisation de réacteurs existants.
Pour Siemens, ce partenariat lui ouvre les portes du marché russe où, dès 2012, deux tranches seront mises en service chaque année, puis trois dès 2015. Et celles du marché mondial. La Russie dispose en effet d'un réacteur moins sophistiqué que l'EPR mais aussi sûr. De quoi détrôner Areva, qui détient entre 20 et 25% de parts d'un marché global estimé à 1000 milliards d'euros d'ici 2030, soit l'équivalent d'environ 400 nouveaux réacteurs.
Au-delà du nucléaire, ce partenariat facilite aussi la pénétration de Siemens du marché ferroviaire russe, au détriment d'Alstom. Par ailleurs, Gazprom et Siemens entendent réaliser des projets conjoints en matière de gaz naturel liquéfié (GNL). Le GNL : talon d'achille du gazier russe, faiblesse sur laquelle il comptait bien se renforcer.
Courroux français. « Areva rappelle que Siemens, au titre des 34% qu'elle détient dans (la filiale de réacteurs) Areva NP, a des obligations contenues dans le pacte d'actionnaires du 30 janvier 2001, en particulier une clause de non-concurrence », indique le groupe nucléaire français dans un communiqué. « Areva a notifié à Siemens que l'annonce de cette co-entreprise la met en rupture de ses obligations contractuelles avec toutes les conséquences qui en découlent en vertu du pacte d'actionnaires », ajoute-t-il.
Dans l'immédiat, Areva dispose de moyens peu nombreux pour réagir face à ce nouveau concurrent germano-russe. Râler : ce que le groupe a fait ce matin par voie de communiqué. En tirer des espèces sonnantes et trébuchantes (qui lui font défaut) : par exemple, obtenir un rabais sur le rachat des parts que détient l'allemand dans Areva. Une compensation, en réparation de la rupture de contrat. Ces parts sont évaluées à 2 milliards d'euros à fin 2007.
Plusieurs tiers dans l'embarras
A.L.
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